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Analecta Bollandiana, t. XXII, p

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Or, il y avait à Jérusalem, appelée alors Elia, une noble femme nommée Théodosie, ayant un fils appelé Néanias, païen comme elle. La mère le mena à Antioche pour le recommander à la bienveillance de l'empereur. Celui-ci, charmé de sa bonne mine et de son zèle pour le culte des idoles, le créa aussitôt duc d'Alexandrie ; il lui recommanda, au moment d'aller rejoindre son poste, de rechercher activement les chrétiens et de les punir avec sévérité. Et Dioclétien, pour lui montrer la folie des chrétiens, lui fait un résumé de la vie du Christ, avec des commentaires à sa façon.

Néanias s'en va donc, respirant, comme autrefois Saul, la haine et la menace. Mais il devait, lui aussi, trouver son chemin de Damas. Au sortir d'Apamée, un tremblement de terre se fit sentir, accompagné d'éclairs, et une voix sortit de la nue : « Où vas-tu, Néanias ? » En même temps une croix de cristal se montre à lui, et il entend ces paroles : « Je suis Jésus le crucifié, le fils de Dieu. » Néanias fait quelques objections, mais la voix reprend : < Tu me seras un vase d'élection, > et : « Par ce signe tu seras victorieux. >

Néanias subjugué se rend avec ses soldats à Scythopolis et fait fabriquer, par un certain Marc, une croix en or et en argent semblable à celle de la vision. Dès qu'elle fut terminée, on y vit paraître trois images avec les noms, en hébreu, d'Emmanuel, Michael, Grabriel. Au moyen de la croix miraculeuse, Néanias met en fuite une troupe d' Agaréniens et en tue six mille.

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Alors il se rend chez sa mère et brise toutes ses idoles, dont il distribue la matière précieuse aux pauvres. La mère effrayée va dénoncer son fils à Dioclétien; celui-ci la console en lui permettant de choisir, parmi les sénateurs, qui elle voudra, pour lui tenir lieu de fils. En même temps, il envoie une lettre au gouverneur Oulcion, le chargeant d'interroger Néanias et de le faire périr dans les tourments, s'il persiste dans son impiété. Néanias prend connaissance de la lettre de l'empereur, la déchire en mille pièces et se déclare chrétien. Le gouverneur ordonne de l'enchaîner et de le conduire à Césarée.

Oulcion prend place sur son tribunal, ordonne de suspendre Néanias et de le tourmenter avec des ongles de fer. Lorsque les bourreaux sont fatigués et que tous les os du martyr sont mis à nu, on le ramène en prison. H y est visité par les anges, favorisé également d'une apparition du Christ qui le baptise, change son nom en celui de Procope et guérit toutes ses blessures.

Le lendemain, nouvel interrogatoire. Le gouverneur attribue la guérison du martyr à la puissance des dieux. Aussitôt Procope demande à être conduit au temple. Le juge impie et le peuple s'imaginent que la constance du martyr fléchit, et qu'il va sacrifier aux dieux. U est donc mené au temple en grande pompe. Mais loin de renier sa foi chrétienne, il met en pièces les idoles par la vertu du signe de la croix.

Ici se placent deux longs épisodes. Le premier est celui de la conversion des soldats. Bs vont trouver

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Procope dans sa prison. Celui-ci obtient de son geôlier de les conduire à Tévêque Léontios. L'évêque les baptise et le martyr retourne en prison. H confirme dans la foi les nouveaux chrétiens, qui sont ensuite martyrisés sous ses yeux.

Comme pendant au récit du martyre des soldats, on nous raconte ensuite l'histoire de douze matrones de rang sénatorial qui, à leur tour, embrassent la foi du Christ et périssent dans d'affreux supplices. Théodosie, la mère de Procope, touchée par le spectacle de leur constance, se convertit également et meurt avec elles.

Peu après, le gouverneur Oulcion contracte une fièvre maligne et meurt. Flavianus prend sa place à Césarée. Le martyr est cité devant son tribunal, et alors se déroulent presque toutes les scènes de la légende précédente.

Ai-je besoin de prouver que cette version est postérieure à ce que nous avons appelé la première légende ? Elle en dépend évidemment et marque un pas sensible dans le développement légendaire. Toute la rhétorique et la mise en scène de la première légende n'allait pas jusqu'à modifier essentiellement la physionomie du martyr. Elle gardait au moins le souvenir de ses fonctions ecclésiastiques. Ici, le lecteur et exorciste disparaît complètement et on nous présente à sa place un jeune païen, soldat et magistrat romain, miraculeusement converti à la foi chrétienne. Son nom était primitivement Néanias, et il

faut une vision pour lui imposer le nom de Procope.

Erien que ce trait suffirait à révéler le procédé de rhagiographe. Il a soudé ensemble deux histoires, celle d'un Néanias, qui se passe sous le gouverneur Oulcion, et celle de Procope, avec Flavianus comme

Quelle est la provenance de la légende de Néanias ? Nous l'ignorons, et il est assez inutile d'en savoir plus long pour la classer parmi les morceaux de haute fantaisie. C'est un mélange de lieux communs et de réminiscences. La conversion de saint Paul, la vision de Constantin, les actes de saint Polycarpe et bien d'autres récits, qu'il serait fastidieux de préciser davantage, ont fourni des traits au rédacteur de cette histoire. L'introduction de Néanias dans la légende a achevé la métamorphose de saint Procope. Sauf le nom, il ne reste plus rien de lui, et de la narration d'Eusèbe on ne reconnaît plus que de vagues réminiscences dans les noms d'Elia, de Scythopolis, de Césarée, de Flavianus.

La seconde légende est fort ancienne. Elle était courante au vin® siècle et inspirait assez de confiance pour pouvoir être produite devant les Pères du second concile de Nicée. On a apporté en témoignage en faveur du culte des images l'épisode de la croix miraculeuse, qui se lit dans les actes du concile ^

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