Acta 88,, oct. t. IX, p
3. AnaUcta BoUwndiana, t. XX, p. 175-176. — D'après la légende des saints Chryaanthe et Darie, ces saints ont souffert le mar-
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Ainsi dépouillés de leur individualité, isolés en quelque sorte du temps et de l'espace, euleyés à leur cadre naturel, les personnages historiques prennent dans l'esprit du peuple une forme irréelle et sans consistance. Au portrait vivant et nettement caractérisé que nous a légué l'histoire, se substitue un être idéal qui n'est que la personnification d'une abstraction ; au lieu de l'individu, la multitude ne connaît que le type. Alexandre incame le type., du conquérant ; Oésar^ le génie organisateur du peuple romain. Constantin, c'est l'empire régénéré par le christianisme.
Dans les légendes hagiographiques véritablement populaires, ce n'est point saint Laurent, mais le type du martyr qui est mis en scène ; plus tard, saint Martin deviendra le type de l'évêque missionnaire et du thaumaturge. Il y a aussi le type du persécuteur. C'est Dioclétien en tête, puis certains juges qui incarnent, pour ainsi dire, la cruauté des magistrats païens. Un des plus célèbres est le redoutable Anulinus, qui fut, en réalité, proconsul d'Afrique durant la grande persécution. Son nom est devenu synonyme de bourreau des martyrs, et on a recours à lui dans une foule de légendes pour faire mourir les
tyre sous Numérien, en 283, et leurs actes ont été écrits sur Tordre du pape Etienne (f 257). Acta 88., oct., t. XI, p. 484. Comme pendant à cet anachronisme, on peut citer la légende de saint Florian et de ses compagnons à Bologne. Le martyre des saints est daté de la yingt-septi^ine année d'Héraclius (637), et la translation de leurs reliques de l'épiscopat de saint Petronius (Y* siècle). Voir Analecta BoUandiana, t. XXTTT, p. 298.
chrétiens à Luoques, à Milan, à Ancône, sou» Néron, sous Yalérien, G-allien^ Maximien, sans compter les récits où sont relatés ses exploits authentiques ^
Quoi d'étonnant que la lecture de certaines pièces hagiographiques nous semble monotone; qu'il y ait, par exemple, de surprenantes ressemblances entre les actes de beaucoup de martyrs ? Alors que les pièces historiques, telles que les actes de saint Polycarpe, des saintes Perpétue et Félicité, de saint Cyprien, présentent les plus remarquables variations d'un même thème, la légende des martyrs se répète constamment. C'est qu'elle a éliminé aussi complètement que possible l'élément individuel, pour ne retenir qu'une forme abstraite. Le martyr en général est partout animé des mêmes sentiments, exprime les mêmes pensées, est soumis aux mêmes épreuves; le saint confesseur qui a gagné le ciel par une vie édifiante doit avoir possédé toutes les vertus de son état, et l'hagiographe, écho fidèle de la tradition populaire, se complaît à les énumérer. Voyez, par exemple, ce portrait de saint Fursy : «Erat enim forma praecipuus, corpore castus, mente devotus, affabilis colloquio, amabilis adspectu, prudentia praeditus, temperantia clarus, interna fortitudine firmus, censura iustitiae stabilis, longanimitate assiduus, patientia robustus, humilitate mansuetus, caritate soUicitus, et ita in eo omnium virtutum decorem sapientia adornabat, ut secundum
1. Voir les citations dans LbBlai7t, Les Actes des martyrs^ Paris, 1882, p. 27.
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apostolum sermo illius semper in gratia sale esset conditus ^ > Voilà certes un bel éloge. Mais de quel saint n'en dirait-on pas autant ?
Le biographe de sainte Aldegonde la dépeint comme suit : «Erat namque moribus honesta, eloquio suavis; in pauperibus misericors, in lectione velox, in responsis citissima, mitis omnibus, inter nobiles humilis, iunioribus quasi aequalis, in parcitate cibi et potusita dedita abstinentiae ut nulla sodalium sibi aequipararetur ^. » Quelques faits caractéristiques où se manifesteraient ces belles vertus feraient bien plus d'impression que ce tableau thématique. Mais le peuple ne retient que l'idée simple et générale de la sainteté. Vous lui demandez un portrait, il vous répond par un programme.
Et ce programme est bien peu varié. Car la pauvreté de l'invention est encore une des caractéristiques de rintelligence de la multitude. Ses développements sont toujours les mêmes et ses combinaisons peu intéressantes. Quant à ses facultés créatrices, elles paraissent vouées à la stérilité dès qu'elle est en possession d'un certain nombre de motifs suffisamment intéressants et de thèmes assez nombreux pour s'adapter à la plupart des situations.
L'étude comparée des contes populaires a révélé ce fait qu'ils se répètent chez tous les peuples et dans tous les pays, qu'on peut les ramener à un