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<5ertaiii nombre de thèmes partout identiques et qu'ils se sont répandus par le monde en descendant d'une patrie commune.
Tout le monde sait que, de nos jours encore, les mots célèbres se rééditent sans cesse sous de nouvelles étiquettes, que les anecdotes piquantes passent <îonstamment d'un nom à un autre ^ et, pour rappeler un exemple classique, qu'il n'y a pas de ville qui n'ait son c distrait » légendaire, partout victime des mêmes mésaventures.
La lecture des anciens fournit une foule de cas de transmission de motifs légendaires. Il suffit de par- -courir dans les vieux historiens le récit de certains flièges célèbres. On constatera que les effets de la famine, le patriotisme des assiégés, les ruses pour cacher à l'ennemi la détresse de la ville sont presque toujours rapportés de la môme façon.
Durant le siège de Rome par les Q-aulois, les soldats en furent réduits à détremper le cuir de leurs boucliers et de leurs semelles pour s'en faire "une nourriture. Un fait identique se passa, s'il faut en croire Tite-Live, au siège de Casilinum durant la seconde guerre punique, et aussi au siège de Jérusalem au témoignage de josèphe. Au même siège de Eome, les femmes sacrifièrent leurs cheveux pour en tresser des cordes ; les femmes de Oarthage, de Salone, de Byzance, d'Aquilée, de Thasos et d'autres
1. Quelques exemples ont été recueillis par H. Gaidoz, Légendes conienvporainea, à&na Mélu8ine,t, IX, 1898-1899, p. 77, 118, 140
encore * imitèrent ce dévouement, que l'on peut qualifier d'héroïque. Les chroniques du moyen âge sont pleines aussi de manœuvres ingénieuses inventées pour donner le change aux ennemis, qui s'y laissent prendre et débloquent la place ^. Il suffit, pour faire apprécier la valeur historique de ces curieux récits, de les mettre en parallèle avec d'autres du même genre.
On pourrait indéfiniment varier les exemples et citer des cas étranges de légendes bizarres s'acclimar tant dans les milieux les plus disparates. Croirait-on que les Irlandais ont jugé bon d'emprunter au roi Midas ses oreilles d'âne ^ pour en gratifier au moins deux de leurs propres rois * ?
Le groupement systématique des motifs légendaires fournis par les documents hagiographiques conduirait à des conclusions analogues. Bien des épisodes saillants qu'un lecteur inexpérimenté est tenté de prendre pour des inventions originales ne
1. Les textes ont été réunis par A. Schwegleb, BUmiache Geschichfe, t. m, Tûbingen, 1858, p. 260.
2. On imagine, par exemple, de faire passer dans le camp des assiégeants des animaux domestiques très bien nourris, ou de lancer sur Tennemi des pains, ou mieux encore des fromages, s ouvent faits avec du lait de femme, pour faire croire que Ton a des vivres en abondance. Voir G. Pitre, Stratagemmi leggendarii da eittà aaaediaUy nuova ediz., Palermo, 1904, 21 pp. ; aussi dans Archivio per lo studio délie tradizioni popolari, t. XXÎT. 1903- 1904, p. 193-211. Cf. Bomania, t. XXXm, 1904, p. 459.