Plutabque, Thésée, 36; Cvmon
mena une expédition contre Scyros, s'empara de l'île et se mit à la recherche du tombeau. Un nouveau prodige lui en révéla l'endroit précis ; il n'eut qu'à creuser à la place qu'un aigle lui désigna du bec et de l'ongle. On trouva dans le cercueil un squelette de grande taille avec une lance et un glaive. Oimon chargea le précieux fardeau sur sa trirème et les reliques du héros firent à Athènes leur entrée triomphale au milieu des démonstrations de joie et des sacrifices. Il fut déposé au centre de la ville, près de l'emplacement du gymnase, et la tombe de celui qui avait été, de son vivant, bon et secourable aux humbles devint un refuge inviolable pour les esclaves et les pauvres gens qui voulaient se soustraire aux vexations des puissants. On établit en son Ijonneur un grand sacrifice le 8 du mois de Pyanepsion, pour rappeler son retour de Crète ; mais il fut célébré également le 8 des autres mois.
Cette page de Plutarque pourrait être, sans beaucoup de retouches, adaptée à plus d'une translation du moyen âge. La plupart du temps, ces solennels transports de reliques sont également précédés d^un avertissement du ciel ; des circonstances miraculeuses accompagnent la découverte des restes sacrés ; la population leur fait un accueil brillant et enthousiaste ; des sanctuaires splendides sont construits pour les recevoir et leur présence dans le pays est regardée comme une protection ; enfin une fête annuelle est instituée en souvenir du joyeux événement.
Réminiscences et survivances païennes, 185
Ce n'est point là un parallèle isolé. Les translations des cendres de héros sont fréquentes en Q-rèce ^ Thèbes reçoit d'Hionles ossements d'Hector, et donne à Athènes ceuxd'Œdipe, à Lébadée ceux d'Arcésilas, à Mégare ceux d'Aigialeus. Presque jamais on ne procède à ces déplacements sans une autorisation ou un ordre de l'oracle. Malgré l'intervention du ciel, il faut souvent recourir à la ruse pour se rendre maître d'une tombe sacrée, et l'aventure de Lichas s' emparant du corps d'Oreste ^ est un bien curieux pendant de certaines expéditions à la recherche des reliques d'un saint.
Il arrive aussi, comme si souvent au moyen âge, qu'un nouveau culte s'établisse à l'occasion d'une trouvaille d'ossements. Régulièrement, lorsqu'ils sont de taille considérable, ils sont considérés comme des restes de héros, et il arrive qu'on se fasse renseigner sur leur nom par un oracle. Cest ainsi que les Syriens apprirent du dieu de Claros que le corps d'un géant trouvé dans le lit desséché de l'Oronte, était celui d'un héros du même nom, indien d'origine ^.
Et ce n'est pas seulement aux honneurs rendus à la dépouille mortelle des héros que s'arrête l'analogie des pratiques païennes avec le culte des reliques. De
1. Pausanias est ici la source principale. Les textes les plus importants ont été relevés par Bohde, Psyché, t. I, p. 161, et par Deneken, article cité.