‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 93 sur 129 · Pausaiîias, VIII · texte numérisé non relu

Pausaiîias, VIII

même, que dans nos églises, on expose à la vénération des fidèles des objets ayant appartenu «ux saints ou rappelant plus particulièrement leur souvenir, ainsi, dans les temples, on montrait aux visiteurs des curiosités que le nom d'un dieu ou d'un héros recommandait à leur respect. A Bome on exposa des ossements de cétacé trouvés à Joppé et que Ton disait être ceux du monstre auquel avait été exposée Andromède. Ailleurs, on voyait la cithare de Paris, la lyre d'Orphée, les vaisseaux d'Agamemnon ou d'Enée. Et comme l'avide crédulité des voyageurs rendait les néocores et les périégètes ingénieux à l'égal de nos sacristains et de nos guides, il n'y eut bientôt plus de relique invraisemblable qu'on ne finît par exhiber : l'œuf de Léda, la laie blanche avec ses trente petits sacrifiée par Enée sur l'emplacement d'Albe, les enclumes que Jupiter suspendit aux pieds de Junon, les restes de l'argile dont Prométhée avait formé les hommes ^

Il ne manquera pas un trait au parallèle quand nous aurons dit que les anciens n'ignoraient pas plus que nous les reliques doubles, et s'étonnaient, par exemple, de retrouver à Memphis les cheveux qu'Isis s'était arrachés en désespoir de la mort d'Osiris et qu'on leur avait déjà exhibés à Coptos. Bien mieux, le tombeau de certains héros se montrait en plusieurs endroits. Celui d'Enée se voyait à Bérécynthe

1. Les textes ont été réunis surtout par Lobbck, Aglaaphamu8, p. 52 ; Ukbbt, op. cit^ p. 202-204 ; Fbibdlakdbb, Sittengeachichtôy t. n, chap. I : Die Bêiaen.

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«n Phrygie, à Mneo, en Macédoine, sur les bords du Numicius près de Lavinium ^

N'est-ce pas à se demander ce que l'on peut exiger davantage, lorsqu'on a constaté l'existence, chez les Grecs, d'un culte qui, dans tous ses détails, rappelle oelui des saints, avec ses reliques, ses translations, «es inventions, ses apparitions, ses reliques suspectes ou évidemment fausses, et faut-il d'autres rapprochements pour établir que le culte des saints n'est qu'une survivance païenne ?

La thèse est séduisante. Et pourtant, elle ne résiste pas un instant au contrôle de l'histoire. Le culte des -saints est issu non du culte des héros, mais du culte des martyrs, et les honneurs rendus à ceux-ci dès l'origine et par les premières générations chrétiennes qui connurent le baptême du sang sont une conséquence directe de l'éminente dignité des témoins du Ohrist proclamée par le Christ lui-même. Du respect dont on entourait leur dépouille mortelle et de la confiance des chrétiens en leur intercession est sorti le culte des reliques avec toutes ses manifestations, «vec ses exagérations, hélas! trop naturelles et, pourquoi ne pas le dire, avec ses excès, qui ont parfois compromis la mémoire que l'on voulait honorer.

Le culte des héros chez les Grrecs, il est inutile d'y insister, n'a point le même fondement théologique ^t ne revêt pas la même formule précise qui met toujours une infinie distance entre Dieu et l'homme

1. J.-A. HiLD, La légende d^Énée, dans Sevue de Vhisiovre des iraigionSj t. VI, 1882, p. 67.

favorisé de Dieu. Mais il a eu un point de départ analogue et s'est formé sous l'influence d'idées générales, qui ne sont pas sans affinité avec celles qui ont poussé les essaims des fidèles vers les tombes des martyrs. Dès lors, il devait aboutir à des conséquences pratiques semblables, et l'histoire des deux cultes nous fait assister à un développement logique parallèle, mais sans nulle dépendance. Il n'était pas nécessaire de se souvenir des dieux et des héros pour s' adresser aux martyrs en toute confiance, leur demander la guérison des maladies, leur recommander de lointains voyages et de grandes entreprises, pour leur donner des témoignages palpables de la reconnaissance des bienfaits reçus. Il devait arriver aussi que le tombeau d'un martyr devînt non seulement un honneur, mais une sauvegarde pour la ville, et que le patron reçût tous les titres honorifiques qui revenaient autrefois aux héros protecteurs des cités : Sosipolis, Sosipatris, Philopolis, etc. ^

De même, rien ne permet d'affirmer que les premiers récits d'inventions de reliques, quelles que puissent être l'analogie des faits et la similitude des

1. M. Gelzer prétend à cause de cela que saint Démétrius a remplacé le dieu tutélaire de Thessalonique. Et il affirme ceci : « Der Typus einer solchen Paganisierung des Christentums ist nun vor allem der heilige Demetrius.Er ist gleichsam die Personifikation oder die Fleischwerdung des antiken griechischen Polisgedankens. Wie Apollon undHerakles fûlirt er den Beinamen Sosipolis. » Die Qenesia der Byzantinischen Themenverfassung, dans Abhandkmgen der kgl. aàchsischen Gesellschaft der W%88enschaften, t. XVHI, 1899, n. 6, p. 54.

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détails, aient été inspirés par des relations de translations païennes. Ces récits, dont la série s'ouvre dès le IV® siècle, ne sont ni des faux, ni des imitations. Ils sont les produits naturels d'un même état d'âme dans des circonstances similaires.

Mais il ne faut rien exagérer. Si l'on nous dit que les idées répandues dans le monde par le culte des héros ont pu disposer les esprits à accepter plus aisément dans le cliristianisme le rôle des saints, que nous regardons comme des intercesseurs auprès de Dieu, je ne vois aucune raison de le contester. L'on peut expliquer l'essor rapide que prit incontestablement le culte des martyrs et des saints par le fait qu'il rencontrait des âmes toutes préparées. Les anciens écrivains ecclésiastiques ne faisaient d'ailleurs auciine difficulté de constater les analogies existant entre le culte des martyrs et celui des héros. Théodoret même en faisait le point de départ de sa polémique contre les païens. Alors même que le monde trouverait à redire à nos pratiques, leur dit-il, vous devriez être les derniers à vous plaindre, vous qui avez les héros, les demi-dieux, les hommes divinisés ^

Quant à certaines exagérations qui se produisirent parfois de ce côté au détriment de l'esprit religieux, je ne vois pas qu'il faille nécessairement les rattacher à des retours inconscients du paganisme. Noua

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