Graec. affect, curatio, VIII, Schulzb, t. IV, p
avons assez dit le penchant de la foule vers les choses matérielles et tangibles pour rendre raison de ces écarts, qu'il faut sans cesse réprimer et qui se manifestent plus graves dans les pays où les imaginations sont plus vives et les passions plus fortes. Le corps d'un saint ou sa statue, qui parlent aux yeux du peuple, Timpressionnent bien plus que les mystères, qui ne parlent qu'à sa foi. Je ne voudrais donc pas assimiler au paganisme la dévotion napolitaine i, ce qui ne veut pas dire qu'elle mérite d'être proposée comme modèle.
§ m.— Survivances païennes dans le culte. — Eieux de culte. — Transformations chrétiennes. — Changement de vocables. — Une méthode pour retrouver les vocables primitifs. — Sources sacrées.
Nous croyons avoir montré par assez d'exemples qu'il ne faut pas s'arrêter à des ressemblances extérieures, à des comcidences fortuites lorsqu'il s'agit de découvrir les relations de continuité qui pourraient exister entre certaines pratiques chrétiennes et la religion gréco-romaine — pour ne point parler des autres religions. Il convient de pénétrer plus
1. Le livre de Th. Tbbdb, Da8 Heidentum in der Bômi»chen Kirche, 4 vol., Gotha, 1889-1891, d'une lecture fatigante, est le fruit d'une observation très superficielle. L'auteur a vu de près les Napolitains. Mais la mauvaise humeur qui ne le quitte jamais suffit à montrer qu'il était peu fait pour comprendre le caractère de ce peuple et sa dévotion exubérante. Aussi le juge-t-il sans aucune indulgence.
Réminiscences et survivances païennes. 191
avant, ot dans les matières hagiographiques il faut, lorsqu'il s'agit de remonter aux origines d'un culte traditionnel, dans chaque cas, étudier trois éléments essentiels : le lieu, la date, la légende. Nous examinerons rapidement les questions qui s'y rattachent.
Ce n'est qu'après le triomphe complet de la foi chrétienne que celle-ci put songer à installer ses sanctuaires à la place des anciens temples désaffectés ou renversés. Les chrétiens n'avaient pas attendu l'abandon définitif des monuments païens pour ériger des édifices grandioses répondant à tous les besoins du culte. Souvent même, ils osèrent attaquer l'ancienne religion sur son terrain et lui disputer la place.
Nous sommes assez bien renseignés sur la méthode suivie par l'église pour combattre les superstitions attachées à certains lieux. C7 était, le plus souvent, en j établissant une basilique ou une chapelle et en y faisant fleurir un culte nouveau destiné à détourner l'attention des populations et à donner un aliment chrétien à ses instincts religieux.
On sait, par exemple, que le César Q-allus (351) fit transporter à Daphné, qui était à la fois un centre d'idolâtrie et un lieu de débauche, le corps du martyr Babylas, et fit ériger, pour le recevoir, une église non loin du temple d'Apollon, dont l'oracle devînt muet à partir de ce moment. Julien, irrité de n'en recevoir aucune réponse, fit reprendre aux reliques du martyr le chemin d'Antioche ^
1 Les textes se trouvent rassemblés dans Tilleicokt, Mémovresy t. m, p. 405.
Il y avait, au temps de saint Cyrille, près de Canope, à douze milles à l'est d'Alexandrie, un bourg nommé Menouthis, célèbre par un oracle que les païens venaient consulter en foule et par lequel beaucoup de chrétiens aussi se laissaient séduire ^ H se trouvait bien, à Menouthis, une église chrétienne, dédiée aux évangélistes, et que Théophile d'Alexandrie avait bâtie. Mais l'antre de la superstition attirait plus de monde que la maison de Dieu. Cyrille fit cesser ce concours idolâtrique en transportant solennellement à Menouthis les corps des saints Cyr et Jean, qui avaient reposé jusque-là dans l'église Saint-Marc à Alexandrie. Tels furent les débuts d'un des sanctuaires les plus fameux de l'Egypte chrétienne.
Grégoire de Tours raconte ^ que, dans le pays de Gévaudan, il y avait, sur une montagne appelée Helanus, un grand lac, auquel les gens de la campagne faisaient, comme il dit, des espèces de libations en y jetant des étoffes, des gâteaux et divers objets* Ds y venaient tous les ans avec des chariots, apportaient de quoi boire et manger, abattaient des animaux et se livraient, trois jours durant, à la bonne chère. Le quatrième jour, au moment de partir, ils étaient assaillis par une violente tempête. L'évoque de Javols se rendit à cet endroit et exhorta la foule à s'abstenir de ces pratiques, la menaçant de la colère
1. Acta SS't ian., t. II. p. 1083; Deubner, De incubatione, p. 80-98.