‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 98 sur 129 · Pausaioas,!, n · texte numérisé non relu

Pausaioas,!, n

se faisait an même endroit ? Et pourtant^ on pent affirmer, sans crainte de se tromper, qu'il n'y en a aucune, et que nous sommes ici en présence d'une simple coïncidence dont quelques archéologues ont exagéré la portée.

Sainte Paraskévé ne peut, en effet, avoir donné son nom à la chapelle qu'à une époque relativement récente. Car les anciens ne la connaissaient pas et les monuments liturgiques des x« et xi® siècles prouvent que son culte et surtout sa popularité sont postérieurs à cette période. Faut-il ajouter que, alors même que sa mémoire eût été en honneur dès la plus haute antiquité, on n'aurait jamais songé à donner son nom à la petite construction dont parle Pausanias ? Si cet auteur prononce, à cette occasion, le mot de 7rapa(T3tein^, ce n'était certainement pas le nom sous lequel l'édifice était connu du peuple.

Il est arrivé à certains érudits, partis de vagues ressemblances de noms, combinées avec certaines données topographiques, d'échafauder sur un texte hagiographique de véritables romans. C'en est un, certainement, que cet essai d'un mythologue ^ cherchant à établir que saint Donat a remplacé Pluton ou, ce qui revient au même, le roi des Molosses Aideneus, dont le nom peut faire songer, tout le monde l'accorde, à « Aies Donatos ». Je suis le premier à dire que sur saint Donat nous ne possédons aucun renseignement bien authentique et qu'on a même

1. E. DB G-UBERKATis, Aidonco e san Donato, studio di miiologia epiToHca, dans Biviata Euràpea, an. V, 1874, t. II, p. 425-438.

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«mployé quelques débris mythologiques pour lui faire une biographie. Mais la légende érudite qui cherche à le confondre avec le dieu infernal ne mérite pas plus de considération que le récit traditionnel.

Au fond de plus d'une dissertation savante sur les origines du culte des saints, on découvre cette idée que les grands martyrs et les grands thaumaturges du monde ancien, ceux-là surtout que l'on regarda de bonne heure comme les patrons des cités, furent les héritiers directs d'une divinité tutélaire dont les autels attiraient la multitude. Le concours des pèlerins s'explique tout simplement par Tantique renom du lieu. Le flot de la dévotion populaire n'a fait que se détourner légèrement de sa direction première, quittant le temple de l'idole pour dériver du côté de la basilique *.

Les cas, cités plus haut, d'une sorte de canalisation chrétienne d'un courant religieux irrésistible ne sont certes pas isolés dans l'histoire. Parfois même, nous l'admettons, le phénomène dut se produire spontanément, sans aucune intervention des chefs de l'église. Mais tout cela ne suffit pas pour formuler une loi générale qui serait d'une portée considérable dans l'étude des religions comparées. Il n'est pas difficile, Aveo le secours des textes et des monuments, de citer

1. Il y aurait plus d'une réserve à faire au sujet des idées de cet ordre exprimées dans le livre posthume de E. Lncins, récemment publié par G. Anbich, Die Anfange des HeUigenkults in der christlichen Kirche, Tûbingen, 1904. Voir Analecta Bollandiana t. XXIV, p. 487.

le nom du dieu ou du héros païen spécialement honoré dans chacune des villes grecques qui devinrent plus tard des centres de pèlerinage. Ceci ne revient encore qu'à constater la succession de deux cultes locaux, de même que Ton constate partout la succession des deux religions. Mais où est le lien de dépendance?

A Eome, s'élevait, sur le Capitole, un temple dédié au maître des dieux, qui, durant des siècles, y reçut l'encens des rois et des peuples. Plus tard, à Rome, les pèlerins du monde entier affluèrent au tombeau du prince des apôtres. Dira-t-on sérieusement que saint Pierre est l'héritier direct de Jupiter Capitolîn?

Un chapitre d'hagiographie populaire se rattachant à la christianisation des centres de superstition par l'introduction du culte des saints est suggéré par le passage de Q-régoire de Tours cité plus haut. Nous voulons parler du culte des eaux, d'autant plus difficile à déraciner que son objet même ne peut être détruit ni être éloigné à volonté. Le nombre des sources placées sous le vocable d'un saint est très considérable. Les amateurs d'histoire locale en ont fait des relevés qui ne se recommandent pas tous par le même souci de l'exactitude et la même précision ^ Ce serait un bien long travail que

1. Une bibliographie quelque peu complète du sujet serait très longue à établir, et nous ne youlons pas même l'essayer. On trouvera quelques indications dans A. Bestraio), La religion des Gaulois, Paris, 1897, p. 191-212 ; Bulletin archéologique du comit€

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d'essayer la synthèse de ces matériaux si nombreux, si disparates et si mal classés. Nous ne t'essayerons point, n faut pourtant se demander si la plupart des sources, auxquelles on a imposé des noms de saints, sont des témoins de la lutte de l'église contre le paganisme.

Évidemment non. Il serait fort difficile d'établir que toutes les fontaines ont été autrefois l'objet d'un culte superstitieux, et il est certainement faux de dire que le souvenir d'un saint n'a pu y être attaché que par un acte de l'autorité ecclésiastique. Le peuple, nous l'avons vu, ne manque jamais de baptiser les endroits remarquables de la contrée, et il leur donne tout naturellement les noms qui occupent son esprit. Une source de saint Martin n'est point nécessairement un© source sacrée; c'est un témoin de la popularité de saint Martin. Il faut donc distinguer soigneusement les sources que leur nom seul signale à l'attention de l'hagiographe de celles qui sont ua centre de dévotion ou de superstition. C'est à la seconde catégorie qu'appartiennent celles auxquelles les païens offraient leurs prières et leurs ofirandes.

des travaux hiatoriqueSy 1898, p. lxy-lvi. Voir aussi le travail considérable de R.-C. HoPE, Holy Wells : their Legends and Supersti- Hons, dans T?ie Antiquary^ t. XXI, 1890, p. 23-31, et les volumes suivants, ou dans l'ouvrage du même auteur, Legendary lore of the Holy Wells of England, London, 1893, 222 pages.

§ IV. — Dates des fêtes. — Changement d'objet. — Difficulté d'établir les coïncidences. — Une méthode pour retrouver les. dates des fêtes païennes — Exemples.

Un élément capital dans la recherche des lointaines origines d'un culte est la correspondance des dates. Les solennités qui amènent un grand concours de peuple sont nécessairement fixées à des jour» déterminés. Tout le monde sait que rien n'est plu» difficile à changer qu'un jour de foire ou de pèlerinage ; nulle part la ténacité des habitudes populaires ne se manifeste avec plus d'évidence que dans la fidèle observance des jours fériés. L'on peut dono être sûr que, lorsque les populations chrétiennes ont gardé quelque chose d'une fôte du paganisme, c'est tout au moins la date.

En général, quand il s'agissait simplement de donner une compensation aux convertis obligés d© renoncer aux réjouissances païennes, on les conviait aux fêtes des martyrs, lesquelles se célébraient au jour anniversaire de leur mort. C'est de cette manière que saint Grégoire le thaumaturge institua pour son peuple les réunions annuelles en l'honneur des martyrs et lui ménagea la transition entre les plaisirs profanes et la joie purement spirituelle ^

H en était autrement lorsque les évêques avaient à combattre une fête idolâtrique déterminée et à déraciner un culte séculaire. Quand ils ne pouvaient, comme cela a dû arriver fréquemment, s'opposer au

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