‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 21 sur 39 · MoKT D XEdipe. — Second exil de Polynice · texte numérisé non relu

MoKT D XEdipe. — Second exil de Polynice

Nous avons vu qu'à la mort d' Œdipe, Polynice alla à Thèbes pour assister aux funérailles de son père avec

(1) A maintes reprises Bethe signale le rôle de Tydeus dans la Thébaïde comme distinguant ce poème d'un poème antérieur qu'il appelle VAmphiaraïde. La distinction n'a nulle raison d'être, puisque, comme on l'a déjà dit et comme on le prouvera plus amplement encore, VÀmphiaràïde et la Thébaïde sont un seul et même poème ; du reste Bethe convient (op. cit., 168) que l'épisode du combat entre Polynice et Tydeus pourrait être aussi ancien que VAwphiaraïde (filus ancien par conséquent, selon lui, que la Thébaïde).

(2) S. Reinach, 1, 398, 4 et 6. Cf. Dumont-Chaplain, 279 et 284.

(3) Une preuve encore^ de l'importance de Tydeus dans la Thébaïde, c'est le portrait qu'en trace et les paroles que lui prête Eschyle dans les Sepl (377 sqq, 570 sqq.). Cf. Wecklein, op. cit., 661 sqq.

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Argie, sa femme, et d'autres Ai^ens. Telle était sans doute la version de YŒdipodie, et aussi celle de la Thébaîde* puisqu'on en trouve une trace dans VIliade (XXIII, 679), et qu'on n'a aucune raison de la rejeter. Il s'ensuit que l'entente entre les deux frères s'était maintenue pendant quelque temps ; mais à l'heure du partage définitif, elle se rompit. Étéocle, Talné (i), chassa son frère. Évidemment la Thébaïde attribuait tous les toi*ts à Étéocle (a), mais on ne sait quelles raisons elle donnait de la rupture. En tout cas ces raisons devaient être assez faibles, car les poètes dramatiques en ont donné eux-mêmes deux différentes, bien qu'ils soient, à l'exception d'Eschyle, entraîné par des considérations patriotiques, plus favorables à Polynice qu'à Etéocle. D'après Euripide, Étéocle et Polynice étaient convenus de régner alternativement une année ; mais Étéocle, son année expirée, refusa de rendre le trône à son frère. Cette version expliquerait bien le tort d'Étéocle, et par conséquent serait conforme à l'esprit de la Thébaïde; d'autre part elle ne contredit pas les deux moments de Texil de Polynice. Cependant Sophocle ne l'a pas adoptée : dans son Œdipe à Colone il a mieux aimé, pour rendre évidents les torts d'Étéocle, montrer Polynice, l'aîné selon lui, chassé par son cadet. Nulle part après lui on ne rencontre cette version ; mais il est surprenant qu'il n'ait pas suivi celle d'Euripide, si elle venait bien de la Thébaïde, Comme on ne connaît pas d'ailleurs celle d'Eschyle, on demeure donc incertain sur les raisons données par le poème cyclique.

(1) Sophocle seul (0. C. 367 et 1295) et un scoliaste (arg. des Sept d'Eschyle) le disent plus Jeune que Polynice; mais visiblement le scoliaste imite Sophocle, et Sophocle a bien pu avoir une raison dramatique. Voir page —

(2) Voir plus haut, page 46.

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4**. — Préparatifs de l'expédition.

Polynice, chassé de Thèbes, revint près d'Adrastos et lui demanda une armée pour reconquérir son royaume. Adrastos consentit et se mit en quête d'alliés. Homère rapporte (i) {IL IV, 3^6 sqq.) que Polynice et Tydeus, qui s'étaient chargés sans doute de plaider leur cause près des principaux rois du Péloponnèse, furent repoussés par les Mycéniens ; mais ils furent accueillis favorablement par les Arcadiens et les Messéniens (Paus. II, 20, 5, et surtout IX, 9, â). Dans l'Ai^olide même l'expédition rencontra de grandes difficultés. Amphiaraos(2),lehéroset devin illustre, nécessaire au succès

(1) II n'y a aucane raison de récuser ici le témoignante de V Iliade qai s'accorde très bien avec les données certaines que nous possédons sur la Thébdide.

(2) Amphiaraos et l'expédition thébainb. — Il faut insister sur les causes du départ d'Amph. pour l'expédition, puisque, selon Betlie, c'est précisément dans la nature différente de ces causes que l'on retrouve la marque distinctive des deux poèmes {Amphiaraïde et Thébaide-Épigones)^ qui célébrèrent à son avis la guerre thébaine. — Bethe (52 sqq.) parlant du texte dePindare {Ném,\X, 1 sqq.) et s'aidant de la se. X 326 tirée d'Asklépiades Tragilensis (F. H G. III, 298), et d'Apd. III, 6, 2, qu'il s'efforce de corriger l'un par l'autre, prétend démontrer qu'originellement Ampbiaraos, représenté — en vertu du partage d'Anaxagoras, Paus. II, 18, 4 ; Bethe» 46 — comme l'égal d' Adrastos à Argos, fut contraint à suivre l'expédition par la sentence de sa femme Érlphylé, sœur d'Adrastos, désignée, à la suite d'une guerre civile antérieure, comme arbitre de toute contestation entre les deux princes. Quand fut décidée en effet l'expédition contre Thèbes, Amphiaraos refusa d'y prendre part, se sachant condamné à y périr. Ériphylé, corrompue par Adrastos qui lui offrit un collier (selon Bethe, 52-3, cf. Se. Pind. Ném, IX, 35, Se. Ambr. X 326 et Hygin, 73, il n'est nullement question dans cette affaire de Polynice ni de Tydeus), déclara qu^Amphiaraos devait partir avec Adrastos. Amphiaraos, incapable de manquer à sa parole, partit. — Bethe en tire (^) cette conséquence, assez inattendue, que, n'y ayant pas là de trahison d'Ériphylé, Amphiaraos ne peut ordonner à son fils Alkméon de la mettre à mort, et que le poème qui donne cette version n'annonçait donc pas les Épigones^ donc n'était pas la Thébaïde-Épigones. — Mais il y a une autre tradition. Celle-ci, selon B. (qui s'appuie cette fois sur qv, X 324), ne parle pas de

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de Texpédition (peut-être avait-il été déclaré tel par les dieux comme le fut plus tard Alkméoa (Apd. III, 7, 52, a); mais plus probablement on savait les dieux et Zeus contraires(//. IV, 38i

lutte antérieure entre Adrastos et Amphiaraos, ni d'arbitrage entre les deux princes, l'un roi, l'autre subalterne, et ne dit pas Ériphylé sœur d' Adrastos, mais fille d'ipliis {qo, X 3^ — Apd. III, 6, 2, 2). Elle imagine (80-82) que c'est Tydeus surtout qui pousse à la guerre, qu'Amphiaraos, sachant qu'il y doit périr et n'ayant pas d'autre chance de salut, s'est caciié pour ne pus y prendre part (Hygin, 73, et Scol. Soph, EL 831), et qu'Ériphylé, fille d'ipliis, soudoyée par Polynice — qui, sur le conseil d'Iphis même, lui a donné le collier d'Harmonie — , découvre aux Argiens la cachette de son époux. Amphiaraos est donc obligé de partir non par respect de sa parole — puisqu'il n'y a eu ni traité, ni serment — , mais par la force parce qu'il est l'inférieur d'Adrasios. Mais il prend ses mesures pour que sa mort soit vengée par son fils : et ainsi s^annonce le poème des Épigones — qui du reste ne fait qu'un avec le premier. Ainsi encore s'expliquait que dans cette épopée Tydeus jouât le rôle dominant que ÏAmphiaraïde attribuait au héros-devin, et qu'Amphiaraos vouât une haine farouche à Tinstigateur principal de la guerre (cf. Apd. I II, 6, 8, 4). — Si Bethe avait bien démêlé les diverses traditions sur le départ d' Amphiaraos, les conclusions qu'il en tire seraient encore excessives ; car qu'importe, par ex., qu'Ériphylé ait été désignée ou non comme arbitre? Du moment qu'elle se laisse corrompre, elle trahit; et Amphiaraos a le même droit — et doit avoir le même désir — de se venger. Et VA mphiaraïde annonce donc tout ce que promet la Thébdide. D'autre part, que ce soit Tydeus surtout qui pousse aux combats, et qu'Amphiaraos çn conçoive une âpre colère, c'est fort naturel sans doute; mais qu'Ampb. ait été condamné ou trahi par Ériphylé, le réle de Tydeus en est-il changé? Cette haine d'Amph. pour Tydeus n'est donc pas un élément étranger à un prétendu premier poème et introduit par un second ; et l'existence d'un double poème n'en peut donc être déduite. — Mais Betbe a mal débrouillé les versions anciennes. A son avis, selon qu'Ériphylé est donnée comme sœur d'Adrastos ou comme fille d'Iphis (gt;, ^ 326), toute l'écimomie du poème est changée et l'existence d'une seconde épopée se manifeste, parce que dans le premier cas elle est arbitre et peut lier par sa seule sentence Amphiaraos égal d'Adrastos, fidèle à sa parole, dans le second cas elle n'est plus arbitre, n'y ayant pas eu de traité, et ne peut donc que trahir Amphiaraos, prince subalterne, pour qu'on le force à partir. Cette idée est très fausse. Tout d'abord il est évident qu'à l'origine il n'était nullement question qu'Amphiaraos se sût condamné à périr : sans quoi tout est incompréhensible. Il refusait de partir parce qu'il savait l'expédition

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et 409, Pind. Ném, IX, 17 sqq.), et on voulait que la présence d'Amphiaraos qui leur était cher {Od. XV, ^S) apaisât leur colère), Amphiaraos, dis-je, refusait son aide parce qu'il

condamnée par les dieux (II. IV, 381 et 409), et peut-être aussi parce qu'il ne voulait pas aider son ancien ennemi. Ce n'est que plus tard assurément qu'on imagina, se fondant sur sa haute Réputation de devin, qu'il avait connu sa mort certaine et qu'il s'était pour cette raison refusé à partir. Cette invention — qui apparut on ne sait quand — créa de grandes difficultés. On passa outre du reste ; quelle qu'ait été la famille d'Ériphylé et qu'elle fût elle-même arbitre soudoyée ou traîtresse, Amphiaraos, sachant les dieux contraires ou sa mort assurée, ne pouvait partir que forcé : égal ou inférieur d'Adrastos, il y avait à Argos assez de guerriers décidés à la guerre pour l'obliger, lui nécessaire, à les accompagner. Mais, d'autre part, IN est bien plus naturel qu'Eriphylé soit désignée comme arbitre si elle est fille d'Iphis. Comme telle, en effet, elle appartient à la troisième (*) maison pHncière d'Argos, et peut donc élre considérée comme indépendante et impartiale entre les deux partis en lutte. Sœur d*Adrastos, au contraire, et par conséquent de Pronax tilé par Amphiaraos, chassée elle-même par celui-ci en même temps que ses frères survivants, quelle confiance pouvait-elle inspirer à l'illustre devin? Et le récit d'Apollodore (III, 62, â-ô), bien qu'Apoll. lui-même dise Ériphylé, fille de Talaos (I, 9, 131), apparaît avec notre supposition, très logique (cf. 0. Gruppe, Jahresb. 1894, III, 96). Polynice va demander à Iphis le moyen de corrompre sa fille, arbitre entre Adrastos et Amphiaraos. Iphis, qui se souvient du lourd tribut prélevé sur so» aïeul Aoaxagoras par les aïeux des deux princes, qui du reste (Se. Ném. IX, 30) a lutté contre

(*) Sur le partage du royaume d'Argos entre Anaxagoras, Mélampus et Bias, voir Paus. II, 18, 4. Voici le tableau généalogique des trois familles jusqu'à l'époque qui nous intéresse :

Anaxagoras Mélampus Bias

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