I II
Atektôr Mantus Talaos
Iphis Otkiès Adrastos
Amphiaraos
Dans le môme chapitre (II, 18, 5) Pausanias dit qu'Iphis est frère de Kapaneus. Ailleurs X, 4, 3) et plus justement (Cf. Apd.) il le dit son oncle, frère d'Hipponoos, père de Kapaneus. Nous savons d'ailleurs qu'il était son beau-père, Kapaneus ayant épousé sa Glle Euadné (Eurip. SuppL). Puisque Kapaneus prenait part à l'expédition, Iphis avait donc une raison de plus de souhaiter qu'Amphiaraos, représenté comme nécessaire, en fit partie hiimême.
66 L*ŒDIPODIB ET LA THEBAÎDE
savait lai-même les dieux défavorables. Rien ne prouve en effet que dans la Thébaïde il fût donné comme sûr de sa
Adrastos avec Amphlaraos, mais n'aime pas davantage celui-ci, conseille Polynice d'offrir k Ërlphylé le collier d'Harmonie qu'il a apporté de Thèl)e8 ; et Ériphylé séduite se prononce pour Adrastos, Ampliiaraos ignorant tout. C'est là évidemment la version la plus ancienne : elle est d'origine argienne et voisine des démêlés entre les trois rois argiens : l'idée de guerres intestines et d'un arbitrage qui en aurait été la suite, domine ; et le rôle d'Iphis est très important, malgré l'intervention récente des légendes thébaines qui ne le connaissent pas. Mais une autre légende se forme : on se souvient encore des dissensions inteslines; cependant le personnage d'Iphis — qui ne prend nulle part, comme on sait, à l'expédition thébaine — commence à s'effacer, et par le désir assez naturel de laisser Adrastos et Amphiaraos seuls en face l'un de l'autre, on en vient à dire que c'est Adrastos (lui-même ou par l'entremise de Polynice) qui corrompt la fille d'Iphis, l'arbitre, Ériphylé. — Encore une transformation et Iphis est tout à fait et tout naturellement oublié. Eriphylé n'est plus sa fille, mais la sœur d'Adrastos qui la corrompt ou la fait corrompre. En même temps qu'Iphis on oublie les vieilles guerres d'Argos : l'idée d'arbitrage s'efface d'aulant, si bien que plus tard (*), dans une quatrième version, il n'en est plus question du tout, et que, si Ériphylé est encore soudoyée, ce n'est plus pour rendre une sentence injuste, mais pour révéler la cachette de son époux. — Ainsi finalement nous ne voyons plus en présence que les deux grands héros argiens du siège de Thèbes, Adrastos et Amphiaraos, ce dernier parfaitement instruit et de l'issue funeste de la guerre et de sa propre mort. — Les trois premières versions sont mêlées chez tous les mythographes, chez Pindare, et sans doute chez les poètes dramatiques. Il ne parait pas douteux que la Tkébàide les ait mêlées aussi, mais nous n'avons sur ce point aucune indication'précise (**), les poèmes homériques parlant d'or reçu, de trahison, sans détails. Du reste, les poèmes postérieurs, Èpigonesei Alkmaeonide qui ne pouvaient évidemment passer sous
(*) Cette version se rencontre dans le scoliaste de Sophocle {Electr. 831-833), dans Hygin (73), dans Lactance {ad Théb., XII, 423) et dans Stace {Théb., III, 571-2, 617-622), qui a pu la trouver dans Antimaque (qu'on oublie généralement trop). 0. Gruppe (/. c.) nie à tort que Stace ait parlé de cachette. Du reste sa discussion, très pénétrante sur quelques points, est en général assez obscure, et je n'approuve pas ses idées sur les transformations progressives de la légende.
('*) Un fragment de vers donné par le scoliaste de Pindare {ad Nem., IX, 30) au sujet d'Ériphylé, médiatrice entre Adrastos et Amphiaraos : iv', et Ti (léY* epiapia (ji.eT' à(JiçOTÊpoi<Ji76vr)Tai, paraît à Wilam. Moell. {Hom. Unters. 345, 49) tiré de la Thébaïde. Si c'était un vers en effet, et surtout un vers tiré de la Thébaïde, il serait d'importance dans la difficulté qui nous retient; mais l'opinion de Wil. M. n'est rien moins que prouvée.
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mort. Mais sa femme Ériphylé ayant reçu de For précieux (1), c'est-à-dire sans nul doute le collier d'Harmonie que Polynice avait apporté de Thèbes, le livra. Comment la Thébaïde expliquait-elle cette trahison? Nous avons vu dans une longue note qu'il était impossible de le savoir exactement : fondant ensemble tant bien que mal des légendes contradictoires, elle montrait sans doute Amphiaraos sûr de la colère des dieux et partant néanmoins pour obéir à la décision de sa femme arbitre entre lui et Adrastos, mais contraint et irrité. Au moment de partir, ordonnait-il à son fils Alkméon de le venger sur sa mère^ ainsi que le rapportent tous les mythographes (2) ? Cette scène au contraire est^elle empruntée aux
silence cet épisode, ont dû — nous le verrons — modifier la version de la Thébdide, et c'est sans doute la légende, telle qu'ils l'ont laissée, qui a été mise en œuvre par les tragiques. — En tout cas, Bethe ayant non seulement tiré de sa discussion des conclusions excessives, mais encore mal discuté les témoignages anciens, que reste-t-il de ses affirmations sur l'existence d'un double poème épique : VAmphiaraide et la Thébdide- Épigones? (Car c'était là sa preuve fondamentale.) Sans doute nous avons dû reconnaître que plusieurs traditions ont été fondues ensemble par la Thébaïde, mais aucune ne nous met sur la trace d'une double épopée sur la première expédition thébaine. Ici comme ailleurs le poète a mêlé librement plusieurs versions d'origine diverse, nées de quelque poésie locale antérieure et peut-être remises en faveur plus tard par un poème généalogique d'où les logograpbes, source première des mythographes, les auront tirées.
(1) Homère {Od. XI, 521) parle d'un Eurypylos, neveu de Priam, qui vint combattre pour liion, quoiqu'il dût périr « à cause de présents féminins ». On conjecture qu'il s'agit ds présents faits par Priam à la mère d'Eurypylos, sa sœur, pour décider le jeun» guerrier à secourir Ilion. On voit en tout cas que la légende d'Ériphylé et d'Amphiaraos n'est pas isolée, et que d'autres ont couru à son imitation. — Aussi comprend-on mai que Bergk (Griech. Litt. Gesch,, II, 4â)ait tiré argument des vers d'Antimaque de Téos : èx yàp Supcav noXXàxâx' àvOpco77oi(Ti TcsXovrai (Kinli. op. cit. 247) pour assurer que cet Antimaque était l'auteur de la Thebais-Epigonoi (voir page 22). Ce vers a la valeur d'une remarque générale probablement, et en tout cas il peut s'appliquer à d'autres trahisons payées que celle d'Ériphylé.
(2) Pausanias (V, 17, 7 et 8) nous dit qu'il a vu à Delphes sur le coffret de Kypsélos une scène représentant le départ d'Amphiaraos : Amphiaraos
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Épigones ou même à VAlkméonide (i)? Toujours est-il qu^Homëre ne la connaît pas, comme le fait remarquer le scoliaste(2). Pour la Thébaide, on ne saurait rien affirmer; mais il est bien probable qu'elle ne la connaît pas non plus.
Mais les guerriers ne manquèrent pas : une foule de chefs que la Thébaïde rattache presque tous à la famille d'Adrastos accoururent à l'appel du roi.
La Thébaïde les énumérait tous sans doute et faisait le dénombrement dp toutes les régions qui concoururent à l'expédition : on en retrouve des traces certaines dans le IJe chant de Y Iliade (494-^^6, 559-614): ainsi, c'est une prétention argienne et conforme à l'esprit de la Thébaïde que de faire d'Adrastos un Argien, roi de Sicyone par héritage avant de régner à Argos (V-Sja). 11 est du reste évident que nombre de poèmes et de poètes ont fourni des éléments à ce catalogue de V Iliade.
Pausanias (II, 521, 5) assure qu'Eschyle est le premier qui ait réduit le nombre des chefs à sept. Pausanias se trompe : d'abord il est certain que Pindare l'avait fait avant Eschyle, puisque dans une ode antérieure de deux ans aux Sept contre
montant sur son char se retourne irrité, l'épée tournée contre Ériphylé; celle-ci est debout devant la porte de sa maison, tenant le collier ; autour d'elles sont ses filles Eurydiké et Semonassa, et Alkméon encore enfant et nu ; une vieille femme porte Amphilochos tout petit ; Batôn tient les rênes. Le cofiret de Kypselos date du commencement du vi* s. (cf. Stuart Jones, Journal of HeUenic Sludies, (1894) 30-80). — Un vase peint de Caeré, pareil à cette scène et remontant à la même époque (Dumont-Cbaplain^ 252 et 261), nous a aussi été conservé. — Voir Sal. Reinach, Vases peints, I» 199 B.
(1) Nous verrons qu'elle était peut-être tirée de Siésicbore.
(2) Od. XV, 247 et la note du scoliaste. — Il semblerait donc qu'au temps où se formait l'Odyssée — ou plutôt à l'époque où parut la Mélampodie (s'il est vrai que tout l'épisode de Théoklyménos en soit tiré. W. Gbrist, Zur Chron, 8) — on n'eût pas encore pensé qu'Amph. partant pour Thèbes sût qu'il y devait mourir ; mais cela n'est pas certain, d'autant plus qu'à son départ ses enfants étaient trop jeunes (cf. le coffret de Kypselos et le vase peint ci-dessus décrits) pour qu'il pût leur confier sa vengeance.
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Thèbes, il a donné ce chiffre (i). Puis Eschyle ne dit pas qu*il n'y eût que sept chefs argiens : il parle seulement de sept commandants de corps, un pour chaque porte; mais au-dessus ou à côté des Sept il pouvait y avoir plusieurs antres princes, et il y en avait certainement un, que le poète mentionne expressément, Adrastos (Sept, 49"5i).
Mais Pausanias a lu la Thébaîde et doit avoir raison pour la Thébaîde : Welcker (II, 348*) Ta nié, sans motifs bien .,
sérieux. W\lanipwitz {Ifermes, 1891, 229 sqq.) a rejeté à ^ '"^ son tour l'assertion de Pausanias : ayant conclu d'un \ examen minutieux de la Thèbes ancienne et de sa situation • qu'il ne pouvait y avoir dans l'antiquité que trois portes, et j que le nombre Sept n'a passé dans la poésie et dans l'histoire qu'à cause des sept chefs illustrés par les poètes, il attribue » ce nombre fameux à l'auteur de la Thébaîde : « C'est un mérite de la légende, dit-il, un mérite du poète de Thèbes que les Sept contre Thèbes soient devenus un cercle fermé de héros, un nom propre. » Cette opinion n'a pas trouvé grand crédit. On peut objectera Wilamowitzle témoignage unanime des anciens et non seulement celui de Pausanias, mais celui du poète thébain Pindare, qui est formel. Il y a plus : si le nombre Sept vient de la Thébaîde^ comment le trouve-t-on dans Vlliade (IV, 406) (2) et àdms Y Odyssée (XI, 263) Vil y avait, avant la Thébaîde, sinon des poésies, du moins des légendes sur les Sept Portes de Thèbes. Sept est un nombre sacré (3). La Thébaîde connaissait assurément ces légendes, mais rien ne prouve qu elle ait réduit pour cela le nombre
(1) Les Sept contre Thèbes sont de 467. La IX* Ném^ où (17 sqq.) il est question des Sept, est selon Bergk de 470 ou 468; la VI* Ot, (12 sqq.) de 468.
(2) n est vrai que le vers de VIliade et celui de VOdyssée appartiennent à des morceaux ajoutés (v. page 28, n. 2, et 29^ n. 1), mais on ne sait à quelle époque.
(3) Cf. Brandis, Die Bedeutung der Sieb, Thore Theben (Hermès, II, 259 sqq.), et surtout Herm. Diels, Ein orphischer Demeter-Hymnus, Wien 190fi, d'après le compte-rendu de la BerL PMI. Woch., 1903, col. 1315.
70 LŒDIPODIE ET LA THBBAIDE
des chefs argiens à sept ; et Ton peut très bien supposer que les différences souvent constatées entre les poètes dramatiques et les mythographes sur les noms des chefs viennent précisément de ce que chacun choisissait un peu à son gré parmi les noms que lui fournissait Tépopée (i). Quoi qu'il en soit, voici ceux que nous connaissons :
10 Adrastos, fils de Talaos, roi d'Argos (2), descendant d'Amythaon.
ao Mékisteus, fils de Talaos (//. XXIII, 679, Paus IX, 18, i, Hérod. V, 67).
30 Hippomédon, fils de Talaos (Apd. III, 6. 3. a), ou d'Aristomachos et d'une sœur d*Adrastos (Paus. X, 10, 3).
4° Parthénopaeos, fils de Talaos (Paus. IX, 18, 6) (3).
5° Amphiaraos, fils d'Oïklés, époux d'Eriphylé (sœur d'Adrastos) et descendant aussi d'Amythaon.
6° Kapaneus, fils d'Hipponoos et petit-fils de Proetos, roi de Tirynthe (Paus. X, 10, 3. Cf, //. II, 559 sqq.)-
(1) Il est possible que la Thébaïde, dans son énumération, ait cité beaucoup de chefs (ainsi Pausanias aurait raison), mais qu'arrivant au moment de Tassant, elle ait désigné en particulier sept chefs pour attaquer chacun une des portes de Thèbes : de là les chiffres de Pindare et d'Eschyle. Il est à noter, en effet, qu'Eschyle ne parle que de l'assaut.
(2) Adrastos avait avec lui son cheval Aréion ; v. la Se. de 17^. XXIII, 346, et la version un peu différente de Pausanias sur l'histoire de ce cheval. Cf. plus haut p. 9 sqq., n. 2). Un vase peint deVulci, attribué à la fin du vi« s. par Dumonl-Cbaplain, op, cil. 328, nous le montre en possession d'Héraklès, et conduit par Po>eo; (S. Rein. — Vases peints, l, 399). Un vers de la Thébaide cyclique, cité par Pausanias (VIII, 26, 8), nous assure de la présence d' Aréion à Thèbes.
(3) Pausanias dit formellement que selon la Thébaïde Parthénopée était Argien et fils de Talaos (IX, 18, 6) ; ailleurs (II, 20, 5), il dit que ce héros eut un fils nommé Promachos, un des Ëpigones : Parthénopaeos n'était donc pas un enfant quand il partit pour Thèbes. Cependant il est hors de doute qu'il était d'origine arcadienne et que les Argiens l'ont accaparé, comme Adrastos, Aréion et Amphiaraos. — Les mythographes ont fait à son sujet et à cause de sa mère de nombreuses confusions (Apd. 111, 8-2, 6 sqq.).
l'œdipodib et la. thébaïde 71
7» Étéoklos, fils d'Iphis, beau-frère de Kapaneus, petitfils de Proetos (Paus. X 10, 3).
Ces sept chefs étaient argiens (Apd. III, 6,3).
8» Polynice, fils d'Œdipe, Thébain.
90 Tydeus, fils d'Œneus, Étolien.
Pausanias ajoute un 10' nom qu'il assure avoir vu à Delphes dans un groupe de statues envoyé par les Argiens et représentent les Sept : Halithersès (i).
Avant leur départ, selon Pausanias (II 19 8), les chefs argiens, rassemblés près de l'autel de Zeus *Têtioç, jurèrent de rétablir Polynice sur son trône ou de mourir jusqu'au dernier. Est-ce une tradition locale argienne, dont le fameux serment des Sept (Esch. Sept, fyi sqq,) aurait donné l'idée ? ou bien les Argiens comme Eschyle lui-même se sont-ils souvenus de la Thébaide ? Il est impossible de le dire.
5^. — Les jeux Néméens.
Sur le chemin de Thèbes, à Némée, l'armée argienne ayant manqué d'eau, Hypsipylé, fille de Thoas, roi de Lemnos, et esclave de Lykourgos, roi de Némée, abandonna son nourrisson Opheltès pour indiquer une source aux guerriers et en son absence un serpent tua l'enfant. Les Argiens, après avoir apaisé Lykourgos, firent à Opheltès — surnommé en présage, par Amphiaraos, 'Ap/é(jLopoç — de magnifiques funérailles, et fondèrent en son honneur les jeux Néméens.
Aucun de ces détails (racontés par tous les mythographes,
(1) Paus. (X, 10, 3). Ce prétendu Halithersès remplace dans Ténumération de Pausanias Parthenopaeos qui n'est pas cité. Mais Pausanias donne liuit noms et il est probable que cette statue appartient à un autre groupe (cf. Robert, Hermès, XXV, 412 n. 2).
Peut-être aussi y avait-il parmi les chefs, un neveu d'Adrastos, Lykourgos, fils de Pronax (Apd. I, 9, 13, 2), que Stésicfaore dit ressuscité ainsi que Kapaneus (Apd. 111, 10, 3, 12), et qui est représenté sur le tréne d'Amyklées luttant avec Amphiaraos, malgré Adrastos et Tydeus (Paus. III, 18, 12).
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qui les avaient puisés peut-être chez Pindare, Baechylide, et les Tragiques), ni même Tépisode lui-même ne nous sont connus par l'épopée. L'épisode est cependant fort ancien ; mais dès l'origine on se trouve en présence de trois versions : l'une attribue la fondation des jeux à Heraklès, vainqueur du lion de Némée : nous la connaissons par Callimaque (cf. Callîmachea, O. Schneid. II, 65), et par un scoliaste des Néméennes {Argument des Ném. Boeckh, II, 4^*4)- L'autre fait honneur de cette institution à Adrastos, réfugié à Sicyône. C'est à Pindare (Ném, IX, 8 sqq.) que nous la devons : elle est conûrmée par un passage d'Elien ( Var, Hist, IV, 5) qui nous apprend que les jeux de Némée furent fondés en l'honneur de Pronax, frère d'Adrastos, tué par Amphiaraos, confirmée aussi par une scène du Trône d*Amyklées qui nous montre Lykourgos, roi de Némée, fils de Pronax (i), aux prises avec Amphiaraos, et les combattants séparés par Adrastos et par Tydeus (Paus. III, i8. 12). Une troisième version enfin, la plus répandue, attribue les jeux à l'expédition des Sept et à la mort d'Archémoros : c'est celle de Pindare, dans une autre Néméenne (VIII, 5i sqq.),
(i) Apd. (I, 9, 13, 2 et I, 9, 14) distingue ce Lykourgos, fils de Pronax, du roi de Némée, Lykourgos, fils de Pbérès. Mais cette distinction est sans valeur. La scène sculptée sur le trône d'Amyklées et conservée par cinq vases peints (mais il n'y a qu'un vase peint sur lequel on puisse être fixé : S. Reinach, II, 273; les autres I, 381, 382; II, 284. etc... ont un sujet des plus douteux) représente évidemment Lykourgos, fils de Pronax. Et les passages d'Élien (Var. hist. IV, 5) et de Pindare (N. IX, 8 sqq.) prouvent aussi malgré Welcker (II, 351) que Pausanias a bien lu les noms : Lykourgos, fils de Pronax, tué par Amphiaraos, ne devait clierchêr qu'une occasion de venger son père ; de là ce combat que n'expliquerait pas le caractère d'Amphiaraos. Mais Adrastos et même Tydeus — qui craignent de compromettre le succès de l'expédition — doivent s'interposer (surtout si, comme on peut le conclure de Stésichore (Apd. III, 10), Lykourgos faisait lui-même partie de cette expédition). Il y a donc dans ce vase peint le souvenir de deux traditions : l'une des démêlés argiens, l'autre de la guerre thébaine. Il en devait être ainsi dans la Ttiébaïde-f et par suite, il est assez vraisemblable, malgré Betbe {op. cit. 49, note 11), que cette sculpture soit inspirée du vieux poème.
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celle de Siraonide (fr. 5a) et de Bacehylide (VIII, i-aa). La première version peut s'accorder avec les deux autres : rien n*empêche en effet de voir dans les jeux fondés, soit en Thonneur d'Archémoros,' soit en Thonneur de Pronax, un souvenir de ceux qu'avait fondés Héraklès, vainqueur du lion de Némée. La seconde version est assurément plus ancienne que la troisième ; mais il ne me semble pas qu*on puisse la rattacher à la Thébaïde^ plus éloignée des dissensions intestines d'Argos. Je pense que c*est la troisième qui appartient à la Thébaïde (cf. Eschyle selon le Scoliaste de Pindare. Arg, ad Nem, Boeckh, ^a^ sqq.). L'auteur de ce poème aura fondu ensemble une vieille légende argienne et une vieille légende sicypnienne ; mais on retrouve des traces de soudure dans cette lutte d'Amphiaraos contre Lykourgos qui ne peut s'expliquer que par l'antique légende argienne. Quant au rattachement de la légende des Sept avec les légendes lemniennes par l'introduction d'Hypsipylé, peutêtre le doit-on aux Épigones.
6° L'expédition argienne en Béotie.
Combat sur l'Isménos.
Nous avons vu que selon Homère (//. IV, 382 sqq.), les Argiens arrivés sur les bords de l'Asôpos tentèrent une dernière démarche de conciliation, et envoyèrent en ambassade Tydeus : celui-ci commença par les provoquer à des jeux, et les vainquit tous. Les Kadméones, irrités de sa force et de son adresse, se mirent en embuscade sur son chemin pour le tuer, mais Tydeus les massacra tous à l'exception de Maeon.
Bethe (pp. cit. 176) a fort reproché à Welcker d'avoir fait entrer dans sa reconstruction de la Thébaïde cet épisode « invraisemblable», pure «vantardise». Je n'oserais pas assurer qu'il fît en effet partie de la Thébaïde ; je l'en crois cependant tiré, pour cette raison notamment que le poète argien de la Thébaïde travaillant sur une légende thébaine
^4 l'œdipodie et la thébaïde
très défavorable à Ârgos, a cherché par tous les moyens à rejeter les torts sur Thèbes ; et n'était-ce pas un bon moyen de jeter Todieux sur cette ville que de lui attribuer un attentat monstrueux sur un ambassadeur ? Il est clair qu'après cette embuscade, les Argiens ne pouvaient plus renoncer à la guerre ; et leur expédition s'en trouve justifiée (i).
Faut-il ajouter — pour répondre au reproche d'invraisemblance et de vantardise — que le poète, fâché d'avoir à montrer plus tard la mort de ses héros, devait les relever d'abord par des exploits inouïs, et prouver que s'ils périrent ce n'était pas faute de force ou de courage, mais par trop de confiance en cette force et ce courage (a^eTépTjffiv àTa(y6aXi7)(yiv comme dit Y Iliade, IV, 409) ?
Les Argiens, offensés, s'avancèrent donc, et selon, le sûr témoignage de Pausanias, trouvèrent sur les bords de l'Isménos l'armée thébaine renforcée par les Phocidiens et les Minyens, et la vainquirent (2). Les Thébains se réfugièrent derrière leurs murailles. Et les Argiens se préparèrent à donner l'assaut.
70 L'Assaut
C'est alors que se place logiquement — si la Thébaïde en a parlé — le sacrifice de Menoikeus, fils de Créon, « qui se tua volontairement selon un oracle d'Apollon Delphique lorsque Polynice et son armée vinrent d' Argos » (SâJOâJX* aS-i^. Bien que Pausanias n'accompagne ces mots d'aucune de ces formules (Xé^ouffi, 07j6aîoi àitocpaivoucri, etc.) qui indiquent
(1) Selon Wecklein {op. cit,, 663} cet épisode est tiré d'une Tydéide. Richter, qui juge la Thébaïde antérieure à VIliade, le fait venir de cette Thébaïde {op. cit., 20). Une discussion sur ce point importe peu : que Tauteur de la Thébaïde ait trouvé l'épisode dans VIliade ou ailleurs, il a dû s'en emparer sans nul doute.
(2) Apd. parle aussi d'une défaite des Thébains. Eurip {Phén, 1141 sqq.) dit au contraire qu'ils furent vainqueurs : c'est évidemment faux. Pourquoi, vainqueurs, se seraient-ils retirés dans la ville?
l'œdipodie et la thebaîde ^5
chez lui une légende étrangère à la Thébaïde, je doute cependant que répopée ait raconté cet épisode, tel du moins qu'il nous est présenté ici. Eschyle et Sophocle parlent du fils de Créon (Sept, 4^4 sqq., Antigone, i3o3) ; mais tous deux l'appellent Mégai'eus, et, tout en louant sa bravoure et « son sort illustre », ne laissent pas entendre un dévouement extraordinaire. — C'est Euripide (Phén.y 1090 sqq.) qui loue le premier Ménoîkeus de s'être tué pour son pays, et sa version a prévalu : Apd. (III, 6, 7, 8), Hygin (68) la rapportent également. Or Euripide a maintes fois mis sur la scène des victimes volontaires. Outre Ménoîkeus, Makaréa {HérakL 4^4) s'immole, Prsiyiithéa. (dsius Érechtheus) immole ses enfants : Iphigénie et Polyxène, forcées de mourir, meurent avec joie ; or Iphigénie du moins mourait à regret, traînée à l'autel, chez Eschyle, et cela sans doute était moins héroïque, mais plus naturel, plus primitif. J'incline donc à penser qu'Euripide est l'inventeur de cette scène à effet, que dans l'épopée M énoîkeus (ou Mégareus) (t) mourait bravement, donnant un grand exemple de courage, mais en
Il n'est pas probable que les légendes thébaines primitives aient eu l'idée d'un courage de cette nature : l'auteur de la Théhaide n'a pas pu le leur attribuer. Enfin, cette mention d'un oracle de Delphes, inconnu encore peut-être à l'époque où dut être composée la Thébaïde, marque assez que Pausanias a puisé à une autre source ou simplement suivi l'opinion commune faite par Euripide et accueillie par les Thébains.
L'assaut, divinement effroyable si l'on en croit les tragiques, mais réduit à des proportions plus humaines par Pausanias, fut désastreux pour les Argiens. Périklyménos
(1) Hygin à deux reprises (67 et f. 242} dit qu'un autre Ménoîkeus, père de Jokasté (cf. Paus. IX, 5, 13), dans une autre circonstance se sacrifia aussi volontairement pour Tlièbes. Nous verrons que cette tradition est peut-être empruntée à Euripide encore, du moins à un poète dramatique de son école.
76 l'œdipodib et la thébaïde
tua Parthénopée d'un coup de pierre (i), Kapaneus tomba du haut des remparts, foudroyé par Zeus lui-même selon les tragiques, et selon la Thébaïde aussi très probablement. Homère il est vrai, ne dit rien de sa mort, et se borne à lui donner les épithètes de k'^oLuCkti-zi^ (II. II, 564) ®* ^^ xuBàXijjio; (IV, 4^3). Son fils Sthénélos ne joue aucun rôle important dans l'épopée troyenne, à rencontre de Diomode, fils de Tydeus. Mais Tydeus était le favori d'Athéné, et Kapaneus assurément était Tennemi des dieux : comment un dieu pix)tégerait-il son fils sous Ilion ? Dans le silence d'Homère, il me paraît légitime d'accepter la tradition formellement exprimée par les trois tragiques et par nombre de mythographes, nulle part contredite en tout cas. Le texte de Pausanias bien compris nous y autorise : « Cest à cet endroit, dit-on, que Kapaneus, fils d'Hipponoos, dans un assaut trop impétueux contre les murailles, fut frappé par la foudre ». Le mot « dit-on » (Xé^ouat) porte sur T endroit (xauTTi) et non sur le fait même. Ce doit être ici la version épique d'un épisode raconté ailleurs d'une façon trop rationaliste et prosaïque (cf. IX, 9,3). Au reste ni les traditions thébaines, si contraires à Argos, ne devaient répugner à un récit qui montrait clairement l'impiété d'un Argien, ni l'auteur argien de la Thébaïde ne devait repousser une version qui montrait un de ses héros digne d'être combattu par le roi des dieux lui-même.
8® Combat d'Etéocle et de Polynice
Ici trouvait place dans le poème cyclique le combat des deux frères. Polynice, voyant le succès de son expédition compromis par la résistance victorieuse des Thébains der-
(1) C'est Euripide (Phén. 1157 8qq.),qui nous apprend ce détail (cf. Arislodémos (Se. Eur. Phœn., 1156, H. C. F., III, 309,4|. Je l'accepte, Euripide ayant comme la Thébaïde (Paus. IX, 19, 6) nommé Perililymenos le meurtrier de Parthénopaeos. Les Thébains (Paus. ib.) l'appelaient Amphidikos, Eschyle {Sept, d5S) Aktôr.
LŒDIPODIE BT LA THBBAIDB J'J
rière leurs murailles, et la mort de deux des meilleurs chefs argiens, poussé peut-être aussi par les reproches des siens, provoqua son frère à un combat singulier. Pausanias déclare en effet qu'il fut le provocateur (IX, 5, la); de même Euripide {Phén. 621, sqq.). Étéocle accepta. La première partie de la lutte était représentée sur le coffret de Kypsélos. « Polynice, tombé sur un genou, est pressé par Étéocle, dit Pausanias (V, 19, 6)(i). Derrière Polynice est debout une femme ayant les dents et les ongles recourbés comme une bête féroce« Une inscription la nomme Kère, indiquant que c'est le destin qui fait mourir Polynice et qu'Étéocle succombe à ses crimes (2). »
Cette interprétation de Pausanias est peut-être fantaisiste ; et le coffret de Kypsélos ne s'inspirait peut-être pas de la Thébaïde. Ce qui est certain, toutefois, c'est que les deux frères moururent sous les coups l'un de l'autre.
9« Sortie des Thébains
Après ce duel, comme le disent Pausanias et Euripide (Ph. i465 sqq.), les Thébains firent une sortie et la lutte définitive s'engagea entre eux et les Argiens. Le Thébain Mélanippos se distingua entre tous : il tua Mékisteus, frère d'Adrastos (Hérodote V, 67, Paus. IX, 18-1) et Tydeus (Paus. ib.). Ce dernier, renommé pour sa fougue et sa férocité, meurtrier d'Isméné selon Mimnerme (Arg ad Soph. Antig-X Phé-
(i) Euripide [Ph. 1390 sqq.) parait donner au combat des péripéties différentes : selon lui c'est Polynice qui blessait le premier son frère à la jambe. Au reste, la scène du coffret marque peut-être le moment où, selon Euripide, Polynice est mortellement blessé et en cet état tue Étéocle qui s'approche pour le dépouiller.
(2) Le combat d'Étéocle et de Polynice est aussi représenté sur des urnes sépulcrales étrusques {Gaz. archéol., VII, (1881-82), 64, H8. Sur une urne d'albâtre les deux frères mortellement blessés sont représentés étendus, et près d'eux se tient une femme ailée, Tépée nue (conception empruntée à la figure de la nuit, du Bouclier d'Héraklès, 248 sqq.).
78 L*ŒDIPODlE ET LA THEBAÎDB
rékyde (Se. Eut, Ph. 53) et un vase peint(i), ne se démentit pas dans la mort. Irrité à Texcès contre Méianippos qui Favait blessé, il souhaita une vengeance sauvage et Amphiaraos lui ayant jeté son ennemi mort, il lui brisa le crâne avec les dents et dévora sa cervelle. Athéné, qui lui apportait du ciel Timmortalité, recula d'horreur et s'en retourna. Telle est la vereion de Phérékyde {Se. Il, V, 126) et celle de Bacchylide (Se. ad Aristoph. Açes, i535). Apd. (III, 6-8-4) raconte qu' Amphiaraos lui avait apporté son ennemi parce que, le haïssant et connaissant sa férocité, il attendait de lui un acte sauvage qui lui aliénerait les dieux (a). Les Tragiques (Sept, 587, Soph., fr. jSi, Eur., fr. 687) ne parlent ni d'immortalité, ni de vengeance d Amphiaraos (3), mais déclarent aussi qu'il rongea la tète de Méianippos. Pausanias n'afiirme pas (Xé^ouvi, IX, 18,2) qu' Amphiaraos lui apporta le cadavre de Ménalippos, et ne dit rien de son dernier exploit. Homère n'en parle pas davantage. Aussi ignore-t-on la version de la Thébaîde ; mais il n'est pas invraisemblable qu'elle ait attribué à Tydeus cette barbarie moribonde. Comme le note Welcl^er (II, 364, note 106), ce trait a une rude couleur épique, et les légendes thébaines ne devaient pas hésiter k en charger la mémoire d'un ennemi acharné. Il est probable d'ailleurs, comme nous l'avons vu, qu'à l'ongine Tydeus, symbole du sanglier, était représenté comme mourant de
(i) Sur une amphore de Caeré bien connue, Isméné est couchée sur un lit, Périklymenos s'enfuit, et Ton aperçoit à cheval l'éphèbe QXuro;. Cette peinture correspond mal avec le récit de Phérékyde, qui dit qu'Isméné fut tuée près de la source Ismène. Il semble plutét — comme l'a cru Pottier (Vases antiques du Louvre^ I, 58) — qu'Isménéest ici représentée comme la femme de Tydeus et Périklymenos comme son amant. — Au reste rien ne prouve que cette scène — celle dont parlent Mimnerme et Phérékyde, comme celle du vase peint — soit empruntée à la Thébaîde.
(2) Ces sentiments prêtés à Amphiaraos par Apollodore ne paraissent pas de l'époque héroïque et épique. On y sent un raffinement de haine plus digne d'une tragédie.
(3) Mais Eschyle (Sept^ 575 sqq.) connaît la haine d' Amphiaraos pour et Tydeus Polynice.
l'œdipodie et la thébaïde 79
cette façon barbare. Pour toutes ces raisons maint poème devait rappeler cet épisode, mais il est impossible de distinguer sur ce point la version de la Thébaïde cyclique,
io° Disparition d'Amphiaraos. — Anéantissement de l'armée argienne. — Fuite d'Adrastos
Mais, malgré la mort de Mélanippos et sa propre valeur, Amphiaraos est entraîné par la déroute des Argiens, et il va périr (Pind. OL VI, m, Apd. III, 6, 7, 8), quand Zeus ouvre la terre sous les pieds de l'illustre devin, avant que Périklyménos le frappe au dos de sa lance ; avec Amphiaraos est englouti Batôn (i). a fiatôn était parent d' Amphiaraos et appartenait comme lui à la famille des Mélampodides ; tandis qu'il servait d'aunge à Amphiaraos dans le combat qui suivit l'assaut manqué des Argiens contre Thèbes, il disparut dans le même gouffre que son maître et son char. » Paus. II, 23,2. L'endroit est contesté, les Thébains disant : « sur la route de Potnies à Thèbes (P. IX, 8,3), les Tanagréens désignant Harma (P. IX, 19,4)- Mais Pausanias ne paraît pas mettre en doute le fait lui-même. U Odyssée, il est vrai (XV, 247), se borne à dii'e qu'il mourut sous Thèbes, sans faire allusion à aucune circonstance merveilleuse ; et Ton en pourrait conclure que la légende n'existait pas encore à l'époque où fut composé cet épisode du XV® chant, pourtant récent et emprunté soit à la Mélampodie (W. Christ, Zur Chron. S), soit même à la Thébaïde, Mais Pindare et les Tragiques la connaissent et la rapportent : ils ont dû la prendre dans les épopées thébaines. Et, au surplus, même
(1) Quelques-uns, selon Apd. III, 6, 7, 6, l'appellent Élatân. N'y a-t-il pas là une confusion de lettres pour Batôn? Le Scoliaste de Pindare (01, VI, 21) l'appelle Schoinikos, mais si l'on considère qu'A, passe pour avoir été englouti sur les bords de l'Isménos, et que quelques anciens ont confondu l'Isménos et le Schoineus (Eutecnius m Metaphras. Theriac, cilé par Unger, Parad. Theb. 169), on peut penser qu'Amph. ayant été surnommé à cet endroit I^x^^^^^^^» ^° ^ P^^^ ^® surnom pour le nom de son aurige ËStén.
8o L^CKDIPODIK ET LA TH^BAÎDE
en ne tenant nulle compte de l'origine nataraliste que nous avons supposée au personnage d*Amphiaraos(i), n*est-il pas très croyable que des circonstances merveilleuses aient accompagné la fin d'un guerrier-devin qui était le grand héros du poème? Lui disparu, en efl'et, toute Tarmée argienne périt (Paus. IX, 9, 3), à Texception d*Adrastos (2) qui pleura Amphiaraos : « Je pleure Tœil de mon armée, à la ibis bon devin et bon à la lance (3). » Adrastos s'enfuit seul « portant des vêtements de deuil, avec Aréion à la crinière azurée (4) ».
iio La Sépulture
La victoire était complète. Gréôn succéda à Ëtéocle, mort peut-être sans enfants (cf. Sept^ 828), bien que Pausanias (XI, 5, i3) et sans doute les Épigones lui aient donné
(1) Voir page il sqq. On sait que les Thébains eux-mêmes, qui d'ailleurs possédaient son temple et son oracle, l'ont honoré particulièrement (cf. Paus., IX, 8, 3, 19, 4, et Eschyle, Sept, 609-611). Une légende, dont l'origine est inconnue et qu'on cite seulement parce qu'elle est gracieuse, rapportait que pendant un repas avec les chefs un aigle prit sa lance, et, s'envolant, la laissa retomber. Elle fut changée en laurier, et au même endroit Amphiaraos fut englouti (Lysimaque d'Alexandrie, cité par le se. d'Eurip., Hipp, 545).
(2) Bethe (op, cit. 65 sqq.) assure que la Thébaïde seule sauvait Adrastos et que, dans la prétendue Amphiaraïde^ Adrastos périssait comme tous les Argiens; cela revient à nier, puisque VAmphiaraide de Bethe est justement notre Thébaïde, que dans cette épopée Adrastos disparût. Mais Rethe se trompe (ainsi que H. Usener, Der Stoff der Griechen Epos (1897) Absch. IV) : 1° si les deux fils du Mysien Mérops (//., II, 828 sqq.) forment un couple analogue au couple Adrastos et Amphiaraos d'Argos, ils ne sont pas cependant ce couple lui-même: donc, qu'ils soient tués tous deux sous Troie par Diomède {IL XV, 328 sqq.), cela ne peut prouver qu'Adrastos et Amphiaraos aient péri l'un et l'autre sousThèbes; 2« si Homère (//., IV, 409) et Hésiode (Tr. et J. 162 sqq.) disent que tous les Argiens périrent sans exception, c'est qu'ils suivaient les vieilles légendes, comme nous l'avons vu (page 48 sqq.); mais la Thébaïde a souvent modifié ces légendes.
(3) Vers de Pindare (01,, VI, 23 sqq.) qu'AskIépiades Tragilensls disait emprunté à la Thébaïde cyclique.
(4) Vers de la Théb. cyclique conservé par Pausanias, VIII, 25, 8.
l'OSDIPODIE BT la THÉBAIDB 8l
un fils, Laodamas. Le premier acte de Gréon fut-il, selon la Thébaîde, de défendre qu'on inhumât les Argiens ? Toute la tradition l'assure, depuis les tragiques. Pausanias luimême écrit (I, 39 sqq.) : « Non loin du puits de Métanira on voit un temple et les tombeaux de ceux qui périrent sous Thèbes. En eflfet Gréon qui régnait à ïhèbes, en qualité de tuteur de Laodamas, fils d'Étéocle, ne permit pas aux parents des morts de les enlever et de les inhumer. Alors Adrastos demanda F appui de Thésée. Une guerre s'engagea entre Thèbes et Athènes, et Thésée vainqueur fit porter les cadavres à Eleusis et les fit inhumer à cet endroit. »
Il est évident pourtant que les légendes thébaines, une des sources de la Thébaîde, n'attribuaient pas à Gréon cet édit monstrueux (i). Plus tard même ils nièrent. Nous le verrons par Pindare ; voici ce qu'en dit Pausanias (ibid.) : (( Les Thébains disent qu'ils ont d'eux-mêmes permis la sépulture et nient qu'ils aient jamais eu de guerre avec Athènes. » Ils montraient encore du temps de Pausanias (IX, 18-2), près du tombeau de Mélanippos, le tombeau de Tydeus, inhumé par Maeon, et s'appuyaient sur un vers d'Homère (/Z. XIV, ii4)pour prouver qu'ils avaient rendu ou laissé rendre les derniers honneurs à leurs ennemis. — Pindare (OZ. VI, i5 sqq.) déclare, nous l'avons vu, qu' Adrastos pleura Amphiaraos devant Thèbes et devant sept bûchers fumants ; et le scoliaste dit à ce propos (Boeckh, II, i33) qu'il y avait, près de Thèbes, un lieu appelé les « Sept Bûchers » (éTiTairupat). (2)
Il en faut croire Pindare et les Thébains . Si nous exami-
(1) Sur les coutumes primitives et le respect des morts aux temps héroïques, voir Welcker (II, 367-8).
(2) Aristodémos {Se. 01. VI, "23) dit que les 7 bûchers sont ceux des Ârgiens tués sous Thèbes. Le même (Se. Eur. Phœn,, 159) dit «qu'il n'y a à Thèbes aucun tombeau pour les Niobides » quoi qu'ait prétendu Euripide. — Mais un autre historien, Arménidas (Se, 01., VI, 23), doute si ce lieu désigne les tombeaux des Sept ou ceux des Niobides. Il n'y a rien à tirer de ces témoignages.
Su l\bdipodie et la thébaîde
nons en effet les témoignages des Tragiques, nous apercevons, comme il nous est arrivé déjà, une progression constante dans le crime des Thébains. Euripide dans les Suppliantes déclare que les Thébains ne rendirent les cadavres qu'après un combat avec Thésée, Eschyle {ÉleusinienSy cf. Plutarque Thésée^ 29) dit qu*ils se laissèrent persuader (i). 11 n'y a donc XjIus lieu de croire qu'il y ait eu combat, bien que les mythographes, comme Apd. d'Athènes et Hygin, aient accepté toute la version d'Euripide. Sans doute, Athènes était déjà assez connue quand fut composée la Thébaîde^ de même Thésée : Homère (12), qui en parle, ne dit cependant rien de cet exploit ; il est donc probable que les Athéniens on inventé cette légende pour se glorifier (3). En effet, le vers d'Homère (//. XIV, 1 14) est décisif : Zénodote l'avait obéliséj mais parce qu'il n'osait pas résister à tous les témoignages contraires, non parce que la Thébaîde SiOirmsiitle fait. De même, Pausanias (4), qui le cite, parait cependant douter, parce que la tradition depuis les tragiques lui paraît trop forte. En fait, bien que plusieurs éditeurs modernes ^ à la suite de Zénodote — tendent à rejeter le vers, le vers est parfaitement à sa place
(1) Sur les Éleusiniens, v. Hauvette, Mélanges H. Weil, 159-178, et ici page 137.
(2) Cf. notamment Od. XI, 63i.
(3) Les Athéniens n'ont pas -sans doute inventé l'édit de Gréon, mais bien leur intervention, et Eschyle l'a consacrée. G. Muller (£f. de la LitL gr. II, 442) remarque avec raison qu'Eschyle n'hésite pas à sacrifier une légende étrangère au profit d'une légende athénienne. C'est ainsi que dans VOrestie il adopte la tradition locale qui rattache l'institution de l'Aréopage à la purification d'Oreste. Au surplus un poème épique, quelque Théséide, peut aussi avoir imaginé cette version pour assimiler Théseus à Héraklès: on voit en effet dans les chapitres 25-28 de Thistoire de Thésée dans Plutarque, avec quelle application on s'attacha à calquer la vie de Thésée sur celle d'Héraklés.
(4) Nous avons remarqué que le témoignage de Pausanias n'est pas une preuve certaine, dans les autres livres que le IX«. Encore dans celui-ci avons-nous dû faire quelques réserves. Pausanias remonte aux sources, tant qu'il le peut ; mais une tradition bien établie pendant des siècles et par tous les auteurs l'influence certainement.
L*ŒDlPODIE ET LA THBBAÏDS 83
et ne porte nul signe d*interpolation (cf. Ameis-Hentze Anhang. Odyss. XI). Et c'est un témoignage, à mon avis décisif. Welcker(ll, 367)raccepte également, ainsi queTaflii^ mation de Pindare ; mais il voit cependant qu*il a dû y avoir quelque édit prohibitif, et il imagine que c'est Adrastos seul qui, par sa parole persuasive (Tyrtée, cité par Stobée, Flor, 5ii ; Platon, Phèdre, aôg a ; Nicéphore, Rh. gr. 1, 494 sqq.) a fait revenir Créon sur son édit (i). Bethe (op, cit. 96) s'est moqué à ce propos de Tesprit inventif et fécond en ressources de Welcker. Cependant Welcker a eu raison : une épopée imagina un édit prohibitif; mais cette épopée n'a pas été peut-être la Thébaide ; il en faut plutôt attribuer rhonneur aux Épigones ou à VAlkméonide, qui ont sans nul doute enchéri de toutes leui s forces Tune sur l'autre et sur la Théhaide, Afin de justifier de plus pleinement la seconde expédition, comme l'avait fait du reste le premier poème pour celle qu'il racontait, Tauteur des Épigones ou celui de YAlkméonide — peut-être tous les deux — ont assuré que les Thébains avaient défendu de rendre les derniers honneurs aux Argiens tués. Hygin (f, 70) donne cette raison à la seconde invasion, et Hygin n'est pas — on l'a vu — une autorité sûre pour l'époque héroïque, mais le lien apparaît si logique que son existence semble s affirmer assez d'ellemême (2).
(1) Cf. Wecklein, op. cit., 677.
(2) Si la Thébaide ne disait rien de ce refus de sépulture aux Argiens, du moins ne montrait-elle pas Polynice jeté aux cliiens et aux oiseaux ; et ne parlait-elle pas du dévouement d'Antigone ? Rien ne le prouve, malgré Bethe (165), Wecklein (676) et Richter (2iB). Sur ce point encore on retrouve chez les Tragiques ce que j'ai déjà appelé la progression dans le crime des Théhains. Eschyle (Sept, 1005 sqq.), parle de i'édit de Créon concernant Polynice (notons qu'il ne dit rien des Argiens), mais ne menace pas de mort quiconque oserait l'enfreindre. Encore Bergk {Phil. XII. 579) a-t'il soutenu que cette scène était une addition postérieure, et Weil {Rev. des Études gr. 1888, 1 17) est-il prêt à l'admettre (v. plus loin p. 136). Sophocle, dans Antigone, parle des menaces de mort, mises à exécution (notons encore qu'il ne dit à peu près rien — si même il dit
84 l'œdipodib et la tuébaîde
Gomment donc se terminait la Thébaïde? Sur les derniers honneurs rendus aux Argiens non yengés et sur une oraison funèbre d' Adrastos (Pind. Ol, VI, i5 sqq.) ? Quelle fin pour une épopée favorable à Argos I Mais la fin était difficile pour un poète qui chantait une expédition en tout cas désastreuse, et usait de légendes thébaines, heureuses assurément de cette issue. Il est probable toutefois que pendant les funérailles une voix prophétique s'élevait, peut-être celle d'Aréion le cheval divin qui, à l'exemple de Xanthos et Balios (//. XIX, 400-420), prédisait* à Adrastos dans des temps prochains une guerre favorable et la vengeance (i).
Voilà les conjectures que j'ai crues les plus vraisemblables sur le contenu de la Thébaide, ce poème si célèbre qu'on Ta presque égalé à Y Iliade et à VOdysée, si maltraité par le temps, et cependant le mieux conservé du cycle thébain. Rares sont les renseignements certains qui nous reportent au poème lui-même, rares aussi les passages de P'ausanias qui nous en offre un résumé fidèle. Presque jfertout où ces secours m'ont manqué, j'ai préféré ne pas conclure ; et j'ai même incliné à rayer de la Thébaide les détails importants qu'on lui attribue, mais que V Iliade ou rejette ou seulement passe sous silence. Non certes que toute la Thébaide ait pu entrer dans V Iliade qui est assurément anté-
quelque chose — des autres Argiens). Euripide, dans les Phéniciennes, suit la version de Sophocle sur Antigoncr et, dans les Suppliantes, montre les Argiens sauvés des chiens seulement par Thésée. — Du reste il est si peu question d'Antigone dans l'antiquité (Homère ni Pindare ne la nomment nulle part) que son dévouement parait bien une invention postérieure, peut-être de Sophocle lui-même. Les Thébalns pourtant en montraient un témoignage : ils appelaient Syrma d'Antigone un lieu où Antigène avait traîné sur un bûcher le cadavre de Polynice (Paus. IX, 252); mais cela prouve simplement qu'on n'avait pas inhumé Polynice avec les Thébains — ce qui est assez naturel.
(1) Cf. Euripide, Suppl. 1213 sqq.; 0. Muller (BisL de laLitt, gr.,l, 141). C'est évidemment cette fin, si extraordinaire dans un poème épique, qui a le plus contribué à faire réunir les Épigones et la Thébaide en un seul poème.
l'œdipodie et la thébaïde 85
rieure ; mais V Iliade a connu les légendes essentielles dont s'empara le poète de la Thébaïde, et les péripéties les plus éclatantes ont dû figurer dans les poèmes homériques.
D'ailleurs une grave difficulté subsiste, qui a surtout contribué à jeter le doute sur des épisodes intéressants, et attribués communément à la Thébaïde : c'est le heurt conti- a (
nuel dans l'épopée des deux éléments fondamentaux, l'élé- p^ \^^
ment thébain et l'élément argien (i). Il est évident qu'à /!^ /n^i,^^l'origine des traditions thébaines donnaient à Thèbes tous les avantages, le droit, la force, la victoire. Les noms des deux frères ennemis, Étéocle et Polynice (a), le beau rôle attribué à Étéocle, l'odieux jeté sur Polynice, la glorification des Thébains Périklyménos et Mélanippos, la réputation de féroce impiété marquée sur le front de Tydeus et de Kapaneus, tout ici nous révèle le noyau primitif thébain. Or ces traditions thébaines sont mises en œuvre par un poète sympathique à Argos qui mêle sans doute aux légendes ennemies des légendes argiennes et qui triture et transforme ces éléments contradictoires pour en composer la gloire de la grande ville peloponnésienne. Les titres du poème {Thébaïde ou Expéd. d'Amphiaraos), le premier vers, les exploits des Argiens malheureux, l'accaparement perpétuel par les Argiens de héros étrangers comme Adrastos et Parthénopée et des jeux mêmes de Némée, tout nous révèle une âme argienne; Et quelle que soit l'habileté de l'auteur — habileté dont nous ne pouvons plus juger aujourd'hui — toujours nous sentons la contradiction qui a fait croire à Bethe, qu'il avait existé deux poèmes. C'est elle qui nous empêche de voir nettement si Tydeus en mourant a dévoré ou non le crâne de son ennemi, si Ampha-
(1) Voir plus haut, pages 45 sqq.
(2) Je sais bien que l'étymologie des vieux mots grecs est toujours incertaine, et que, fût-elle assurément vraie, une étymologie n'est pas une biographie. Cependant, il y a des noms pariants, et il me parait impossible que ces noms, comme « Étéocle » et « Polynice », aient été donnés au hasard.
86 i/œdipodie et la thébaïde
raos a été tué on englouti vivant, etc.; car là où nous pourrions dire avec assurance : c< ceci est Thébain, donc appartient à la Thébaïde », le souvenir de TAi^en auteur du poème nous oblige à douter ; et d'autre part les légendes thébaines étant fort anciennes et sans nul doute fort répandues, elles ont pu à la rigueur pénétrer dans Y Iliade avant qu'exist&t la Thébaïde^ si bien que de conclure de V Iliade à la Thébaïde, c*est s'exposer à l'erreur. Enfin c'est ce désaccord primordial qui nous empêche de saisir exactement le lien qui unissait la Thébaïde aux Épigones. La Thébaïde prévoyait-elle les Épigones ? Les annonçait^lle dans quelque prophétie d'Amphiaraos disparu, ou plutôt d'Aréion ? Cela parait probable, car il est étrange qu'une épopée argienne finisse sur un désastre argien, mais il y a de grandes chances pour que les traditions thébaines n'en parlassent pas. Alors ?
Quant à la date de cette épopée, je ne puis rien dire de plus précis que précédemment (p. 19 sqq.). Mais si l'on admets pour fixer la chronologie des œuvres poétiques, la démarcation établie par Wilamowitz (Z). Opf. am Grabe, 20 sqq.) i entre les poèmes qu'on peut appeler pré-delphiques et les > poèmes post-delphiques, je ne puis attribuer la Thébaïde qu'au VIII® siècle. C'est une supposition fausse en effet qui a fait croire à Wilamowitz (o/>. cit. ai) comme à Bethe, que la Thébaïde — la Thébaïde qu'il prétend refondue (Die Bearbeitung der Thebais), — a subi l'influence d'Apollon Delphique. On ne rencontre dans ce poème « l'intervention du dieu qui rend des oracles » que si on y fait rentrer l'histoire de Laïos engendrant Œdipe malgré l'oracle du dieu. Hypothèse invraisemblable, nous l'avons assez vu : la Thébaïde n'a pas pu refaire VŒdipodie ; c'est bien plutôt au contraire VŒdipodie qui, en dépit de Bethe, a subi cette influence de Delphes, et qui par là même est démontrée postérieure à la Thébaïde, Peut-on dire encore avec Wilamowitz que la ruine des Sept est la conséquence de la désobéissance de l^aîos, parce que dans le poème seuls sont
l'cbdipodib ht la thébaîde 87
sauvés les prophètes du dieu Tirésias et Manto à qui Apollon donna asile ? que la loi de Delphes est exprimée par Amphiaraos, quand à son départ il ordonne à son fils Alkméon de tuer sa mère pour le venger? Non sans doute, puisque Tirésias et Manto ne sont sauvés que dans les Épigones qui ne sont pas la seconde partie de la Thébaîde, mais un autre poème ; et puisque, nous l'avons vu, rien n'autorise à assurer qu'il ait été question de la vengeance d'Amphiaraos et d' Alkméon, avant ces mêmes Épigones ou peut-être — ou probablement — avant VAlkméonide,