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LES ÉPIGONES ET L'ALKMÉONIDE

Qu'on doive attribuer aux Êpigones la priorité donnée à Aegialeus, et la fuite, non la mort, de Laodamas, tandis qu'il faut revendiquer pour VAlkméonide le commandement suprême d'Alkméon et la mort de Laodamas, tué par le che^ argien, cela s'impose rigoureusement, d'autant plus que dans son chapitre IX, 9, résumé à tendances rationalistes des deux poèmes thébains, Pausanias assure que Laodamas s'enfuit.

b) Les a Epioones )» et la deuxième guerre contre Thèbes

C'est donc im point acquis : les Êpigones faisaient d'Aegialeus le chef de l'armée argienne et le montraient tué à Glisas par Laodamas, qui s'eniuyait avec un parti de Thébains.

D'autres détails peuvent être considérés comme aussi certains : c'est la fuite de Laodamas et de quelques Thébains eu Thessalie où ils fondent Histiaeôtis (Apd. III, 7, 3, 4^ Hérod. IV, 67, Pans. IX, 8-6) — C'est aussi la consécration de Tirésias et de Manto à Apollon, la mort de Tirésias près de Tilphossa (Diod. Apd. Paus. loc, cit,), et probablement l'envoi de Manto à Kolophon (Diod. Théon, Apd. /. c).

Il est presque aussi certain que — selon les Êpigones — les Thébains ont établi Thersandros, fils de Polynice, roi de Thèbes : cela était très naturel, et Pausanias le dit (IX 5. i4). Cependant Suidas et Photius. (art. Teuuedia) écrivent que d'après Aristodémos et le cycle épique Thèbes fut ravagée par un renard que les dieux (Paus. IX, 191, spécifie et dit Dionysos) avaient envoyé pour punir les habitants qui n'avaient plus de roi de la race de Kadmos. Or Laodamas et Thersandros étaient des descendants de Kadmos : l'histoire de ce renard appartient donc à une époque plus tardive que l'expédition racontée par les Êpigones^ si les Êpigones ont

aacun rapport avec les Kadméens, c'est s'avancer beaucoup. Strabon (IX, 517) dit que Histiaeôtis de Thessalie fut ainsi nommée à cause des nombreux habitants d'Histiaeôtis d'Eubée qu'y avaient amenés les Perrhèfoes.

LES ÉPIOONBS ET L'ALKMBONIDE gS

mis Thersandros sur le trône de Thèbes. Ne Fy auraient-ils donc pas mis? C'est assez invraisemblable, et il faut donc conclure que ce poème du cycle épique, auquel 'fait allusion Suidas, n'est pas les Épigonea, ni probablement ïAlkméonide (i).

Voilà par conséquent les principaux faits de la seconde guerre de Thèbes assez nettement délimités. Les Ârgiens ont pour chef Aegialeus : ils battent les Thé bains à Glisas : ceux-ci ou s'enfuient yers TOssa avec Laodamas, ou s'enferment dans Thèbes ; assiégés, ces derniers se rendent ; les Argiens mettent sur le trône Thersandros, et consacrent à Apollon Tirésias, qui meurt sur le chemin de Delphes, à Tilphossa, et Manto, qui plus tard va à Kolophon.

c) Les points obscurs.

Mais il y avait évidemment autre chose dans les Épigones ; les préparatifs, la marche de l'expédition, les démêlés d'Alkméon et d'Eriphylé, sa mère, Sur tous ces points la route est hérissée d'obstacles et très obscure.

Encore pour les préparatifs aurons-nous un mot d'Homère et l'analogie avec la Thébalde ; mais pour l'épisode du voile d'Harmonie et du meurtre d'Euriphylé, nous n'aurons rien que des confusions de mythographes.

Il est assez vraisemblable qu'un souvenir de la première guerre commençait le poème. Là peut-être étaient rappelés et embellis certains faits merveilleux, comme la disparition

(1) Cette conclusion parait d'autant plus probable que Thersandros est représenté comme ayant pris part à l'expédition contre Troie et tué en Mysle par Téléphos {Cypria, Kink. op. cit 18 sqq.— Paus., IX, 5, 14). Après sa mo! t, son fils Tisamenos étant trop jeune pour lui succéder, les Thébains prirent pour roi Pénéleos (Paus., ib., 15), et c'est sans doute pendant le règne de celui-ci que, selon quelque chant aujourd'hui perdu, Dionysos irrité envoya à Thèbes le renard de Teumesse. En tout cas il esl inexplicable que Welcker (II, 393, 6) ait fait entrer cet épisode dans le poème des Épigones (qu'il confond, il est vrai, avec VAlkméonide) et l'ait placé avant la guerre.

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d*Amphiaraos ou la foudre de Zeus écrasant Kapaneus. En tout cas on ne peut guère douter que les Épigones ne marquassent plus fortement que la Thébàide le mauvais vouloir de Gréon et des Thébains à Tendroit des morts argiens. Je ne serais pas sui*pris — comme je l'ai déjà dit — qu'ils eussent inventé Tédit prohibitif de Gréon, sinon, bien entendu, Tintervention de Théseus. Si, à Tépoque de V Iliade et de la Thébaïde, il ne paraissait pas très surprenant qu on laissât les morts sans sépulture (cf. Achille et les menaces à Hector, //. XXII), au moment où lurent composés les Épigones, les idées et les mœurs avaient dû prendre plus d'humanité, et accuser les Thébains d'impiété à Tégard des morts, c'était assez sans doute pour expliquer la colère des dieux sur eux, et pour justifier pleinement la seconde expédition.

Au reste les présages furent plus favorables aux Épigones (//. IV, (\qS) (i), et animés par le désir de venger leurs pères tués et laissés quelques jours sans sépulture, par les souvenirs et les exhortations d'Adrastos, ils se résolurent à la guerre.

Mais de même que le concours d'Amphiaraos était nécessaire aux Sept, de même les Epigones ne pouvaient se passer d'Alkméon ; et de même qu'Amphiaraos n'était parti qu'à contre-cœur, de même Alkméon voulait demeurer à Argos (2). Eriphylé, séduite par Polynice et le collier d'Har-

(1) Peut-être VIliade emploie-t-elle une expression figurée pour montrer que la deuxième expédition devait réussir : aux yeux d'Homère, les dieux dirigent tout par eux-mêmes ; une guerre aussi importante ne pouvait qu'échouer si les dieux ne la conseillaient pas (cf. IV, 381). \\ ne faut pas croire que les poètes de VIliade aient connu les Épigones. Outre qu'on ne trouve ni dans VIliade, ni dans VOdyssée aucun trait précis emprunté à la seconde guerre tbébaine, la date des Épigones parait relativement récente, nous le verrons.

(2) Gela était assez mal imaginé : Amphiaraos ne voulait pas partir parce qu'il savait les dieux contraires; mais les dieux étant ici propices pourquoi Alkméon refuse-t-il de suivre les Argiens? C'est le besoin de symétrie qui aura fait inventer cet épisode, qui était évidemment dans

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monie, aurait décidé Amphiaraos, c'est elle aussi qui, séduite par Thersandros et le péplos d'Harmonie, décida Alkméon.

Un nouveau dénombrement des forces argiennes se déroulait à cet endroit de Tépopée : les fils étaient décrits, et les anciens alliés et les nouveaux, Mégariens et Corinthiens (Paus. IX, 9, 4) (i)* Et l'expédition se mettait en marche.

En passant â Némée, les Épigones, peut-être, restauraient les jeux Néméens, fondés par leurs pères. Du moins Pausanias le dit (a) (X, a5, 7). Il n est pas certain, nous l'avons vu,

les Épigones. Fera-t-on intervenir la demande d'Amphiaraos exigeant de son fils qu'il tuât sa mère avant de se joindre à l'expédition 7 Alors on attribuerait encore à la Théhdide un fait qui ne s'y trouvait pas, nous l'avons vu ; mais de plus le parallélisme cherché par l'auteur des Épigones rend bien plus vraisemblable l'épisode du péplos donné par Thersandros à Ériphylé. Sans doute il y a ici un nouvel obstacle : comment la mère pouvait-elle décider son fils à suivre les Argiens ? On s'explique déjà mal comment elle a pu décider Amphiaraos dans la Thébàide. Ici on se heurte à plus de difficultés encore, car ses pièges devaient être éventés. Mais les Épigones n'avaient rien d'un chef-d'œuvre; et l'auteur était content pourvu qu'il eût donné une seconde édition de quelque trait de la Thébàide. — Quant au meurtre d'Ériphylé, il me parait impossible de lui trouver une place à ce moment du poème (si tant est que le poème en ait parlé nulle part). Tout au plus Alkméon menaçait-il sa mère à son départ, si dans la Théhdide Amphiaraos l'avait menacée.

(1) Cette mention des Mégariens et des Corinthiens, prenant part seulement à la seconde expédition, à l'expédition heureuse, prouve-t-elle que le poème a été composé par un Corinthien, ou dans une ville alliée do Corinthe, Kolophon, par exemple, comme l'a pensé Bethe ? L'indice est vraiment trop léger pour qu'on puisse conclure (sur l'absence des Corinthiens de la \" expédition, voir p. 48, n. 2). La Théhdide et les Épigones peuvent très bien avoir été composés dans une ville ionienne de l'Asie Mineure et à Kolophon même; mais on n'a aucune preuve. Sur ce passage de Pausanias, Welcker remarque que Pausanias suit la tradition et non la Théhdide même (ou plutôt les Épigones), parce qu'il emploie ces mots : Si^Xoi Se sldiv. Ce n'est pas une preuve. Au surplus j al déjà observé que Pausanias rationalise la Théhdide^ et tient trop à en faire de l'histoire.

(â) Cf. Pindare [01. Il, 48) : « Thersandros honoré dans les luttes de la jeunesse^ et dans les combats de la guerre ». N'y a-t-il pas une allusion à une victoire dans les Jeux, et dans quels jeux, sinon les Néméens restaurés par les Épigones?

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que les Sept eussent institués ces jeux dans la Thébaxde ; et nous ne saurions assurer que Pausanias ait tiré des Épigones ni même d'aucune épopée ce qu'il dit ici. Mais le fait parait probable, car la Thébaïde avait parlé vraisemblablement de quelque difficulté rencontrée à Némée : le poète des Épigones pouvait donc se croire obligé de faire arrêter ses héros au même lieu, et ne trouvait rien de plus à propos que de célébrer le rétablissement des jeux en attribuant l'honneur de leur fondation aux premiers chefs.

Puis on arrivait en Béotie (i).

La guerre, on Ta vu, ses péripéties et son issue sont ce que nous connaissons le mieux du poème ; mais comment se terminaient les Épigones ? Il parait certain qu'à l'époque homérique on les croyait revenus simplement dans le Péloponnèse que quelques-uns d'entre eux quittèrent peu après pour prendre part à l'expédition troyenne. Diomède, par exemple, est venu d'Argos à Troie ; et sous Troie, il parle d'Argos comme de sa patrie. « Aussi maintenant, dit-il à Glaukos, je suis ton hôte au milieu d'Argos » {Iliade, VI, 224-5). Et après la prise de la ville ennemie, c'est à Argos qu'il se hâte de retourner : « Quatre jours après, les compagnons du fils de Tydeus, Diomède dompteur de chevaux, amenèrent à Argos leurs vaisseaux bien construits. » (Od. III,

(1) Doit-on attribuer aux Épigones ou à VÀlkméonide la prophétie d'Amphiaraos aux Épigones (Pind. P. VIII, 39 sqq.)? On ne sait. A propos de ces vers de Pindare on a fort discuté (Boeckh sur ce passage, Uoger, Paradoxa thebana^ 167, Sctiaeidcwin II, 308) sur la façon dont les Épigones avaient consulté l'oracle et où ils Tavaient consulté. La question est insoluble. Si Ton suppose les Argiens à Glisas, ils se trouvaient près de Knopia et de Harma où l'on disait Amphiaraos englouti ; et Pindare paraîtrait donc désigner l'un ou l'autre de ces lieux; mais ni l'un ni l'autre ne se trouve sur les bords de l'Isménos, où Pindare, dans un autre endroit {Ném, IX, 13 sqq.), le représente disparu. A la vérité, il semble résulter des vers P. VIII, 67, que les Argiens sont devant Thèbes^même : et les habitants de Potnies, voisine de Thèbes, croyaient aussi qu'Amphiaraos avait été englouti sur leur territoire; seulement l'Isménos ne coule pas davantage à Potnies.

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i8o sqq.) Mais plus tard les cités grecques, ayant fondé des colonies sur différents points de la Grèce et notamment aux bouches de TAchéloos, imaginèrent, selon une coutume bien connue (Hérodote, V, 96, a, Curtius, Hist. gr. I, i5!i-i53), de se réclamer d*ancétres des temps héroïques, et prétendirent que des Ëpigones avaient conquis déjà ces rivages. C'est même pour justifier ces prétentions que fut probablement composée VAlkméonide, sorte d*épopée coloniale. A Tépoque des Épigones, ces légendes avaient-elles déjà cours ? G*est fort possible ; mais il est probable pourtant que les Épigones n'en parlaient pas, ou du moins ne faisaient que les indiquer : leur but était de compléter la Thébaîde et de s'adapter à elle aussi exactement qu'il était possible : ils finissaient donc logiquement au retour des chefs à Argos. Mais à Argos même, était-il question du meurtre d'Ëriphylé ? Disons d'abord que si les Épigones parlaient de ce meurtre c'était après l'expédition, non avant — comme l'a cru Welcker. La version d' Apollodore parait sur ce point la seule admissible : « Après la ruine de Thèbes, dit-il, Alkméon qui avait su que sa mère avait reçu des présents pour le livrer lui aussi, fut plus irrité encore contre elle ; et sur un oracle d'Apollon il la tua . . . Puis il fut poursuivi par l'Érinys... (Apd. III, 7, 5, i). Il est vrai que le même Apollodore a dit (III, 7, !i, 3) : « Alkméon refusait de commander l'expédition avant d'avoir tué sa mère ; cependant il partit, car Eriphylé ayant reçu de Thersandros le péplos d'Harmonie, etc ...» Ces deux versions se contredisent évidemment, et la dernière est absurde. Comment supposer qu' Alkméon, ayant reçu l'ordre de tuer sa mère avant de partir contre Thèbes, parte pourtant et sur l'invitation même de sa mère corrompue par Thersandros ? Apollodore a certainement mêlé dans la même phrase deux traditions contraires, sans prendre garde que l'une détruit l'autre. J'attribue l'invention du péplos d'Harmonie (tout au moins de l'usage qu'en font Thersandros et Eriphylé) à l'auteur des Épigones, qui veut rivaliser avec l'histoire du collier ;

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et j*attribiie au même poète le retard de la vengeance d'Âlkméon et la première version d'Apollodore (III, 7.5.1.), parce que je ne m'imagine pas comment les Épigones auraient pris avec eux un homme souillé du mémoire de sa mère sur Tordre de son père et d'Apollon.

Au surplus, il n*est pas absolument certain que les ÉpU gones aient montré Alkméon tuant sa mère. Gela est pro* bable puisque le mythographe que nous citons donne deux versions difTérentes à la vérité, mais deux versions assurant le meurtre, et que nous connaissons précisément deux épopées qui ont traité ce sujet ; mais il a pu y en avoir davantage, et il y a eu en tout cas VÉriphylé de Stésichore qui renfermait, nous le verrons, des nouveautés surprenantes, et qui a servi aux tragiques.

d) Conclusion sur les « Épigones »

Nous n'avons donc pu établir que sur une seule partie du poème, la guerre de Thèbes, le contenu probable des Épigones. Le reste est simplement matière à* controverses, et à controverses assez vaines, il faut Tavouer. Les documents sont trop rares pour qu'on puisse aboutir à des conclusions vraisemblables. L'analogie seule avec la Thébaïde a pu nous diriger; mais nous connaissons trop mal la Thébaïde pour en tirer des inductions certaines. Et déjà dans ce premier poème nous nous étions heurtés à des contradictions fondamentales qui nous empêchaient de saisir partout la légende adoptée par le poète : V Iliade presque seule nous guidait souvent et l'idée que nous avions affaire à un aède de talent. Mais ici V Iliade ne pouvait plus nous servir, et, à cette imitation servile qu'accusent très nettement plusieurs indices, nous avons reconnu un assez pauvre poète. Tout est donc possible, même les contradictions poussées presque à l'absurde : le champ le plus vaste est ouvert aux suppositions et l'incertitude est toujours maîtresse.

La date du poème est elle-même très douteuse. Je la crois

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pourtant récente : non seulement Tépopée est inconnue aux époques homériques, mais le i^' vers révèle une conception difierente et bien plus jeune de la poésie et de la muse. L'invocation ne s'adresse plus à la déesse, comme dans l'Iliade et la Thébaîde, ou à la Muse, comme dans VOdyssée ; mais aux Muses, Il en est de même, je le sais, dans la Théog'onie et les Traçauxet Jours (i); mais dans l'un et l'autre de ces poèmes au début surtout, les interpolations sont certaines. Wilamowitz (Hom. Unters, 345, note oS) a cru / pouvoir dater le poème par les deux vers du Se. A' Œdipe I à Colone (378, cf. Nauck, T. gr.fr. i83') (a) : l'orthographe } de xoiXoç (au lieu du xdïXoç épique) et le nom de /ôovioç donné I à Hermès lui assuraient les Épigones très récents. Mais Inamisch (Klaros, i55) a démontré fausse son opinion. On ne peut donc fournir une solution certaine.

///. — UALKMÉONIDE

Nous savons déjà que VAlkméonide avait une partie commune avec les Épigones, et, en séparant dans les souvenirs des mythographes ce qui appartient au dernier poème, nous avons par là même distingué le premier.

a) La guerre thébaine. — Un oracle informe les Epigones qu'ils doivent prendre pour chef Âikméon : celui-ci — ax^rès quels combats, nous l'ignorons — prend la tête de

(1) Ce premier vers semblerait donc trahir un poète de l'école béotienne. De même qu'il y a des chances pour que VŒdipodie ait élé faite dans la Grèce d'Europe afin de servir d'introduction à la Thébaïde ionienne, de même les Épigones auraient été le complément européen de la même épopée.

(2) ex (lèv apa XOoviou T:oTt(ia(mov ea^^Os xoOpov AÙTdXiixov icoXéddv xTsàvuv aîviv '^ApYSI xoiXco.

Le se. disait èx (Jièv ^Ept^Ocviou. La correction de W. M. est approuvée par Nauck {loc, cit.).

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Texpédition, tne à Glisas le roi de Thèbes Laodamas, meurtrier d*Aegialeus, conquiert Thèbes et revient à Argos (i).

Il est yraisemblable que cette partie de VAlkméonide était peu développée, et que l'essentiel était consacré aux errements d'Alkméon. C'est donc cela surtout que nous devons examiner. Mais il faut d abord nous occuper du meurtre d'Eriphylé.

b) Le meurtre d'Ériphylb. — Il y a, nous l'avons vu, deux versions principales : l'une plaçant le meurtre après l'expédition : c'est, à notre avis, celle des Épigones ; l'autre avant l'expédition : celle-ci nous est connue par ApoUodore (in, 7, a-3) qui môle du reste toutes les traditions, et par Asklépiades de Tragilos {8c. Od. XV, 826) : «... Amphiaraos partit... mais il ordonna à Alkméon de ne pas marcher contre Thèbes avec les Épigones avant d'avoir tué sa mère. Et on dit qu' Alkméon exécuta tous ces ordres, et devint fou à cause du meurtre de sa mère. Mais les dieux le guérirent parce qu'il avait pieusement vengé son père en tuant sa mère. » Bethe (op. c, i3o sqq.) rapproche ces mots des premières lignes d'Éphoros : « Alkméon, fils d'A., ayant entrepris et mené à bonne fin la guerre de Thèbes avec Diomède et les autres Épigones, s'unit à Diomède pour punir les ennemis d'Œneus...» Et comme Éphoros ne parle pas du meurtre d'Ériphylé, Bethe conclut de ce rapprochement qu' Alkméon tua sa mère avant toute chose, fut absous par les dieux, et marcha alors contre Thèbes, puis contre les ennemis d'Œneus et les barbares des bouches de l'Achéloos. Plus hardiment encore, il en tire cette autre conclusion qu'Ephoros nous a laissé fort exactement un résumé de

(1) Nous avons vu (p. 98, n. 1) que la prophétie d'Amphiaraos (Pind. Pyth. VIII, 39 sqq.) pouvait aussi bien appartenir à VAlkméonide qu'aux Épigones. — Pour ce qui est de la bataille qui précéda le siège, Hellanikos et Pausanias disent qu'elle fut livrée à Glisas. Diod. (IV, 66, 4) et Apd. (III, 7, 3, 2) ne nomment pas le lieu. Il est possible que les Épigones aient dit Glisas, et que VAlkméonide n'ait rien spécifié.

LBS BFIGONES ET l'aLKMÉONIDE I03

YAlkméonide (i). Nous aurons occasion de voir que rien n'est moins prouvé. Mais pour ce qui est du meurtre d'Eriphylé, il est vraiment difficile de tirer argument d'Ephoros, qui n'en dit absolument rien. Reste donc Asklépiades. Celui-ci écrit qu'après avoir tué sa mère, Alkméon devint fou et que les dieux le purifièrent ; mais comment le purifièrent-ils ? Ni Asklépiades ni Ephoros ne nous rapprennent : il faut se reporter à Apollodore (III, 7. 5. 3 sqq.) et à Pausanias (VIII, 24, 7 sqq.) qui le disent réfugié à Psophis chez Phégeus. Or, si Ton accepte ces pérégrinations — et il est d'autant plus difficile de les rejeter que toute la tradition les a consacrées, et qu'on ne s'explique les fondations de colonies et les établissements d' Alkméon que par cette poursuite des Érinys maternelles — il faut donc accepter aussi bien que le meurtre d'Ériphylé a eu lieu après l'expédition thébaine (et c'est l'hypothèse la plus naturelle), ou bien qu'il s'est écoulé un assez long temps entre le meurtre d'Ériphylé et l'expédition thébaine, et que par suite YAlkméonide se serait divisée en trois parties ; i** Meurtre d'Ériphylé et errements d' Alkméon à Psophis. 20 Guerre de Thèbes. 3° Alkméon en Étolie et en Akamanie. Une telle disposition est possible sans doute mais elle paraît cependant peu vraisemblable (2). On ne

(1) Pour Bethe, le pseudo-Pisandros a résumé VŒdipodiey Pausanias a résumé la Thébaïde et les Épigones (122 sqq.), Éphoros a résumé YAlkméonide. Il semble, à l'en croire, que les scoliastes et mythograpbes anciens (car il considère le pseudo-Pisandros comme un scoiiaste) se soient entendus pour laisser chacun le résumé d'un des poèmes thébains à la postérité.

(2) 11 est peut-être permis de tirer argument contre cette opinion d'un fragment de vers d'Euripide {Suppl. 1217) : « Le fils de Tydeus, Diomède, venu d'Étolie ». Voici tout le passage (1244 sqq.): « Vous détruirez, devenus grands, la ville d'Isménos, vengeant la mort de vos pères tués. Et toi, Aegialeus, nommé chef à la place do ton père (Âdrastos), et Diomède, fils de Tydeus, venu d'Étolie (waiç t* au' AkwXwv (loXwv TuSéwç). » Oseraiton conclure de ces mots que Diomède était d'abord allé en Étolie — avec Alkméon — et qu'il en revenait au moment de l'expédition contre Thèbes? Conclusion audacieuse, et qui d'ailleurs prouverait peu ici, car

I04 l'Es ÉPIGONSS ET l'aLKM^^ONIDS

poturait l'accepter qae si réellement Éphoros nous avait résumé toute VAlkméonide, car il ne parle que d'Alkméon en Akamanie, après avoir dit un mot du siège de Thèbes ; et Ton en pourrait conclure qu' Alkméon avait donc tué sa mère bien auparavant, et qu*il avait eu le temps de se faire purifier par Phégeas en Arcadie. Mais quoi qu'en ait cru Bethe (op. cit, i3o et i3i), Éphoros ne contredit nullement Apollodore, ni Pausanias : il rapporte seulement — avec plus de détails — une partie de l'histoire d'Alkméon que les autres ont esquissée en entier ; et cela est tout naturel, puisqu'il écrit la géographie et l'histoire des côtes akamaniennes et étoliennes (Strabon, X, 2). Il n'a donc pas à s'occuper des autres parties de la Grèce où a pu errer Alkniéon, et il n'a ni prétendu donner ni donné un sommaire à^YAlkméonide. Éphoros étant ainsi écarté — sans le moindre doute possible — nous nous trouvons en présence de cette autre disposition : 1° Alkméon à Thèbes, 2<» Alkméon à Psophis, 3<> Alkméon en Étolie et en Akamanie.

C'est assurément la plus naturelle. Mais alors, où placerons-nous le meurtre d'Ériphylé ? Après la guerre de Thèbes, c'est évident. Et si l'on objecte l'autorité d'Asklépiades confirmée par Apollodore (III, 7. 2.3), rien ne sera plus légitime que de supposer l'influence de quelques poètes — probablement des tragiques — qui ont pour une raison inconnue placé le meurtre d'Ériphylé avant l'expédition thébaine. Apollodore suit très souvent sans les nommer Eschyle et Sophocle, qui ont à ses yeux autant d'autorité en général que les anciens poètes et les premiers logographes : d'Euripide seul il se méfie, comme nous le verrons à propos même d' Alkméon. Quant à Asklépiades, ses TpaywSoufjLeva sont sans doute consacrés à raconter les légendes épiques; d'où sont tirées les pièces des Tragiques (i), et cela donne

Euripide n'est pas Tauteur de VAlkméonide, et les Suppliantes ne peuvent

faire préjuger du poème épique

(1) Cf. Werfer, Àcta PhiloL Mnnac. II 491 sqq. et G. Mûller. H.G.F,, III, 298 sqq.

LES ÉPIGONES ET L*ALKMBONIDB Io5

une haute importance à ses indications ; mais qui nous dit que le scoliaste de V Odyssée n'a pas extrait un passage où son auteur résumait une tragédie ?

c) Les errements d'Alkméon. — L'étude des sources dans la question précédente nous sert pour celle-ci : Apollodore et Pausanias pour l'ensemble, Éphoros pour une partie doivent nous guider ; aucun ne contredit l'autre : à peine un nom changé de ci de là. Voici les points principaux du récit d'ApoUodore (III, 7.5-3 sqq.); Alkméon, après le meurtre de sa mère, est chassé par les Furies, et cherche un refuge à Psophis, chez Phégeus qui le purifie, et dont il épouse la fille Arsinoë (Alphésibée, selon Paus. VIII, 24, 8, cf. Théodektés, Alkm. fr. 2). 11 donne à celle-ci le collier et le péplos (Pausanias ne parle pas du péplos); puis, une disette étant survenue à cause de lui (selon Pausanias, la folie l'ayant repris), un oracle lui dit d'aller vers l'Achéloos et d'y foncier ime ville(i). Il s'en va donc, passe d'abord par Kalydon, chez Œneus (2), puis arrive aux sources de l'Achéloos qui le purifie, et lui donne en mariage sa fille Kallirrhoé.

(1) Paus. (VIII, 24, 8) donne plus de détails sur Toracle; le dieu ordonne à Alkméon de chercher une terre toute neuve et sortie de la mer depuis la mort d'Ériphylé. Il va donc s'établit sur une terre formée récemment par les alluvious de l'Achéloos. — En revanche, sur la fin de l'histoire, Pausanias est bien plus concis qu'Apollodore et ne dit rien notamment de la demande de Kallirrhoé à Zeus, ni d'Arsinoé enfermée dans un coffre par ses frères et réfugiée à Tégée ^ù la retrouvent les fils de Kallirrhoé .

(2) C'est ici que trouve place le récit d'Éphoros. Selon lui, Alkméon accompagne Diomède en Étolie, punit avec lui les neveux d'ÛEneus qui l'avaient attaqué (cf. le fragm. de VAlkm. conservé par Apd. 1, 8, 5, 2) et passe en Akarnanie. Puis la guerre contre Troie survenant, il résiste à l'appel d'Agamemnon, écouté par Diomède, et demeure. 11 fonde la ville d'Argos Àmphilochikon. Thucydide (II, 68) attribue la fondation de cette ville à Amphilochos lui-même, à son retour de Troie. C'est une légende IcMïale probablement (cf. Immisch, Klaros^ 185). Hérodote (111, 91) fait aller Amphilochos en Pamphylie ; cf. Théopompe (H. G. F., I, 296). — Le récit d'Éphore n'est nullement en désaccord avec l'exposé plus général d'Apollodore.

Io6 LES BPIGOiraS BT l'ALKMIÊONIDE

Kallirrhoé désire bientôt le collier (et le * péplos) ; et Âlkméon est forcé d^aller les redemander à sa première épouse. Il essaye de tromper Phégeus, mais il est découvert, et Phégeus le fait tuer par ses fils, malgré les efforts de sa première femme Arsinoé. Or, Kallirrhoé, qui avait deux fils en bas-âge, Amphotéros et Akaman, demande à Zeus, pour prix de quelques complaisances, de les rendre adultes en un instant pour qu'ils puissent venger leur père. Elle est exaucée ; ses fils tuent les fils de Phégeus, Pronoos et Agénor (Pausanias dit : Téménos et Axion), puis, dans Psophis, Phégeus lui-même ; et rentrés en possession du collier, qu'ils ont reçu d'Arsinoë retrouvée, ils le consacrent à Apollon Delphien. Ensuite ils s'avancent vers TEpire, rassemblent des compagnons et fondent des villes en Akamanie.

ApoUodore et Pausanias s'accordent très bien, comme on le voit. Les difiîérences de noms prouvent peu : Tun a pu prendre dans l'épopée même, ou plutôt dans un logographe qui la suivait de près, le nom arcadien d' Arsinoé, l'autre prendre chez les Tragiques le nom d'Alphésibée (i). Quant à prétendre avec Wilamowitz (De Tr. gr, fr,, i5) et Bethe (op. cit. iSj) que l'un et l'autre, ainsi qu'Ovide {Met. IX, 410-18) dépendent d'un même mythographe antérieur, à quoi bon ? Mais en tous cas, nous avons trouvé chez eux vraisemblablement l'essentiel de l'épopée.

Mais à côté de cette version, il y en a deux autres qui s'y ajustent assez mal. L'une a été mise en œuvre (et peutêtre inventée) par Euripide dans son Alkméon à Corinthe. Elle suppose qu' Alkméon, au temps de sa folie, avait épousé Manto, fille de Tirésias, et en avait eu deux enfants, Amphilochos et Tisiphoné, qu'il confia à Créon, roi de Corinthe. Mais la femme de Créon, jalouse de la beauté de Tisiphoné,

(1) Cette supposition esl appuyée par cette phrase d'Hygin, qui, nous le verrons suit surtout les Tragiques. Parmi ceux qui tuèrent leurs gendres (/*. 245) : « Phégeus, Alphei, Alcmaeonem, Amphiarai fiiium... )> Parmi ceux qui tuèrent leurs parents : « Phégeus, Alphei filius, Alphesibœae filiae suae filiam. »

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