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la fit vendre comme esclave, et elle fut achetée — puis reconnue — par Alkméon lui-môme. Alkméon revint à Corinthe, y prit son fils, et avec ses deux enfants alla, sur Tordre d'Apollon, habiter Ai^osAmphilochikon (i)(Apd. III, 7.7.2).
Que cette version romanesque soit d'Euripide lui-même, inspiré peut-être par quelque légende corinthienne, rien de plus vraisemblable, et il n'y a nullement lieu de l'attribuer à VAlkméonide.
L'autre tradition est rapportée par Apollodore (I, 8, 6). Les fils d' Agrios . . . ayant détrôné Œneus et donné son royaume à leur père, jetèrent Œneus en prison et l'outragèrent. Mais Diomède, arrivant d'Argos avec Alkméon, les tua presque tous, puis il ramena son grand-père accablé de vieillesse dans le Péloponnèse, et après sa mort l'ensevelit à l'endroit appelé depuis Œnoê. Ensuite il épousa Aegialée, fille d'Adrastos, et partit à Thèbes, puis à Troie (2).
Pausanias nous donne en partie la même version (II, 25, 2). Au delà du Charadros est un bourg appelé Œiioë, qui tire son nom d'Œneus. Œneus en effet, chassé de
(1) Il est remarquable qu'Euripide, après ces pérégrinations d' Alkméon, très différentes de celles que lui attribuent Apd. et Pausanias, le fait cependant, comme ces deux auteurs, revenir à Psopbis pour y mourir (dans Alkméon à Psophis), Wilamowitz. {De Tr. gr. fr. comm. 46 et 47) en conclut qu'Alkméon était un dieu local de Psopbis, d'où on ne put jamais entièrement Tarracber.
(â) Les derniers mots d'ApoUodore n'infirment pas l'ordre que j'ai proposé : !<> Alkméon va à Tbèbes; 2f* Alkméon tue sa mère; 3" Alkméon, cbassé par l'Érinys, va à Psopbis, puis en Étolie et en Akarnanie. Il ne faut attacher ici aucune importance à Apollodore qui raconte une légende empruntée à quelque tragique et la rapporte même avec des confusions. La voici bien plus justement citée par Hygin {f. 175) : « Agrius, Porlbaonis fîlius, ut vidit CEneum fratrem orbum liberis factum, egentem regno expulit, atque ipse regnum possedit. Intérim Diomedes Tydei filius, Ilio devicto, ut audivit avum suum regno pulsum, pervenit in Aetoliam cum Sthenelo Ca panel filio. Agrium egentem regno expulit atque Œneo. . . regnum restituit. » C'est après la prise de Troie^ donc bien après l'expédition de Thèbes, que Diomède — selon un poète tragique probablement, p. e. Euripide dans son Œneus — vengea son aïeul.
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Kalydon par ses neveux, était venu à Argos. Diomède, à la tête d'une armée, alla le venger en Étolie même, puis le ramena à Argos, et après sa mort Tenterra dans un lieu auquel il donna le nom de son aïeul. Il ne faut voir là qu'une tradition locale du bonrg d'Œnoê, due à la ressemblance des noms : rien ne prouve que jamais un poète Tait célébrée.
d) Le but du poème. — Sa date. — Immiscb (Klaros, i83), approuvé par Bethe (op, cit, iSa sqq.), fait de ce poème, comme je Tai déjà dit, une sorte d'épopée coloniale, 1 destinée surtout à relier l'épopée thébaine à l'épopée troyenne. Cette supposition est fort vraisemblable. L'auteur, frappé de ne trouver parmi les peuples et les chefs de l'expédition troyenne qu'une partie des pays de la Grèce et des Epigones eux-mêmes, imagina une explication. Agamemnon les avait appelés tous et plusieurs l'entendirent : Diomède, Sthénélos, Thersandros, et la plupart des peuples grecs. D'autres restèrent sourds, Alkméon et les Akarnaniens. C'est que les Akarnaniens étaient demeurés chez eux à cause d'Alkméon, irrité contre Agamemnon, comme le rapporte Éphore ; de même les Psophidiens, brouillés aTec Agamemnon à cause du même Alkméon (Paus. VIII, 25, lo).
UAlkméonide a de plus cet avantage, comme je l'ai dit déjà, de créer des droits mythiques à quelques villes de la Grèce sur les pays où elles avaient fondé des établissements . Corinthe surtout avait colonisé l' Akarnanie : n'avaitelle pas imaginé, pour consacrer mieux sa prise de possession, de faire de l'Achélôos le père de Peiréné (E. Curtius, Peloponn., II, ôig)? Aussi Bethe (op. cit. i4i) s'est-il cru autorisé à donner pour patrie à V Alkméonide Corinthe ou un pays de culture corinthienne. L'hypothèse est vraisemblable.
Trois des fragments qui nous sont restés du poème le datent assez bien. Les noms à'Alyzeus et de Leukadios (Strab. X, 2-9) indiquent que ï Alkméonide n'a pu être faite avant Tan 600 (cf. Wilamovjritz, Hom, Unt., 78, n. a).
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De même Athénée semble dire (XI, p. 460, 3) que Taateur de YAlkméonide a écrit le mot TuoTTipia après Simonide d*Amorgos, poète ïambographe qui vivait vers le milieu du vii^ siècle. En tout cas, dans le fragment cité par Athénée, la coutume de couronner les morts révèle une époque assez récente, comme Ta justement remarqué Rohde (Psyché^ 304, a). On ne la rencontre en effet nulle part avant VAlkméonide.
Enfin l'invocation à Zagreus se rapporte à la même date, elle sent la théogénie orphique (cf. Bernhardy, Griech. Litt. II, 140, et Wilamowitz. Hom. Uni,, 214, n. i3).
On a aussi tiré argument du mythe de Péleus et d'Aegine (Se. Eur, Andr,, 687); mais, en dépit de H. D. Muller (Myth. der Griech. Stàmme, I, 78 sqq), il est difficile de préciser l'antiquité de cette légende, et la façon dont la présentait YAlkméonide.
CONCLUSION
De ces reconstitutions de quatre épopées presque entièrement disparues, les deux dernières surtout sont purement conjecturales et tout à fait incertaines. J'ai dû me guider sur r analogie et la vraisemblance, et me fier souvent à cette espèce de flair qu'on se flatte parfois d'avoir acquis par une assez longue étude des fragments anciens. Au reste je n'aurais probablement pas entrepris de rechercher le contenu des Epigones et de YAlkméonide, si de hardis savants ne m'avaient entraîné sur leurs pas. C'est en suivant le chemin qu'ils me traçaient et en remarquant leurs erreurs que j'ai pris l'audace de donner moi-même mon avis. Mais il est trop certain que j'ai pu seulement montrer qu'ils s'égaraient, sans prétendre indiquer la bonne voie.