CHAPITRE V
De l'Épopée aux Tragiques
Les Épopées thébaines — je parle surtout ici de la Thébaïde, plus ancienne que les trois autres, que VAlkméonide notamment — n'avaient pas épuisé toutes les légendes relatives à Œdipe et à la guerre de Thèbes. Il est hors de doute ' qu'elles avaient négligé quelques récits locaux que leur gloire effaça, mais n'anéantit point; il est même certain qu'elles en firent naître de nouveaux (cf. Hist, Gr, Fr,, III, 336, 6, 338, 8) (i). Parmi ces variantes, les unes furent recueillies par les poètes dits généalogiques, les autres par les poètes lyriques (a), d'autres encore peut-être par les logographes. Mais il y en eut aussi qui furent plus longtemps inconnnues : localisées autour d'un bois ou d'un temple obscurs — dont on pouvait dire comme Sophocle de Colone : « Voilà ce que tu dois savoir, étranger, de ces lieux moins célèbres au loin qu'honorés par les habitants du voisinage (Œd, à C. 6a-3))) — , elles durent attendre jusqu'aux Tra-
(1) Cf. aussi la légende d'OEneus à OËnoe en Argolide, p. 107.
(2) Pindare, à maintes reprises, nous en fournit la preuve : citons seulement le passage où il dit {Isthm,, V, 19-21) que dès qu'il aborde à iËgine, toujours il répand l'éloge sur les ^Eakides.
De même Bacchylide pour les traditions de Géos (Cf. Journ. des Savants, 1898, 49.)
DB l'épopée aux tragiques III
giques, jusqu'aux poètes érudits comme Antimaque et les Alexandriiis, jusqu'aux voyageurs même comme Polémon et I Pausanias, pom* acquérir quelque renom. De ces dernières, i nous n'avons pas à nous occuper en ce moment. Car en ce qui concerne Antimaque et les Alexandrins, si nous savons qu'ils ont raconté beaucoup de vieilles légendes, nous ignorons s'ils les ont empruntées à des souvenirs locaux ou à des poètes primitifs. De même, nous trouvons chez Pausanias la trace de plusieurs mythes, inconnus d'ailleurs, mais dont on ne peut pas absolument conclure, malgré leur caractère évidemment local, qu'aucun poète n'en ait parlé avant lui : ainsi l'épisode de Théseus et de Minos sur le navire qui porte en Crète les jeunes Athéniens ne nous était guère connu que par Pausanias (1. 17. 3), d'après une peinture de Mikon sur le troisième côté du temple de Théseus (i) : on l'a retrouvé enrichi de brillants détails dans le u? XVII de Bacchylide (éd. F. Blass).
Nous nous bornerons à passer en revue les poètes de l'école béotienne, les lyriques et les premiers logographes.