‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 28 sur 39 · LES POÈTES GÉNÉALOGIQUES · texte numérisé non relu

LES POÈTES GÉNÉALOGIQUES

Ces poètes sont surtout connus sous le nom de poètes généalogiques : la plupart en effet écrivirent des sortes de catalogues à l'imitation des Grandes Eées, Tantôt ce n'était que des généalogies, souvent c'était l'histoire d'un pays : les

(1) Nous avons déjà essayé de tirer des sculptures du trône d'Amyklai, du Coffret de Kypsélos et de quelques vases peints des indications sur la légende tbébaine; nous en tirerons encore. Mais il ne faut pas croire que les sculpteurs et les peintres n'aient rien ajouté à l'épopée; bien au contraire, et autant les vieux poèmes ont influé sur eux, autant peut-être ils ont eux-mêmes influé sur des poètes postérieurs, comme Euripide (cf. J. H. Huddilston : The attitude of the greek Tragedians towards art, London, 1898). Je reviendrai à la fin du chapitre sur cette importante question.

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Naupaktia, les Korinthiaka, par exemple : d'autre fois l'histoire d'un homme : la Phoronide, les Herakléides, C'est dans ce dernier genre que rentre VAlkméonide^ comptée parmi les poèmes cycliques parce qu'elle a pour but probablement de rattacher, nous l'avons vu, Tépopée thébaine à l'épopée troyenne : de môme sans doute VŒdipodie, et certainement ce poème sur Œdipe (s'il n'est pas le même que VŒdipodié) dont parie le Se. TownL ad Iliad XXllI 679, (cf. page 47)- Que ces épopées et bien d'autres dont on trouvera les fragments trop rares dans le i^^^ volume de Kinkel {Frag^m. Epie, graec. Teubner, 1879) aient recueilli des légendes locales et aient influé sur les âges postérieurs, directement ou par l'intermédiaire des logographes, c'est ce dont on ne saurait douter. Ainsi, selon Phéréliyde, Œdipe épousait sa mère, et il en avait deux enfants, tués par les Minyens et Ërginos. Or,Phérékyde n'inventait sans doute pas : il suivait quelque chant épique. Mais lequel? Là est l'insoluble question (i). On pense d'abord à la Minyade, et Ton a tort probablement, car la Minyade paraît avoir eu un tout autre sujet (cf. Welcker, D. Ep. Cycl.,!, 253 sqq.). Du reste la 3/in;^a£/e n'est pas le seul poème inspiré par les légendes d'Orchomène. Ghersias (cf. Paus. IX, 38,9) ^ ^^ ^^^ raconter tout au long dans ses stct) ; je lui attribuerais volontiers quelquesuns des changements qui eurent plus tard tant de fortune, et d'autres encore qui rencontrèrent moins de crédit, par exemple cette étrange histoire d' Œdipe racontée par Nicolas de Damas (F. H. G., III, 366) : Œdipe allant à Orchomène acjieter des chevaux, rencontre Laïos son père au mont Laphystios, et le tue sans le connaître, puis ^'enfuit dans la montagne et revient à Gorinthe, tandis qu*Epikasté fait

(1) N'oublions pas que dans une épopée — où l'on ne se serait guère attendu à trouver la légende d'OEdipe — les Kypria, Nestor racontait à Ménélas, entre autres histoires, toc Ttepl OlBlizoyjy (Kinkel, p. 18). C'était sans doute un récit analogue à celui d'Ulysse dans ['Odyssée, effleurant beaucoup de sujets et ne donnant sur aucun un graod nombre de détails, l^éanmoins un trait de ce récit a pu être accueilli et répandu par d'autres poètes.

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enlorrer Laioâ à Tendroit même où il est tombé (i). N'est-ce jms une légende qui porte bien le caractère local, et née sans doute dans un défilé, analogue à celui de Potnies et de la Phocide, où Ton montrait un tombeau dit de Laîos ? Du reste, il serait très imprudent de vouloir préciser : tant de poètes ont pu parler de ces célèbres aventures d* Œdipe et de ses fils ! Car le titre de poèmes généalogiques ne doit pas nous abuser (a). Leurs auteurs ne se bornaient pas à une sèche énumération de noms ; ils y joignaient d'assez longs développements sur les principaux exploits de leurs héros, nous en avons une preuve dans les Naupaktia : que dans ce poème l'expédition des Argonautes ait été assez longuement racontée, c'est ce que démontrent les nombreuses citations du Se. Laur, ad Ap. Rh, Argonaut. (Ki'nkel, Fr. Ep. gr,, I, 199 sqq.) (3). Il est donc permis — et presque nécessaire — de croire que dans les généalogies d*Asios il est souvent question des descendants de Kadmos (4) (Kinkel, op. eit., 12012 sqq.). La légende d'Œdipe et de

(i) G. Mûller (III, 366, note 15) croit aussi que Nie. de Damas a rapporté un récit fort ancien tiré des Orchomenia de Gbersias. Mais il donne comme intermédiaire, entre Ghersias et Nie. de Damas, Hellanikos, sous ce prétexte que Hellanilios était renommé pour ses légendes inusitées. Pour ma part, si je rapproche ce récit de la mort de Lalos, de la version de Pliéréiiyde sur les enfants d'QEdipe et de Joiiasté^ je crois plutôt que c'est de Phérél^yde que s'inspirait Nicolas de Damas.

(2) Voir, sur les poètes généalogiques, Stabl, Fleckeisen Jahrhuch.^

(3) Quamvis accuratiore cognitione careamus, hoc pro certo poni videtur posse, in quo omnes nunc consentiunt, hoc carminé celebratas fuisse illustres in fabulis feminas una cum earum prosapiis, ut Heynius dicit. ... Nec tamen intra genealegiarum tenuitatem poetam se continulsse, sed satis copiose de heroum rébus gestis exposuisse ex ils credi potest quae soholiasta ad Apollonium de Argonautarum expedilione ex hoc carminé affert. » Marckscheff., p. 255 sqq.

(4) Dans le fragm. cité par Pausanias (II, 6, 3) il est question d'Antlope, fille d'AsôpOB qui engendra — de Zeus et d'Épôpeus, pasteur de peuple — ZéthoB et le divin Amphion. Homère [Od. XI, 260 sqq.) suit exactement la même légende (bien qu'il ne parle pas d'Epôpeus). Une épopée anté-

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Thèbes y dut être aussi effleurée tout au moins, et altérée. Asios ne faisait-il pas d'Alkméné la fille d'Amphiaraos et d'Eriphylé?(Paus. V, 17, 8.)

De même, Eumélos, Fauteur de VEuropia et des Korinthiaka (Paus. IX, 5,8), toucha aux choses thébaines. Aucun des fragments qui nous restent de lui(Kink. op, c, i^ sqq.) ne nous en donne la preuve certaine ; mais les rapports entre Thèbes et Gorinthe ont été trop fréquents (cf. Se, ad. Pind. OL XUI, ^4) pour qu un Corinthien n'en ait pas parlé. C'est à lui ou à un de ses concitoyens qu'il faut peut-être attribuer Fimportance que Corinthe prit peu à ) peu dans la légende d'Œdipe.

Faut-il parler encore de ces poèmes récités à Sicyone en l'honneur d'Adrastos et dont Hérodote (V. 67) nous a laissé un écho ? Mais tout en est évanoui, et ce serait de galtéde cœur se lancer dans les conjectures trop incertaines.

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