DB L EPOPEE AUX TRAGIQUES II
qu'il a pu ajouter ou changer sur d^utres points à la Thébaïde cyclique, on peut du moins se demander si ce n'est point lui qui a imaginé cette version d*Ériphylé menacée par son mari, et tuée par son fils sur l'ordre d'Amphiaraos ? Si Stésichore — ce qui est possible — a écrit son Ériphylé avant les Épigones et V Alkméonide, rinnovation doit être de lui. On sait (A. Groiset, H, de la Z. G, II, 330 sqq.) qu'il ne se borna pas à mettre en oeuvre les inventions surprenantes des poètes antérieurs, de Pisandros par exemple dans son HérakUe (i), mais qu'il inventa lui aussi (a) : il fut le premier, suivant le Se. d'Apol* lonios de Rhodes à représenter Athéné s' élançant toute armée du front de Zeus (Bergk,/r. 62), il a donc pu innover dans plusieurs parties de la légende thébaine. — En tout cas, qu'il ait donné le ton à ïAlkméonide et aux Épigones, ou qu'il les ait suivis, son exemple a été décisif pour les tragiques (3).
Pindare a touché aussi à la légende, à presque toutes les parties de la légende, et nous voyons nettement, dans quelques passages de ses poèmes triomphaux qu'il connaissait non seulement la Thébaïde, mais des légendes particulières, notamment celles de Thèbes, sa patrie.
Il connaît « la sagesse d'Œdipe » (Pyth. IV, 263) ; mais il connaît aussi ses malheurs, accomplissement de l'oracle. 01. , II, 4^ : « Depuis que, conduit par le destin, le fils de Laîos tua son père dans une rencontre, et accomplit l'antique oracle de Pytho, l'œil perçant de l'Érinys l'a vu, et elle a fait périr dans un meurtre mutuel sa race vouée à Ares.... (4)»
(1) La peau de lion d'Héraklés (cf. Strabon, XV, 1, 9) et la coupe du soleil, fr. 8. Cf. Athénée XI, p. 469 c.
(2) Cf. Flach {Bist. de la Poés, lyr., 338-40).
(3) On sait que sou Orestie, en plusieurs livres, a été sans doute imitée par Eschyle qui paraît y avoir pris la première idée du songe de Clytemnestre.
(4) Date inconnue.
ii8 DB l'épopée aux tragiques
n a célébré les deax expéditions thébaines et les principaux chefs, Adrastos, Amphiaraos, Alkméon.
Ném, IX, 17 sqq. : (i) « Et voici qu'alors, contre Thèbes aux sept portes, ils (les fils de Talaos) conduisirent une armée de guerriers, non sur un vol favorable d'oiseaux ; et Kroniôn par les zigzags de ses éclairs n'encourageait pas à partir ces héros en délire, mais à s'épargner l'expédition (2). Et l'armée se hâtait vers un malheur manifeste avec ses armes d'airain et les harnais de ses chevaux ; et sur les rives de risménos, écartés du doux retour, ils engraissèrent de leurs corps la blanche fumée, car sept bûchers dévorèrent ces guerriers aux jeunes bras (3), et sous Amphiaraos Zeus fendit de sa foudre toute puissante le sein profond de la terre et l'y cacha avec ses chevaux, avant que, frappé au dos par la lance de Périklyménos, son cœur généreux fût rempli de honte. »
OL VI, la sqq. : (4) << • • . l'éloge vrai que de sa langue juste Adrastos prononça sur l'CEklide Amphiaraos, le devin, après que la terre l'eut englouti, lui et ses brillantes cavales. Et ensuite sept bûchers ayant consumé les morts, le Talaîonide devant Thèbes, dit cette parole : « Je pleure l'œil de mon armée à la fois bon devin et bon au combat de la lance. »
Pyth. VIII, 39 sqq. (5) ; «... les mots que jadis le fils d'Oîklés, ayant vu devant Thèbes aux sept portes les fils qui attendaient de pied ferme le combat, chanta lorsque d'Argos les Épigones vinrent pour la seconde invasion. Tandis qu'ils combattaient, il dit : « La nature fait briller dans les fils le cœur noble des pères : je vois clairement Alkméon agitant le dragon tacheté de son bouclier étincelant, le premier aux
(1) 490 ou 468 selon Bergk, 474 ou 473 selon W. Christ.
(2) Cf. Hom. IL, IV, 381 et 409.
(3) Pindare ignore donc — ou méconnaît — l'édit de Gréon empêchant de rendre les derniers honneurs aux Argiens. 11 est à noter que nulle part, dans ce qui nous reste de lui, il ne parle d'Antigone, ni dlsméné.
(5) 446, selon Bergk, 450 selon W. Christ.