‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 34 sur 39 · L— RÉSUMÉ DE LA LÉGENDE AVANT LES TRAGIQUES · texte numérisé non relu

L— RÉSUMÉ DE LA LÉGENDE AVANT LES TRAGIQUES

Laîos, maudit par Héra parce qu'il a enlevé le fils de Pélops, Chrysippos (Thébaîde), a d'Épikasté, malgré la défense d'Apollon (Œdipodié), un fils, Œdipe, qui est exposé sur le Cith éroQ^ et élevé à Gorinthe (à Sicyone, selon la Thébaïde\,

Œdipe, devenu grand, tue son père sans le connaître, soit entre le Githéron et Thèbes (Thébaïdé), soit en Phocide (Œdipodiel) , Puis il tue la Sphinx qui désolait Thèbes, épouse Ëpikasté et règne {Œdipodie et Thébaïdé), — Des légendes très différentes nous sont connues par Nicolas de Damas (d'après Phérékyde, et les Orchoméniennes de Chersias ??) (i). — Son parricide et son inceste sont bientôt découverts. Épikasté se pend, et lui-même se crève les yeux (Odyssée, Œdipodie^ ; puis il épouse Eurygané, fille d'Hyperphas et en~ir quatre enfants, Etéocle, Polynice, Antigone, Isméné ^CEdJpodie, Fresques de Platées par Onasias). Ces enfants sont nés d'Épikasté elle-même selon la Thébaïdé,

Une légende rapportée par Phérékyde et probablement d'origine minyenne, prétend qu'avant les quatre enfants d'Eurygané, il en a eu d'Épikasté deux qui furent tués par les Minyens.

Maltraité par ses fils, Œdipe les maudit : l'un d'eux, Polynice, s'exile volontairement et épouse la fille d'Adrastos,

(1) J'ai fait allusion déjà à diverses opinions sur la Sphinx et sur ses relations avec Œdipe, rapportées par Lysimaque d'Alexandrie, selon le se. des Phéniciens (26) et par Suidas. Elles paraissent aussi récentes que bizarres. Le même Lysimaque, selon le Se. d*Œd. à Colone ^91) a donné plusieurs versions de la mort et de l'enterrement d'OËdipe. Selon un faux Épiménide {Se. Phénic, 13), Laïos aurait eu deux femmes, Eurykiée et Épikasté : invention récente aussi.

Xa8 LES BPOFÉBS THBBAINES ET liES THAOIQUSS

roi d*Ârgos, puis à la mort de son père, revient à Thèbes (Œdipodie et Thébaldé), Légendes diverses sur la mort d*Œdipe (Lysimaque, Se, Œd. C. 91). Il dispute le trône à Étéocle, injustement (légendes thébaines primitives, Hellanikos), justement, selon la Thébaïde. Il est forcé de s'exiler et la guerre éclate. Sur la mort d' Œdipe et le second exil de Polynice, les tragiques broderont.

Pendant les préparatifs de l'expédition, les Argiens ont gi*and peine à décider Âmphiaraos à partir avec eux; car Ampbiaraos sait que les dieux sont hostiles à cette guerre, mais il est forcé par Ériphylé (Odyssée, Iliade, Thébaïde),

Selon d'autres légendes, il refuse de partir parce qu il sait sa mort assurée, et irrité contre Ériphylé (i), il ordonne à son fils Aikméon de venger sa uiori {Epigones ? Stésichore? Alkméonide), Jeux à Némée, en Thonneur de Prônax (légendes argiennes, Pindare) (a) — en Thonneur d'Archémoros, fils de Lykourgos (Thébaïdey Epigones, Pindare, Simonide, Bacchylide).

Liaison des Jeux Néméens et des massacres de Lemnos (Korinthiaka ? ? Simonide ?)

Arrivée de Texpédition en Béotie, et message de Tydeus {Iliade^ Thébaïde).

Première bataille favorable aux Argiens (Thébaïde), Assaut de Thèbes ; mort des chefs ; Parthénopaeos tué par Périklyménos, Kapaneus foudroyé par Zeus lui-même qu'il a provoqué (ThébaXde) — Kapaneus plus tard ressuscité par Aisklépios (Stésichore).

Lutte et mort des deux frères (Thébaïde, Coffret de Kypsélos).

Eurygané se lamentant sur leurs cadavres (Onasias).

Sortie des Thébains, et mort de Tydeus qui dévore le erftne de son ennemi (Thébaïde, Mimnerme, Phérékyde), Amphiaraos englouti (ThébaXde, Pindare).

(1) Cf. cofiret de Kypsélos et vase peint de Caeré : Dumont-Pottier, 224, S. Reinach, I, 199.

(2) Lutte d'Amphlaraos et de Lykourgos {Jhéhdide,— Trône d'AmykIai).

LES EPOPEES THBB AINES ET LES TRAGIQUES tQ9

Mort des autres chefs, à l'exception d'Adrastos (Thébaïde) — Détails sur ces morts dans Apollodore, tirés probablement des logographes et des légendes locales et poèmes généalogiques. En Tabsence d'une tradition ferme, les Tragiques varieront à leur gré.

Adrastos s'enfuit seul, grâce à Aréion (Thébaïde).

Antigone (?).

Refus de la sépulture aux Argiens (?).

Les Tragiques célébreront l'intervention de Théseus et d'Athéné, mais on n'en trouve aucune trace avant eux. Est-ce une légende locale d'Eleusis, de TAttique en général, ou bien est-ce un trait inventé par quelque Théséide? On ne sait.

Les Épigones se préparent à venger leurs pères : Alkméon trahi par sa mère (Épigones) part sous le commandement d'Aegialeus (Epigones) — d' Alkméon (Alkméonide), Oracle d'Apollon promettant la victoire aux Argiens (Alkméonidel Pindare). Victoire des Argiens à Glisas, Aegyvileus est tué par Laodamas (i), fils d'Étéocle (Épigones) — Laodamas à son tour est tué par Alkméon (Alkméonide) — Laodamas et une partie des Thébains fuient vers la Thessalie(^/>î^o/i^5). —^ Puis la ville est assiégée et se rend (Iliade, Epigones, Alkméonide), Thersandrôs, fils de Polynice, est mis sur le trône; Tirésias et sa fille Manto sont conduits à Delphes, hommage à Apollon. Tirésias meurt en route près de Tilphossa et Manto va en Asie Mineure, où elle fonde l'oracle de Klaros (Épigones).

Les Épigones reviennent, et sur un oracle d'Apollon Alkméon tue sa mère (Épigones? Alkméonide), puis il erre d'abord à Psophis, chez Phégeus dont il épouse la fille, puis vers l'Etolie où il lutte avec Diomcde contre les ennemis d'CKneus — guerre de Troie — , enfin en Akarnanie où il fonde des villes et revient mourir à Psophis (Alkméonide),

(1) Laodamas brûle, dans un temple, Antigone et Ismène {Épigones'! Alkméonide'! Ion de Chios. S. Reinach, I, 160, 4). — Isméné taée par Tydeus {Œdipodie'î Thébaïde'! Mimnerme et Phérékyde).

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— Diverses autres légendes locales — des légendes corinthiennes surtout — célébraient les aventures d'Âlkméon poursuivi par TÉrinys. C'est de là qu'Euripide notamment tirera son Alkméon à Corinthe,

Les Tragiques, tous attirés, comme on le verra, par les dramatiques catastrophes d*une race coupable, ont donc à leur disposition une riche mine de légendes qui leur permettront de varier selon leur génie ce sombre fond de malheurs et de crimes. Tous se conformeront à l'épopée snr les points capitaux (i). Mais chacun introduira des détails nouveaux. Nous étudierons successivement (q) ces trois grands Tragiques, recherchant l'apport personnel de chacon d'eux, et nous efforçant d'établir ce qu'on peut appeler la moyenne de la légende à leur époque.

(1) Eschyle venu le premier, s'inspire surtout de la Thébaïde qui était le poème le plus populaire; ainsi, sans parler de l'origine des malheurs qui fondent sur la famille de Lalos, il donnera aux imprécations d'OEdipe la môme cause que la Thébaïde, le représentera comme mort avant la guerre, ainsi que le faisait la Thébdide, fera de Tydée le principal instigateur de l'expédition, comme la Thébaïde^ restera fidèle aux vieilles traditions en parlant de Tlréslas (Tn^pbc Blx», Sept, 25) etc., mais s'éloignera aussi de la Thébaïde sur plusieurs points. Nous marquerons au passage ces ressemblances ou ces divergences. Remarquons seulement que le nombre des ressemblances permet de croire que dans les parties essentielles de la légende la Thébaïde a toujours inspiré Eschyle, et qu'en conséquence on peut se fier très souvent à Eschyle pour reconstituer la Thébaïde (cf. Wecklein, art. cité, 674). C'est du reste ce que nous avons fait. — En revanche, Sophocle et Euripide, pour renouveler le sujet. Imitent quelquefois VŒdipodie, poème moins populaire que la Thébaïde, Nous noterons aussi le détail de leurs imltatloos. Mais le mélange est trop visible et trop fréquent chez eux pour qu'il soit possible de reconstituer, avec autant de probabilité, d'après leurs tragédies, les points Importants de VŒdipodie.

(2) Cet ordre n'est peut-être pas très logique; car si Sophocle n'a pas influé sur Eschyle, du moins a-t-il subi quelquefois l'influence d'Euripide plus jeune que lui, et il conviendrait donc d'étudier les pièces des trois Tragiques dans leur ordre chronologique; malheureusement les dates de leurs tragédies sont presque toutes inconnues, et l'on est forcé d'étudier à part chacun des poètes.

LBS ÉPOPÉES THÉBAINES ET LES TRAGIQUES l3l

//. - ESCHYLE

Nous n'ayons d'Eschyle que les Sept contre Thèbes et quelques fragments insignifiants, qui touchent aux légendes thébaines. Nous n'essayerons nullement de reconstituer les pièces perdues, les éléments faisant tout à fait défaut ; mais les Sept nous donneront des indications importantes sur la façon dont Eschyle se représentait l'histoire de la famille d' Œdipe et de ses maux. Un passage de Plutarque (Thésée, 29), qui fait connaître l'idée principale d'une autre pièce, les Eleusiniens, nous permettra encore quelques conclusions certaines sur l'évolution de la légende des Sept.

Des légendes anciennes, rappelées par le pseudo-Pisandros faisaient remonter l'origine des malheurs de Laïos et de sa race à un amour coupable pour Chrysippos, fils de Pélops et à la haine d'Héra. UŒdipodie, suivant des légendes plus récentes, montrait Laïos puni pour avoir méprisé un oracle d'Apollon ; mais YŒdipodie gardait des traces de la première légende, puisque l'oracle avait précisément défendu à Laïos d'avoir des enfants. C'est bien Héra, gardienne du mariage, qui venge ainsi l'outrage fait à l'amour légitime. Laïos devait à son amour contre nature, ou à son mépris d'Apollon, d'être tué par son fils ; Œdipe, de tuer son père et d'épouser sa mère ; les fils d'Œdipe, Étéocle et Polynice, de se haïr et de s'entre-tuer sous la malédiction de leur père. Et ce rejaillissement ininterrompu de calamités descendait d'autant plus sûrement de Laïos que chacun des crimes qui suivirent celui de Laïos n'avait qu'un prétexte insignifiant (i).

Eschyle, lui aussi, a fait remonter jusqu'à Laïos les malheurs des Labdakides. a Je parle de cette antique faute au châtiment rapide : elle demeure jusqu'à la troisième

(1) Le Se. Laur. ad Soph. Œd. CoL 1375 après avoir indiqué les motifs de la colère d'CEdipe dans la Thébaïde ajoute : a Mais lui maudit ses fils, (JLixpo^puxâc xal teXscoc àYevvâc. »

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génération. » (Sept, 74i-3» cf. 680 sqq., 83q-3). Quelle est cette antique faute? Est-ce Tenlèvement de Chrysippos? Est-ce le mépris d* Apollon ? Le poète évidemment le disait dans sa pièce de Laïos (i) ; mais il parait bien ne penser ici qu'au mépris d'Apollon : « Quand, en dépit d'Apollon qui trois fois par ses oracles de Delphes , centre de la terre, lui avait ordonné de mourir sans enfants pour sauver sa patrie, Laîos enfanta etc.. » (S, 74^ sqq.).

Au reste, si ce crime unique est Torigine de toutes les calamités^ il cause aussi d'autres crimes qui expliqueront ces malheurs. Œdipe, dans Eschyle comme dans la Thébaïde, n'épouse pas seulement sa mère api^s avoir tué son père : il en a des enfants, non pas deux fils tués de bonne heure, comme l'avait dit un poète inconnu où a puisé Phérécyde, mais Étéocle et Polynice, Antigone et Ismène, les enfants d'Œdipe et d'Eurygané selon VŒdipodie.

Pourquoi Eschyle, et, après lui, tous les Tragiques, ont suivi cette tradition, plus horrible que toutes les autres, on se l'explique sans peine : elle était d'un tragique intense et prêtait aux situations dramatiques désespérées. Aussi, malgré son goût si vif des innovations, Emipide lui-même, comme on le verra, n'a jamais sacrifié sur ce point à la version de VŒdipodie la version de la Thébaïde, Quoi qu'il en soit, le chœur dans les Sept nous retrace toute cette nouvelle histoire d'Œdipe. « Œdipe, meurtrier de son père (2), qui, ayant ensemencé le champ sacré de sa mère où il avait été formé, produisit des rejetons sanglants » {S, 782). Cette effroyable naissance ne peut pas ne pas entraîner la

(1) La Tétralogie se composait de Ldios, Œdipe, Sept contre Thèbes et Sphinx, drame satyriqué : jouée en 467 (Didascalie découverte en 1848 par J. Franz, Didaskalie zu Aeschylos Sepiem contra Thebas. Berlin, 1848).

(2) Selon Eschyle, Œdipe avait tué Lalos à Potnies. « Ainsi nous arrivions aux confins de notre pays, et nous passions dans un carrefour où se rencontrent les trois routes de Potnies. » C'est là, ajoute le se, que se rencontrent CEdipe et Lalos {Esch, fr. 172 Nauck *). Imitation de la Thébaïde probablement.

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perte des fils d'Œdîpe, bien qu'innocents : de même qu'Œdipe s'est crevé les yeux (S. 779 sqq.) en punition d'un double forfait qu'il n'avait pas voulu, de même ses fils expieront leur monstrueuse naissance.

D'ailleurs Eschyle a conservé le souvenir de la malédiction paternelle. Il la renouvelle sans lui donner un autre prétexte ; « Il (Œdipe) a lancé contre ses fils des malédictions, irrité de la nourriture (i) qu'ils lui donnaient, des malédictions d'une langue amère, souhaitant qu'entre eux un jour ils se partagent, le fera la main, leur héritage.» (S. 785 sqq.)

Puis Œdipe meurt (710-11, ioo4) (2), et Etéocle règne à sa place, non sans craintes, car il a toujours présentes à la mémoire les malédictions de son père (653-5), même dans ses rêves (710-11). Et, en effet, Polynice, qui s'est retiré à Argos, privé de sa part d'héritage (3) (648), contracte une alliance avec Adrastos, et, soutenu par une forte armée argienne et péloponnésienne, vient revendiquer 3es droits au trône paternel (4)«

(1) Le texte du vers 785 est douteux; il a été fortement controversé et amendé ; mais Weil (Teubner, 1891) est revenu à la vieille lecture i7zi%6xoMi Tpoçôéc, avec raison, je crois. Cf. le texte de la 2* malédiction d'OËdipe dans la Théhaïde, et les vers cités par le scol. d'Œd. à Col. 1375. Ces vers sont du reste relativement récents et probablement extraits d*un drame satyrique. Cf. Wecklein, Soph, Trag, I, Œd. Col. XIIÏ.

(2) Bethe {op. cit. iQ6) ne croit pas possible de déterminer si dans les Sept d'Eschyle Œdipe est considéré ou non comme mort : Eschyle le considère certainement comme mort. Cf. Sophocle, Antigone^ 49 sqq. C'est encore une imitation de la Thébdide.

(3) Eschyle ne dit pas de quelle manière ; il suit probablement les légendes thébaines, rapportées par Hellanikos et favorables à Étéocle et à Thèbes (voir p. 45 sqq.). Nous reviendrons sur cette question.

(4) On sait le fameux serment des Sept avant leur dépnrt [Sept, 42 sqq.). Dans le cours de leur expédition, ils instituèrent selon Eschyle les Jeux de Némée, en l'honneur A'ArchémoroSy fils de iVémee, eu' Apxe(i.6pa) tô Nefiéa; izaitl (Se. Pind. Ném. Boeckh. 424 et 425). Il ne nous est d'ailleurs rien resté de cette pièce.

Eschyle avait fait aussi une pièce sur Hypsipylé (Nauck*, 79); mais

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Nous avons vu que Pausanias à deux reprises (U, oo, 5) attribue à Eschyle Thonneur de cette expression : « Les Sept contre Thèbes » ; mais nous avons vu aussi que Pindare, avant Eschyle (OL VI, i5 sqq., Ném. IX, 24 sqq.) avait partagé Tarmée ai^ienne en sept corps, et qu'Eschyle d'ailleurs ne dit nullement qu il n*y eût que sept chefs argiens, mais parle seulement de sept commandants de corps, un pour chaque porte. Au-dessus et à côté d'eux, il pouvait y en avoir d'autres, et il y en avait certainement un, que le poète mentionne : a voulant laisser des souvenirs d'eux-mêmes à leurs proches et à leur maison, ils en couronnaient de leurs mains le char d' Adrastos, versant des pleurs, mais sans qu'une plainte sortît de leur bouche » (S. 49~^i)'

Ces sept chefs sont, avec les adversaires que leur oppose Étéocle :

I* aux portes Proetides Tydeus(i) contre Mélanippos (S^Ssqq.) 2* — Électres Kapaneus — Polyphontès (4aasqq.)

3» — • Néifitées Étéoklos — Mégareu8(ii) (456 sqq.)

4° — Onka-Athéna Hippomédon — Hyperbios (486 sqq.)

5' — Boréennes Parthénopaeos — Aktor (5a6sqq.)

(Hypsistéennes) (arcadien (3) non argien)

6* — Homoloïdes Amphiaraos — Lasthénès (568 sqq.)

7' — Dircéennes Polynice — Etéocle (63isqq.)

(Crénéennes)

Le caractère des chefs est bien celui que nous leur avons déjà reconnu dans les légendes et les épopées : tous sont

il n'est pas probable que cette pièce fût jointe à celle de Némée, quoi qu'en dise Nauck (t&.): cf. Se. Apoll. Rh. 1, 173; il faudrait plutôt la joindre aux Kabeiroi. Eschyle connaissait les massacres des Lemniennes {Choeph. 63134).

(1) Eschyle représente Tydée comme partisan acharné et auteur de la guerre. C'est une imitation de la Thébaïde. Cf. //., IV, 376 sqq.

(2) Mégareus, Gis de Créon, de la race des Semés (474), est sans doute le môme que Ménoikeus dont parle Euripide {Phénic. 1090 sqq.) ; il n'est pas question ici de sa mort volontaire et de son suicide, non plus que dans Sophocle, qui l'appelle aussi Mégareus {Antig, 1303).

(3) Au contraire la Théb. le disait Argien (voir p. 70) et elle lui donnait pour adversaire Périkiyménos.

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violents, Tydeus et Kapanens surtout : un seul parmi eux est juste et ami des dieux, c'est Amphiaraos, celui qui « ne veut pas paraître le meilleur, mais l'être » (Sga), qui reproche amèrement à Tydeus son imprudente férocité et à Polynice son attaque à main armée contre sa patrie.

Eschyle condense en un rude mais bref assaut toute la guerre : il ne dit rien de la bataille en plaine, mais note pourtant que les Argiens se sont arrêtés sur les bords de risménos (SjS). D'ailleurs il ne décrit même pas l'assaut : il en annonce seulement l'issue en quelques mots (i) : les ennemis ont péri : « Notre cité a échappé au joug de l'esclavage; elles sont tombées, les vantardises des guerriers féroces » (793-4) (2).

Étéocle et Polynice, comme Œdipe l'avait souhaité, ont péri sous les coups l'un de l'autre : « La septième porte, le vénérable dieu Apollon se Test réservée, punissant sur la race d'Œdipe l'antique folie de Laîos » (800-802). « Ils sont tombés sous les mains meurtrières l'un de l'autre » (821).

Ils sont morts l'un et l'autre sans postérité, àxéxvouç (828).

(1) La brièveté du récit parait excessive et très contraire aux habitudes d'E^^chyle, non moins qu'à l'intérêt de l'action; on attend des explications plus complètes. Le poète ne les a-t-il pas fournies à dessein, voulant nous laisser sous une impression de terreur d'autant plus forte que la nouvelle est formulée en termes plus courts, mais énergiques et comme pleins de la sensation de l'Érinys présente? Ou bien les a-t-on retranchées plus tard pour y ajouter une scène nouvelle : Tédit prohibitif de Créon et le dévouement d'Antigone? Question très controversée, nous allons le voir. J'incline par la seconde hypothèse, d'autant plus qu'on lit dans les Suppliantes d'Euripide (846-856) une critique évidente d'un passage d'Eschyle; or, cette critique ne touche pas la grande scène des Sept (373- 676), mais une scène où le combat était raconté avec quelques détails. Toutefois, M. Hauvette {Mél. Weii., 175) pense que cette description de la bataille avait déjà été faite dans une des trois pièces, 'ApYSîat) 'EXeuerîvtot, 'Etii'yovoi, antérieures à la trilogie Laïos-Œdipe-Sept ; y oir plus loin p. 137, note i.

(2) Allusion à Tengloutissement d'Amphiaraos (587-8) à Kapaneeus, foudroyé, 444 sqq. Sur la fin des autres chefs (Étéocle et Polynice exceptés), pas un mot.

l36 LES ÉPOPÉES THÉBAINES ET LES TRAGIQUES

La race coupable est éteinte. « Le trophée d'Até se dresse aux portos où ils ont combattu, et, deux fois vainqueur, le dieu se repose » (956-960).

EtleSénatthébain(les 7cpo6ouXo( ou irpooraxat), remplissant ici par un anachronisme assez fort le rôle de Gréon, nommé roi, décrète que Polynice sera privé de la sépulture, comme ennemi public. Antigone accompagnée de sa sœur Isméné et d'une partie du chœur va rendre à son frère, malgré cette défense, les derniers honneurs.

L'authenticité de cette dernière scène a été fort attaquée et il parait étrange en effet qu alors que la pièce même, la véritable pièce, est comme étranglée à la fin, une nouvelle commence ici qui ne pourra pas avoir et n'aura pas de dénouement. Aussi Bergk (PhiloL Xll, 679) pense-t-il qu'elle n'est pas d'Eschyle, mais d'un poète postérieur, qui, lors d'une reprise des Sept, crut devoir modifier cette tragédie, conformément à la tradition créée par Sophocle et unanimement adoptée. M. Weil (iZep. des Et. grecques, 1888, I sqq.) n'ose pas se prononcer absolument, mais pour des raisons choriques il se rangerait assez volontiers à l'opinion de Bergk (i). Je n'hésiterais guère pour ma part à l'accepter si les Eleusiniens, dont nous allons parler, étaient certainement postérieurs aux Sept, Je ne trouve en effet qu'un argument en faveur de l'authenticité : c'est qu'elle fournit une transition entre la Thébaide cyclique, qui vraisemblablement ne parlait pas du refus de sépulture ni du dévouement d'Antigone, et V Antigone de Sophocle, qui se dévoue seule jusqu'à la mort. Dans la scène finale des Sept^ il n'est pas dit que la désobéissance au décret du Sénat thébain doive être punie de mort, et ce n'est pas seulement Antigone qui se sacrifie, mais Isméné et même une moitié du chœur.

Mais si Eschyle n'a rien dit dans les Sept du refus de

(1) Au contraire Wecklein (op. cit., 675 sqq.) croit cette dernière scène authentique, et il attribue à la Thébaide le dévouement d'Antigone.

LES ÉPOPÉES THÉBAINES ET LES TRAGIQUES iS^

sépulture et du dévouement d'Antigone, il a pu en parler dans une autre pièce, les Eleusiniens (Cod. Médie. n° i8), et en tout cas le fond de cette tragédie, comme son nom Tindique, c'est Tinterdiction de la sépulture aux Argiens tués sous Thèbes, interdiction que font lever Thésée et les Athéniens, qui enterrent les morts à Eleusis. Plutarque raconte en effet (Thésée, 29) : « Thésée rendit avec Adrastos les derniers honneurs à ceux qui étaient tombés sous la Kadmée, non — comme Ta dit Euripide dans sa tragédie (Suppliantes) — après avoir vaincu les Thébains dans une bataille, mais après les avoir persuadés et leur avoir donné rançon, car c'est ce que disent la plupart des auteurs... Les tombeaux des simples soldats se voient à Eleuthères, ceux des chefs à Eleusis, Thésée ayant fait cette faveur à Adrastos... Le témoignage des Suppliantes d'Euripide est combattu notamment par les Eleusiniens d'Eschyle. »

Il ne nous est malheureusement rien resté de cette pièce, dont nous ignorons aussi la date.

Des autres pièces empruntées au Cycle thébain nous avons moins encore puisque le sujet même de quelques-unes nous est tout à fait inconnu. On devine ce qu'il pouvait y avoir dans Laïos et dans Œdipe, dans la Sphinx aussi; mais que pouvons-nous savoir des Argiens ? Un seul fragment, très corrompu, nous en apprend quelque chose (fr. 17, Nauck), c'est que Kapaneus a été foudroyé : à quoi se rapportait d'ailleurs cette tragédie ? Était-ce même une tragédie ouun drame satyrique, comme Hermann(rr<7^. gr., 36) Ta conjecture d'après un texte très corrompu et très obscur d'Hésychius (fr. 19)? Il est impossible d'en rien savoir.

De même pour les Épigones, le fragment 55, rapporté par le Scoliastc de Pindare (ad Isth, VI, 10), ne peut rien nous apprendre (i).

(1) On ne sait comment ranger ces trois pièces : Wecklein (AîaxijXou ôpàfjLaTa (ya)2;6(i£va, II, 587 sqq.) adopte cette disposition de la Trilogie : 'ApYEÎai, 'EXeyaiviot, 'Eîct'Yovot, et la fait remonter au delà de 470, mais

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Tenons-nous en donc aux données certaines. Voici comment la légende sort des puissantes mains d*Eschyle.

De la faute de Laïos contre Apollon découlent le meurtre de Laios à Potnies, la désolation de Thèbes, l'inceste d'Œdipe, la naissance de filles et de fils incestueux, et la mort misérable d'Œdipe qui déjà s'est crevé les yeux.

De la malédiction d'Œdipe — conséquence du crime de Lalos — , et aussi d'une atroce naissance, sortent la querelle et le meurtre mutuel des enfants d'Œdipe tués sans postérité, la violation du droit de sépulture, la ruine de Thèbes.

La malédiction d*CEdipe, TÉrinys, domine toute la tragédie des Sept : Étéocle sent qu'il lui est livré en proie (70, 655, 689 sqq., 709 sqq.). Le chœur à maintes reprises signale ses pas (720 sqq., 790 sqq.), et tremble devant sa complète victoire (966 sqq.). Mais ce n'est pas ici, comme dans les Euménides, TÉrinys luttant seule, malgré les autres dieux, malgré Apollon ; au contraire, elle s'acharne sur la race de Laïos pour venger l'injure faîte à Apollon (742 sqq.). Dans la pensée d'Eschyle à ce moment, la lutte n'est pas encore commencée entre les anciens dieux et les nouveaux : tous du moins se liguent contre une famille coupable.

Il est vraisemblable que dans les anciennes épopées déjà l'action de l'Érinys était manifeste (cf. Theb. fr. 2), mais Eschyle l'a renforcée encore : elle plane sur toute la pièce et la remplit d'une sorte d'épouvante mystérieuse; quand la pièce se termine, Œdipe est mort, ses fils sont morts et morts sans postérité; le sang impie est répandu jusqu'à la dernière goutte, et il n'en reste plus sur la terre que l'horrible souvenir. L'épopée (i) avait donné à Étéocle et à Polynice des enfants, victimes encore de nouvelles cala-

sans preuves. Selon M. Hauvette {Mél Weil, 175 sqq»), elle aurait renfermé une oraison funèbre, imitée peut-être de celle de la Thébdide (Y. page 83) et parodiée par Euripide (Suppl. 846 sqq.).

(1) Les Épigones du moins (voir p. 94). On ne sait rien delà version de la Thébdide sur ce point, mais il est probable qu'ici, comme souvent, c'est elle qu'Eschyle iinite.

mités, mais moins terribles. Pindare (01. Il, 4i sqq.) célèbre dans le fils d'Aenésidémos, Théron, le glorieux descendant de Thcrsandros, de Polynice et d'Œdipe, car, dit-il, « la Moire qui assure à cette race (celle de Théron) un bonheur héréditaire, après une félicité divine, lui amène la souffrance qui doit encore s'enfuir un jour; depuis que, conduit par le destin, le fils de Laïos tua son père dans une rencontre et accomplit l'antique oracle de Pytho, l'œil perçant de l'Érinys Fa découvert, et elle a tué sous leurs coups mutuels ses enfants voués à Ares ; mais Thersandros survit à Polynice tombé, Thersandros, honoré dans les jeux et dans les combats, rejeton sauveur de la maison des Adrastides. » (i) Sophocle viendra qui honorera, après la mort des fils, Œdipe lui-même et sa fille Anligone. Eschyle, lui, ne se laisse pas fléchir : Œdipe meurt avant ses fils ; ses fils meurent sans enfants : TÉrinys est satisfaite, et la terre lavée de la souillure qu'elle portait.

Ce n'est pas d'ailleurs le seul changement qu'Eschyle ait apporté à la légende, mais les autres lui sont dictés par ses sentiments patriotiques et politiques. Pourquoi montre-t-il les Argiens ensevelis seulement grâce à l'intervention d'Athènes, sinon pour célébrer l'humanité et la piété de sa patrie ? Car il est bien remarquable qu'Eschyle ne se montre pas l'ennemi de Thèbes dans les Sept : au contraire toute sa haine va à Polynice, et s'il ne peut que condamner Etéocle, du moins il le représente brave, vraiment roi, et misérable victime de l'Érinys. Mais un seul Argien ti'ouve grâce à ses yeux : c'est Amphiaraos, qui condamne cette guerre, parce que les dieux la condamnent et parce qu'elle est impie : un homme n'a jamais le droit de marcher contre sa patrie, et personne n'a le droit de le soutenir. C'est un écho des idées politiques du poète : Plutarque a raconté qu'au théâtre, lorsque l'acteur prononça le vers célèbre « Il ne veut pas paraître juste, mais il veut l'être » (Sga), tous les spectateurs

(1) Pindare suit'ici probablement des traditions de famille ou de ville.

l4o LSS ÉPOPÉES THÉBAINES ET LES TRAGIQUES

se tournèrent vers Aristide. Eschyle assurément prenait parti pour Aristide contre Thémistocle : on sait que dès fy)^ il ne nommait pas le glorieux vainqueur de Salamine, dans sa tragédie des Perses et sa description de la bataille ; en 467 il n^était bruit que de la trahison de Thémistocle exilé d'abord à Argos, puis en Perse et compromis dans la conspiration de Pausanias : le Tydeus et le Polynice si éloquemment condamnés par Amphiaraos (670 sqq., notamment 580-587), c'est bien Pausanias et Thémistocle qu ils représentent, et Aristide est le héros préféré d'Eschyle.

Je ne dis rien ici des noms des Sept et de leurs adversaires, qu Eschyle a choisis à son gré sans doute parmi les guerriers que nommait la Thébaïde (voir page 168 sqq.). Nous verrons plus loin le désaccord complet qui existe sur ce point entre les poètes. •

Telle est la part d'Eschyle dans le développement des légendes thébaines : son génie vigoureux et dur, son patriotisme ardent, ses partis-pris politiques, non moins que ses fortes idées religieuses, ont imprimé sur l'histoire des Labdacides une marque ineffaçable.

///. — SOPHOCLE

Bien que Sophocle ait enrichi merveilleusement quelques parties de la légende, par exemple le dévouement d'Antigone — il ne l'a pas traitée dans toute son étendue, comme Eschyle, peut-être parce qu'il n'usait plus, comme son illustre aîné, du système des quatre pièces liées. Ainsi il n'a pas de pièce pour Laîos, pas de pièce qui ait pour sujet principal les Sept contre Thèbes, pas de pièce analogue aux Éleusiniens, Mais il a célébré les derniers jours d'Œdipe, dans son Œdipe à Coîone, et il a composé une tragédie sur Alkméon. De celle-ci il ne reste qu'un tout petit nombre de fragments (Nauck, fr, 104, io5 et 106); de même pour ses Épigones ou Ériphylé, Il a fait aussi un drame satyrique

LES éPOPÉES THEBAINES lET LES TRAGIQUES 14^

sur Amphiaraos, dont il est impossible de rien dire, et qui peut bien — comme son Oeklés — appartenir moins aux légendes thébaines pi*oprement dites qu aux légendes

j argiennes ou à la Mélampodie, Une pièce que lui attribue Dindorf, Œneus, — dont il ne reste en tout cas que le nom — n'est probablement pas de lui (cf. Naack, op. cit. 333). Mais nous avons conservé trois pièces très importantes : Œdipe- Roi (composé vers 43<5)i Œdipe à Colone (4o6), Antigone (44o)» qui nous font connaître exactement la façon, variable avec le temps, dont il a envisagé le drame thébain.

Il rappelle à maintes reprises la malédiction qui pèse sur la race de Laïos « T antique ruine de la race qui a étendu la main sur la malheureuse maison d'Œdipe » (O. C 359), « FÉrinys d'Œdipe, cause de tous ses maux » {Ib, 1299). — « Je vois, dit le Chœur dans Antigone (693 sqq), les souffrances de la maison des Labdacides s'entassant les unes sur les autres, et nulle génération n'y échappe, mais sur toutes pèse un dieu, et elle n'a pas de délivrance. Ce dieu. . . aveugle Érinys . . . (i). »

D'où est née cette malédiction, Sophocle ne le dit pas. Il se borne à nous apprendre sommairement par la bouche de Jokasté (O. R, 711 sqq.) que « un oracle viat un jour à Laïos

' lui annonçant qu'il était destiné à mourîr de la main du fils

\ qui naîtrait de lui et de son épouse. »

Et le crime s'accomplit, en dépit de vaines précautions, Œdipe, exposé sur le Cithéron, les pieds percés et élevé

1 chez Polybe et Mérope à Corinthe, tua son père en

[ Phocide (2), et ayant délivré Thèbes de la Sphinx, épousa sa

\ (1) Cf. Antigone (856) : « Tu payes quelque crime de les ancêtres ». et

(951) : La destinée est une puissance terrible ». — Nous verrons que I dans Antigone, pièce plus ancienne, Sophocle se rapproche davantage

i d'Eschyle, par ses idées sur la destinée aveugle et TÉrinys inévitable, que

dans les pièces postérieures comme Œdipe-Roi et surtout Œdipe à Colone. i Ses idées morales vont s'épuraDt et s'humanisant.

i (2) (( C'est le pays de Phocide qu'on l'appelle, là où deux chemins se

I rencontrent, Tun venant do Delphes, l'autre de Phocide » (0. A., 733). On

mère Jokasté dont il eat deux fils, Polynice et Étéocle et deux filles, Antigone et Isméné. Apprenant (i) ces souillures, involontaires, tandis que Jokasté se pendait il se creva les yeux, et retenu d^abord par Créon (3), quand il voulait s'exiler (O. R, fin), il fut plus tard chassé par le môme Gréon et par ses deux fils devenus grands, « ceux qui, lorsque j'étais, moi leur père, si honteusement chassé, ne me retinrent ni ne me secoururent, mais au contraire je fus par eux renvoyé et proclamé exilé ». (O. C. 4^7 sqq.)

Et c'est peu après qu'éclata entre les deux frères la guerre «voulue parla destinée » (O, C 4^i).

Œdipe eiTait alors vers TAttique, aveugle et misérable, guidé par Antigone. Les dieux, voulant honorer sa vieillesse, et montrer que le destin peut rendre quelqu'un le plus malheureux des mortels, mais non pas le plus coupable, proclamèrent que « les hommes devaient un jour le rechercher pour leur bonheur, vif ou mort » (O. C. 389-90).

Aussi Polynice, l'alné des frères, selon Sophocle, (O. C 374-5)> chassé par Étéocle et appuyé par Adrastos, roi d'Argos, dont il a épousé la fille, s'eflbrce, pour reconquérir Thèbes, de gagner la faveur de son père. Etéocle, de son côté, tâche, pour se défendre, de ramener Œdipe et de le placer « auprès de la terre Kadméenne, sans qu'il entre dans la terre môme » (O. C, 899-400). Mais Œdipe s'indigne, et après avoir maudit ses fils à deux reprises (3), il se donne à

sait qu'Eschyle plaçait le meurtre à Potnies. Le se. d'Euripide (Ph&n. 37)« qui parle de la Phokide parait désigner cependant Potnies, lui aussi : <( là, dit-il, où se coupent la route qui va sur la Béotie et sur Thèbes, et la route qui va vers l'Altique et vers Corinthe ». — Mais l'Œdipodie faisait tuer Lalos en Phocide.

(1) Dans cette découverte Sophocle a dû suivre d'assez près l'ancienne Œdipodie, touL en resserrai. t les faits, comme il convient dans un drame.

(2) Sur l'histoire d'OËdipe dans l'intervalle qui sépare Œdipe-Roi d'CEdipe h Colone, voir Wecklein {Sophoclis Tragœdiae, 1875, nŒdipus Coloneus », IX).

(3) « Eh bien I que les dieux n'éloignent pas cette querelle fatale, et qu'en moi soit le droit de décider sur eux de cette guerre qui les possède

LBS ÉPOPÉES THÉBAINES ET LES TRAGIQUES l43

Golone, terre attique, et y meart dans un endroit connu du seul Thésée, roi pieux et hospitalier d'Athènes (i).

Or, les imprécations d'Œdipe purifié sont entendues des Dieux : l'assaut contre Thèbes est repoussé, et tous les chefs argiens, aux boucliers éclatants, sont tués (a) (Antig. 141-7) ; Etéocle et Polynice tombent sous les coups Tun de l'autre. Et Créon refuse la sépulture à Polynice, et défend sous peine de mort qu'on l'inhume ou le pleure (Ant,, m sqq.) Antigone, modèle de piété filiale et paternelle, brave ses menaces, et en dépit de l'approbation des dieux (ib. 988 sqq.) et de l'amour d'Hémon, le propre fils de Créon, meurt de son dévouement.

Dans Œdipe à Colone (i3i3-îia), Sophocle énumère les sept chefs argiens : ce sont les mêmes que chez Eschyle : Amphiaraos, Tydeus, Ëtéoklos, Hippomédon, fils de Talaos, Kapaneus^ Parthénopaeos, fils d'Atalante, Polynice. Dans aucune de ses pièces complètement sauvées, il ne nous indique leur caractère, ni leur genre de mort (3), mais dans Élektre, il fait une allusion évidente à T engloutissement d' Amphiaraos {Et, 837), et un fragment que Dindorf attribue aux ÉpigoneSy et que Nauck classe dans les incerta (8^3, Strab. IX, I, aa), dit que « la poussière de Thèbes se fendant le reçut avec ses armes et son quadrige ». Un autre fragment (Nauck, 73 1) nous montre « Tydeus mangeur de chair crue,

maintenant et dresse leurs lances; car alors ni celui qui tient le sceptre et le trône ne les gardera, ni celui qui a été chassé ne rentrera » (O.C., 421 sqq. — « Ces Imprécations, déjà je les ai lancées sur vous deux, et maintenant encore je les appelle et les prie de venir à mon secours, afin que vous appreniez à honorer ceux qui vous ont enfantés » {ib.^ 1375 sqq.).

(1) Dans Aniigoney Sophocle ne songeait pas encore, à cette fin d'OEdipe, réconcilié avec les dieux ; il le montre mourant « odieux aux hommes et déshonoré» {Antig, 50). — Nous verrons que c'est peut-être Euripide qui \ lui a donné l'idée de faire mourir Œdipe à Colone, après que la guerre a éclaté entre ses fils.

(2) Sophocle compte ici Amphiaraos parmi les tués, mais il admet la légende de l'engloutissement, comme on le voit quelques lignes plus bas.

(3) Sauf pour Kapaneus [Ant^ 126 sqq.).

Ii(4 ^^S ÉPOPÉES THÉBAINES ET LES TRAGIQUES

dévorant sous Thèbes la cervelle du fils d'Astakos dont il a brisé le crâne ».

Après leur mort, la sépulture est refusée à tous les Argiens (i) ; mais Sophocle n'a écrit aucune pièce sur l'intervention de Thésée et des Athéniens.

Sophocle n'a pas seulement mis sur le théâtre Œdipe et ses enfants : il s'est transporté à Argos au milieu des Épigones, et il s'est inspiré des épopées ou des poèmes lyriques qui représentaient Alkméon tuant sa mère, et poursuivi par les Furies. Dans une pièce intitulée les Épigones ou Ériphylé (3), il a montré Ériphylé tuée par son fils : les fragments qui subsistent de cette tragédie sont insuffisants pour permettre une reconstruction, même si on ajoute les débris d'une pièce d'Accius, citée par Cicéron (i>c o/>^. g en. or. 6, 18). La tentative de Welcker est très ingénieuse mais bien plus incertaine encore : de môme celle d'Ahrens (Didot, 3oi sqq.). Il est même impossible de décider exactement si Sophocle faisait tuer Ériphylé avant ou après Texpédition des Epigones ; il est cependant plus probable que le meurtre avait lieu avant la seconde guerre. Le fragment 199 (xai yàp 'Apysiouç opw) et l'explication donnée par le Proi>. codex Athoiis (Miller, Mél. de litt, gr. 363) n'ont assurément rien de tout à fait convaincant, mais les arguments

(1) Àntig. (10) : Trpbç xoù; çfXouç oreîj^ovTa tôv è^Opûv xaxà. Jebb croit que Polynice est ici menacé, après sa mort, de la même peine que les ennemis de Thèbes. — Il est vrai qu'on peut entendre autrement ce vers très obscur; mais le texte est très clair à un autre endroit (1079 sqq.): <( Voici que sont troublées toutes les villes dont les concitoyens ont leur corps déchiré par les chiens et les bétes sauvages, etc. — Plusieurs éditeurs déclarent les quatre vers interpolés. Peut-être, en ce cas, l'interpolation date-t-elle d'une représentation d*Antigone, postérieure aux Éleusiniens d'Eschyle ou aux Suppliantes d'Euripide (cf. la dernière scène des Sept). La question d'interpolation parait insoluble.

(È) Welcker, communément approuvé, croyait déjà qu'il n'y a qu'une seule pièce sous ces deux titres : G. Immisch (Philol, XLVIII (1889), 554) est arrivé à la même conclusion en étudiant un fragment 1res obscur de Philodémos, T^epl {jiouaix., 87 sqq. (passage cité par Nauck, op, cit, 173).

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d*Ahrens contre Welker (Didot, 3oi) (i), Taifirmation da Se. de YOd}^ssée (XI, 3a6), disant qu'Alkméon, selon Tordre de son père, tua Ériphylé avant de marcher contre Thèbes, me paraissent décisifs.

Quelques fragments nous font voir Alkméon tantôt hésitant, mais vaincu par les oracles (19^: « comment lutter, mortel, contre la divinité ? »), tantôt faisant à sa mère des reproches sanglants (187 : « femme, qui as tout osé, et plus <fue tout osé, etc. »). Des autres, sortes de maximes générales, on ne, peut à peu près rien tirer (a).

Si dans la pièce précédente Sophocle s'était inspiré des Épigones^ dans une autre il suivit ÏAlkméonide ; mais de Cj&tte tragédie, imitée ausài par Accius, il reste eu tout trois fragments s<lrs (Nauck,/r. 104, io5, 106) (3), et deux sont insignifiants. Par le fragment io4 « plaise aux dieux, que je te voie sain d'esprit...», onpeut juger qu' Alkméon était à ce moment la proie de l'Érinys vengeresse : il se trouvait donc sans doute chez Phégeus, ou près de TAchéloôs (p. io5 sqq.).

Par quelques fragments (iio, ii3/ii4), il est manifeste que le drame satyrique intitulé Amphiareôs avait pour scène la campagne. Le fragm. 109 parle dun « chœur parasite du devin », mais on ne connaît pas le sujet. Que

(1) Bethe {op. cil. 131) n'a fait que traduire Welcker et Ahrens pour prouver que dans ÏAlkméonide Alkméon tuait sa mère avant toute expédition ; il cite les ' mômes autorités, Asklépiadès notamment, et reprend les mêmes arguments. Mais la démonstration est bien moins convaincante pour le poème épique que pour la tragédie : Asklépiadès (ad Od., Xi, 326) suivait sans doute. une pièce de tUéâtre, non Tépopée. Mais alors, dira-t-on, ou Sophocle a-l-il pris l'idée de faire tuer Éripliylé avant la guerre, si les épopées la faisaient tuer après? — 11 pouvait bien avoir de lui-même cette idée, et puis Stésichore, dans son Ériphylé, ou il a dû resserrer et condenser tous les événements, contredisait probablement l'épopée et Sophocle a pu le suivre.

(2) Si l'on accepte la correction proposée par Nauck au fragment 198 : otTteXôe * xivsî; u;ivov carpàv vodou, on peut croire qu'après son meurtre Alkméon était livré à l'Érinys sur la scène même.

(3) Deux autres vers, attribués à Sophocle par les anciens éditeurs^ viennent de l'Alkméon de Théodektés dont Aristote (Rh, II, 23, 3) cite aussi un fragment intéressant (cf. Nauck., 801).

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