‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 37 sur 39 · K — FRAGMENTS DES TRAGIQUES DE SECOND ORDRE · texte numérisé non relu

K — FRAGMENTS DES TRAGIQUES DE SECOND ORDRE

Que la légende entière d* Œdipe quelquefois, ou plus souvent des parties de la légende aient été portées sur la scène grecque par les émules ou les successeurs des trois grands tragiques, c'est de quoi nous assure un simple coup d'œil sur l'index des poètes et des pièces dans Nauck {op, cit. 961-968).

On. y voit qu'une Œdipodie entière a été écrite par Mélétos, une Antigone par un des deux Astydamas, un Amphiaraos par Karkinos, un Kapaneus par Timésithée, un Parthenopaeos par Astydamas l'atné, des Suppliantes par Apollodore, des Épigonespav Astydamas le jeune, un Alkméon par Théodektès. H n'y a pas moins de dix Œdipe qui n'ont d'ailleurs sauvé que leur nom ; et une au moins parmi elles devait être célèbre, celle de Xénoklés, puisque selon Élien (II, 8) dans la 90® Olymp. Xénoklés, avec une tétralogie composée de Œdipe, Lykaon, les Bacchantes et

0. MûUer, II, 513, et qui renferment une si surprenante discuseion sur les avantages d'une constitution démocratique (403 sqq.).

géalités naturelles. — Mure, voyageur anglais, qui visita la Grèce vers 1832, a signalé combien l'aspect du mont Githéron par exemple est pareil encore aujourd'hui à la description qui en est faite dans les Bacchantes d'Euripide, 1043 sqq. — D'après Frazer {Pausanias, V, 2). —Cf. H.Rushton Fairelougb, The attitude of the Greek Tragetl, toward Nature, 1897, 34 sqq.

|[éalités artistiques. — J'ai déjà parlé du livre de Huddilston (The attitude of the gr. Trag, tow. art.). Dans ce petit volume Huddilston montre avec beaucoup d'érudition et de sagacité combien Euripide s'est

\ inspiré de toutes les œuvres d'art de son temps : arcbitecture (p. 39 sqq.),

: sculpture (58 sqq.), peinture (72 sqq., broderies et tapisseries (79 sqq.). — De ce goût fidèle pour les arts, H. croit même pouvoir tirer argument pour

■ attribuer à Euripide une pièce contestée, le Rhésos (112 sqq.).

' J'ai remarqué aussi, page 125, note 2, que certains passages d'Euripide paraissent directement inspirés d'une œuvre d'art.

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un drame satyrique Aikamas, l'emporte sur une trilogie d'Euripide : Alexandros, Palamédès, Les Trqyennes.

Mais bien d'autres encore, dont les noms ne nous sont même pas parvenus, ont contribué à rendre familière la légende, témoin ce passage d'Élien, auquel j'ai déjà fait allusion : « Les poètes honorent la fiUe d'Iphis, et les théâtres retentissent des vers dans lesquels ils chantent cette héroïne qui l'emporta sur toutes les autres, ayant préféré son époux à la vie» (El. Jï, il. VI, a5).

Que conclure toutefois de cette vide énumération ? D'une seule de ces pièces, de ÏAlkméon de Théodektès, il nous est resté deux fragments intelligibles : run(Nauck, p. 8oi. i) qui est assez dans le goût d'Euripide, l'autre (ib. a), conservé par Aristote (Rh. U, a3. 3) et ainsi conçu : « Mais ta mère, n'y avait-il personne qui la haït parmi les mortels ? »

Et Alkméon répond : Il faut examiner avec attention. » Alphésibée (fille de Phégeus) lui demande : « Comment ? » Et il répond : <( Ils jugèrent qu'elle devait mourir, mais que je ne devais pas la tuer. »

Ce fragment du reste ne peut nous indiquer en quel sens se développaient, après les grands tragiques, les légendes ihébaines. Mais une scène peinte sur un vase d*Âpulie, remontant à la première moitié du iv« siècle et expliquée par la fable Ja d'Hygin, nous fait voir que les poètes de ce temps recherchaient sans doute des modifications de plus en plus romanesques de certains épisodes. Selon Hygin, Gré.on ordonna à Haemon, son fils, de tuer Antigohe qui avait été saisie au moment où elle ensevelissait Polynice. Mais Haemon, qui l'aimait, la confia à des pasteurs, l'épousa et en eut un fils, qui, devenu grand, vint à Thèbes avec sa mère pour prendre part à des jeux, fut reconnu par Gréon à cause d'une marque corporelle, celle du serpent, et malgré les prières d'Héraklès, gendre de Gréon, mis à mort. Haemon de désespoir tua Antigone et se tua lui-môme. Or le vase peint représente Héraklès sortant d'un édicule et intercédant auprès de KpàoDv, placé à droite, pour Antigone, qu'un garde

amène enchaînée à gauche. Derrière Kpdicjv, Ismène est assise et derrière le gardien d*Antigone se tient Haemon (Sal. Reinach, I, 409» cf. I, 2o5).

Malgré Welcker et Max. Mayer (De Eurip, Mythop, 73-77), il est évident que cette scène n'est pas empruntée à Tii/i^î^o/ie d'Euripide, car celui-ci prenait pour sujet l'ense* velisscment même de Poljrnice par Antigone et la découverte de la jeune fille que sauvait Haemon en l'épousant. La pièce dont est extraite la scène peinte sur le vase d'Apulie parait au contraire commencer bien plus tard, et avoir pour sujet la découverte d' Antigone aux jeux thébains : elle suppose après Y Antigone d'Euripide que la jeune fille a été sauvée par Haemon, mais malgré Gréon qui la poursuit de sa haine pendant de longues années (cf. Heydemann, Uéber eine nachearipideische Antigone, Berlin, t868) (i).

Tous les vases peints du rv* siècle exigeraient d'ailleurs

(1) Huddiiston (Am. Joum. of Phil. 1899, 183 sqq.) affirme au contraire que la fable d'Hygin reproduit V Antigone d'Euripide ; selon lut, l'argument d'Aristophane explique seulement le point de départ de la pièce, non la pièce même ; le sujet de celle-ci, c'est le danger couru par le fils d'Haemon et d' Antigone, Maeon, que sauve Héraklès. En effet, dit-il : l** Pourquoi Aristophane parle-t-U de Maeon^ si le sujet de VAntigone d'Euripide est le même que celui de Sophocle? 2» N'y a-t-il pas dans les fragments nombre d'allusions, non seulement à l'amour d'Haemon et d'Antigone, mais encore à une naissance illégitime ? {Fr, 160, 166, 167 et surtout 168); 3° 3 vases peints confirment cette opinion.

Mais Huddiiston se heurte à de graves difficultés : i^ Le scol. de Sophocle {ad Antig. 1350) résumant la pièce d'Euripide ne parle pas de Maeon, mais seulement de l'amour mutuel d'Antigone et d'Haemon. 2* Les vases peints commentés par H. ou sont connus et n'apportent pas de renseignements nouveaux {le 3*, fragm. d'amphore apullenne, cf. Jahrh. des InstiL (1889) pi. 7, est indéchiffrable) ; ou même leurs indications contredisent Huddiiston : la grande amphore d'Apulie (S. Reinach, I, iÛO) fait assister Héraklès à la scène, ainsi que le dit Hygin ; or, dans la pièce d'Euripide, Antigone est sauvée non par Héraklès, mais par Dionysos ((tf Tcai AicavTjc, fr. 177). 3" S'il y a en effet parmi les fragments d'assez claires allusions à une naissance illégitime, c'est que peut-être ces fragments proviennent précisément, par une confusion explicable, de la pièce de ce poète postérieur ayant le même nom que celle d'Euripide.

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une étude sérieuse dont le livre de R. Engelmann (Arch. Studien %u den Tragikern, Berlin 1900) a donné le modèle. On voit par exemple sur un vase de TAttique (S. Reinach, I, 4^1, 3) une scène familière où Ériphylé est représentée en train d'allaiter Alkméon : Amphiaraos contemple cette scène. Sur un autre, un vase de Vulci (S. R. I, lao, 3), Amphiaraos prend congé d'Ériphylé, sans aucun air de menace et sans aucun trait qui rappelle le fatal collier. Ces deux scènes ne sont évidemment pas empruntées à Fépopée ; ne pourrait-on pas les rattacher à quelque tragique qui aurait modifié la légende comme Euripide déjà avcdt commencé à altérer la légende d*Antigone ?

Je crois aussi qu'on devrait se garder d'attribuer à Euripide toutes les scènes reproduites sur des vases du iv^ ou du iii^ siècle et étrangères aux pièces de Sophocle et d'Eschyle. Étudiant ce vase décrit dans les Monuments grecs, p. 48 sqq. et dont j ai déjà parlé, M. Pottier n'hésite pas à y reconnaître (p. 5i sqq.) une scène d'Euripide, sous ce prétexte notamment que « parmi les coupes béotiennes ornées de reliefs et d'inscriptions, deux reproduisent déjà des épisodes empruntées à des drames d'Euripide ». Cependant rien n'est moins certain que cette attribution de la scène représentée à V Œdipe d'Euripide (v. p. i57-i58)(i), car aucun fragment ne révèle une concordance, et c'est seulement parla comparaison avec la /il We 66 d'Hygin qu'on peut y retrouver des traces de la pièce d'Euripide (Pottier, op, cit. 5i). Mais précisément Hygin lui-même nous fournit bien moins les versions d'Euripide que celles de ses successeurs.

Rien n'est plus faux en effet que cette idée d'ailleurs très ancienne et très répandue qui fait voir dans les Fables

(1) M. Pottier croit à tort d'ailleurs que la scène se passe à Gorinthe ; c'est à Sicyone. (Cf. Hygin, fr. Niebuhr.) La scène est peut-être empruntée à une pièce d'un poète Sicyonien qui honore sa patrie, comme les trois grands tragiques honoraient Athènes — à Néophron de Sicyone p. ex. (Nauck, 729).

LES EPOPEES THEBAINES ET LIES TRAGIQUES I^l

d'Hygin des résumés d'Euripide. On en cherche des preuves dans des pièces comme Poljyidos, Pleisthénès, Téléphos, Philoktétès, dans le nom du poète deux ou trois fois cité par le mythographe. Je n'ai pas à discuter ici ces pièces et ces citations d'Euripide. Mais une remarque s'impose : chaque fois qu'un document nouveau a permis de se faire une idée plus précise d'un drame d'Euripide, on a dû reconnaître qu'Hygin n'était pas fidèle. Ainsi pour Alkméné, étudiée par Engelmann (op. cit.) et démontrée très différente de Isi fable 29 d'Hygin. Ainsi pour Chrysippos, restitué par Wil. Moell. d'une façon irréfutable quant à l'ensemble (v. page i55), et pas du tout semblable à lai fable 85 d'Hygin.

Mais il y a plus : où Hygin rapporte-t-il les versions diverses d'Euripide dans les Phéniciennes ? Œdipe gémissant sur le cadavre de ses fils, p. exemple, ou Jokaste se tuant près d'eux (i) ? Où nous parle-t-il d'Œdipe aveuglé par les serviteurs de Laîos, comme Euripide le représente dans son Œdipe ? Et n'avons-nous pas vu déjà que la version d'Euripide dans son Antigone n'est pas du tout celle que rapporte Hygin dans ssl fable 72 ?

Au contraire, il est certain que dans cette même fable il suit un poète postérieur à Euripide. De même dans Isl fable a47 il nomme Alphésibée la fille de Phégeus, épouse d'Alkméon, et peut-être Euripide l'appelait-il ainsi (quoique des poètes l'aient appelée Arsinoé, Apd. III, 7, 5, 4), mais certainement c'était le nom que Théodektès, poète tragique postérieur à Euripide, lui donnait. Et enfin tout (2) nous indique, dans la lecture d'Hygin, nombre de mélanges difiiciles à démêler mais certains où Euripide n'est le plus souvent représenté que parce qu'il a sans doute exercé plus d'influence sur la tradition que ses successeurs.

(1) Cependant il la fait survivre à ses fils et se tuer à cause d'eux if. 243).

(2) La preuve se fera d'elle-même dans notre résumé synoptique (pp. 174 sqq.).

IJfï LB8 iPOPBBS THÉBAJNB8 BT LB8 TRAOIQUBS

Pour cette raison, et malgré des interpolations plus tardives, je n'hésiterai guère à attribuer aux poètes tragiques de second ordre, à ceux du iv" siècle et même des siècles suivants, la plupart des fables où Hygin résume les légendes thébaines.

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