‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 6 sur 39 · ORIGINE DE LA. LÉGENDE THEBAINB · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA. LÉGENDE THEBAINB

des chefs. Tout au plus nous sera-t-il permis d'y retrouver çà et là quelques traces de divinités locales héroîsées, et peut-être quelques légendes locales.

L' Œdipodie est à ce point de vue très obscure, en dépit, ou peut-être à cause de toutes les interprétations qu'on en a essayées (i). Que toutefois, les poètes aient résumé, sous les noms de Laîos et d'Œdipe, une suite de désastres essayés par les' Thébains, rien de plus vraisemblable (a). Mais les deux noms ne nous apprennent rien ; qui peut les prouver grecs? qui essayerait encore aujourd'hui de les ai&rmer védiques ? Le plus probable c'est que tout, ou presque tout, f dans cette légende, est « local ». Ainsi la Sphinx n'était sans doute qu'une personnification du mont ^txiov (Se, Her. 33 — Théog, 3a6), ou d'événements terribles dont le mont ^txiov fut le théâtre (et. Wecklein, Die Kykl. Theb., etc., 688); mais peut-être le fond béotien et vrai fut-il défiguré, dès les âges primitifs, par d'anciens mythes phéniciens, et plus tard par des importations égyptiennes (cf. le lion de Némée,

(1) Notamment M. Bréal {Le Mythe d^Œdipe, Paris, 1863) et Wecklein, art. cité, 683 sqq:

L'étymologie la plus vraisemblable est toutefois celle de Kretscbmer {Die griech, Vaseninsckr., p. 191, n. 3) qui rapproche OIS^ttouc, deMeXàpiirouc, et fait de ces deux personnages des héros chtboniens, vivant dans l'intérieur de la Terre, et ayant une queue de serpent en guise de pieds. Pied enflé serait donc comme pied noir, une sorte d'euphémisme. — D'autres circonstances tirées de la légende d'Œdipe renforcent cette hypothèse d'CËdipe, divinité chthonienne. Roschers Lexicon, art. Œdipe (Hôfer), et W. Richter, Der Œdii)usmythus, Schafibausen, 1903, 22.

(2) <( Nous arrivons au règne de Labdakos et de Lalos. Des princes criminels ruinent le pays, ce que le légende exprime par Temblème du

-, Sphinx emprunté également à TOrient. La Thèbes kadméenne sombre dans le sang et Thorreur ; avec les bienfaits d'une civilisation supérieure, les nouveaux venus (Cadmus et ses successeurs) apporti'nt dans le pays des fléaux inconnus, la ruse et la violence, l'immoralité, des crimes inouïs, la guerre et la misère. . . » E. Gurtius (H. gr. I, 106-7.)

Depuis, Beloch a nié la réalité de ces guerres, comme du reste toutes les légendes primitives de la Grèce et même les invasions doriennes. W. Moellen'lorf, pourtant si hardi, ne peut se ranger à l'avis de Beloch (Hermès, XXVI, 241).

ORIGINE DB LA LBGENDB THÉBAINB ^

Théog. 337), Quant à Étéocle et à Polynice, ils personnifient les partis en discorde ; mais de leurs noms on ne peut rien tirer de vraisemblable en ce qui touche à l'origine de la Légende.

De leur côté les Sept (ou ceux que plus tard on appela les Sept) sont pour la plupart des divinités locales métamorphosées en rois ou chefs de diverses cités.

Adrastos (i) est à Torigine un héros sicyonien ; plus tard il fut confisqué par Ai^os, métropole du Péloponnèse, et Ton essaya par diverses légendes d'expliquer comment il avait d'abord régné à Sicyone (Jl., II, 572), quand il avait droit au trône d'Ai^os. Pindare raconte (a) (OZ., IX, i3 sqq. « qu* Adrastos fuyait Amphiaraos au cœur hardi et la sédition terrible, hors d'Argos et de la maison paternelle ; et les fils de Talaos n'étaient plus rois alors, vaincus par la révolte. Mais le héros prudent apaise ces vieilles querelles : comme gage fidèle, il donne à TCEclide Ériphylé, dompteuse des hommes ». Mais cela ne prouve peut-être que mieux son origine sicyonienne, confirmée par le nom de son fils Aegialos (cf. le nom primitif de la Sicyonie chez Hom. //. II, S^B), et de sa fille Aegialeia, épouse de Diomède selon Y Iliade (W^ 4i^)-

L'étymologie de son nom est douteuse. Welcker (D. Ep, C^cL, II, 322) conjecture aBpp;. La plupart font venir le mot de à-BiBpàffxcD, l'inévitable (cf. G. Curtius, Étym, — E. Bethe, Theb. Held., 65); mais il est difficile de définir exactement d'où venait et à quoi s'appliquait ce nom; est-il d'origine grecque ou seulement la traduction grecque d'un nom oriental? Dans un curieux passage de Y Iliade (II, 828 sqq.) nous lisons : « Ceux qui tenaient Adrastée et le dême d'Apaesos. ... Ils étaient commandés par Adrestos et Amphios à la cuirasse de lin, fils de Mérops, de Percoté, qui mieux que tous savait l'avenir et ne voulait pas que ses fils aillent à la guerre tueuse d'hommes ; mais ceux-ci ne lui

(1) Cf. Stoll. Roscher's Lexicon, art. Adrastos,

(2) Cf. Hérodote, V, 67, et Pausanias, II, 6, 6.

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