B ORIGINE DE LA LEGENDE THÉBAINB
obéirent pas, poussés par les Kères de la noire Mort. » — Et ailleurs (II, 8a4 sqq.) : « Ceux qui habitaient Zéléa, au pied même de Tlda, riches et buvant l'eau noire deFAisêpos. . . » Strabon, d'autre part, nous a conservé (XIII, i, 9) ces vers d'Antimaque : a II est une Némésis, puissante déesse à qui les dieux ont confié tous ces soins ; un autel lui fut élevé pour la première fois par Adrestos le long du courant de l' Aisôpos; c'est là qu'elle est honorée et appelée Adrestée. » Or, on sait que selon la légende des Sept, Adrestos habitait auprès de l'Asôpos, en Sicyonie (i). On a droit de rapprocher le mont Apésas voisin de Némée, de ce dème mysien d'Apaesos. De plus, si l'Adrastos argien n'est pas le frère d'Amphiaraos, comme l'Adrastos phrygien l'est d'Amphios, du moins est-il comme lui un Amythaonide (Paus. II, 18, 4)- De ces ressemblances qui ne i>euvent guère être fortuites, on peut conclure avec assez de certitude à l'identité des deux Adrastos. Mais la divinité qui se cache sous ce nom a-t-elle été importée d'Asie en Grèce, au moment des premières migrations, ou plutôt n'a- 1- elle point passé de Grèce en Asie, après l'invasion dorienne du Péloponnèse? Quoi qu'il en soit, Adrastos parait bien avoir été d'abord un dieu chthonien, probablement source ou rivière. Pausanias dit en effet (II, i5, 3) : « (A Némée) une fontaine voisine est appelée Adrastée, soit parce que c'est Adrastos qui l'a découverte, soit pour une autre raison. » Et dans le fragment d'Antimaque cité plus haut, nous avons vu que l'autel d' Adrastée (déesse chthonienne à l'origine) avait été élevé par Adrastos au bord de l'Aisêpos. De plus, les noms de ses enfants désignent des rivières ou des rivages (AlyiaXoç, AlyiàXeia, KuàviTiTcoç). Enfin, comme nous allons le voir, quelques légendes attribuent la naissance d'Aréion, cheval divin d'Adrastos, à Poséidon et à une Érinys. Or, les
(1) La Sicyonie s'appela même Asopie : et c'est peut-être en se souvenant du vers d'Homère qu'lbyJios, le poète lyrique, faisait venir de Phpygie le fleuve Asôpos qui coule à Sicyone (Strabon, VI, 2).