‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 8 sur 39 · ORIGINE DE LA LEGENDE THBBAINE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA LEGENDE THBBAINE

Erinys sont des divinités chthoniennes, ainsi que Poséidon lui-même primitivement (i). De tous ces rapprochements on a droit d'inférer qu'Adrastos est un héros chthonien et posidonien, et que son nom signifie en effet, V inéquitable,

Areiôn est le cheval divin d'Adrastos {Se, Iliade, XXIII, 346). Il est né à Tiiphossa, i)rès du lac Copaïs en Béotie (a), et caractérise évidemment la source Tiiphossa (*Aoéicov xuavoyài- TTjç). Il est fils du couple Poséidon Démêter-Érinys (ou Démêter-Tilpossa, Tiiphossa étant peut-être un dérivé de Delphat, l'hypothétique déesse phénicienne). Or, on sait que Poséidon est le père de plusieurs chevaux personnifiant des sources (Hippocrène, Alkippé, etc.), sources jaillissant de la terre (Démêter). Poséidon, selon la première épopée, le donna à Kopreus, qui le transmit à Héraklés. Ce qui veut dire (xôicpo; = étahle) que Poséidon le tira de ses écuries pour le donner à Héraklés (3), héros béotien. Héraklés s'en servit dans son combat contre Kuknos, fils d'Ares (cf. Scut, Her, 8i sqq.). Ici encore le sens est clair : Kuxvo;, fils d'Ares = Kûxvoç 'Aoeuov ; le mot Aréiôn mal compris a fait croire qu'Aréiôn était le cheval d'Héraklés dans cette lutte. Enfin, Aréiôn fut

(1) Dans le centre du Péloponnèse au moins (cf. Fougères, op. cit., â31).

(2) Une autre légende (Paus. VIII, 25, 10) le fait naître à Thelpousa, en Arcadie. dans les prairies d'Onkos. (<elui-ci le donne à Héraklés pour son expédition en Élide, et Héraclès, à son tour, en gratifie Adrastos. Le sens de cette légende est en somme le même. Mais il est bien clair que la légende est postérieure et date de l'époque où Argos, métropole du Péloponnèse, revendique pour elle tous les héros, hommes ou chevaux (Y. plus haut, Adrastos arraché à Sicyone). Ayant une source à Thelpousa en Arcadie (source qui avait évidemment reçu son nom de quelque émigration béotienne partie des environs de Tiiphossa), les Argiens y font naître Aréiôn. Puis, comme ils ont aussi un Kopreus (Kopreus, fils de Pélops d'Élide, Apd., II, 5, i, 5) qui sur l'ordre d'Eurysthée, fut en relations avec Héraklés, ils estiment que c'est ce Kopreus devenu Argien qui donna Aréiôn à Héraklés. Enfin, rien de plus facile que de faire passer Aréiôn d'Héraclès à leur Adrastos, d'autant que les deux héros se sont illustrés à Némée, dans l'institution des Jeux attribuée tantôt à Héraklés, tantôt à Adrastos. Et de cette manière toute la légende leur appartenait.

(3) Cf. Reinach, Vases peinte, II, 297, 4. Cf. h 399.

lO ORIGINE DE LA. LÉGENDE THEBAINE

donné par Héraklès à Adrastos. G*est c^u'en effet Âréion désigne une source et est fils de Démôter-Ërinys, c'est-à-dii*e Démêter souterraine; or, Adrastos aussi représente une source ou un fleuve ; donc il est fils ou personnification d'une Démêter-Érinys, plus tard revêtue d'un caractère moral et appelée « l'Inévitable ». Et c'est ainsi que pour expliquer la réunion de deux mots, de deux sources on a fait, par un sort très inégal, de l'une un héros, de l'autre le cheval de ce héros, cheval divin, il est vrai, d'un simple mortel.

L'étymologie du mot est inconnue; les uns uns disent 'ApefcDv = fils d'Ares (i). Wilamowitz {Hermès^ XXVI, aaS, note i) croit que primitivement 'Apeiwv = 'Epiwv, fils de l'Érinys. Cette hypothèse ne parait pas séneuse, malgré l'inscription 'Eptwv sur les monnaies de Thelpousa (Imhoof- Blumer, Zeitschr. fur Num, I, X25 sqq.) ; des corruptions orthographiques analogues sont trop fréquentes dans les monuments pour qu'on ose en tirer une étymologie.

Amphiaraos est le grand héros argien, à la fois devin excellent et guerrier indomptable, toujours favorisé des dieux (Pind. OL VI, i, sqq.). Sans lui l'expédition des Sept ne pourrait être entreprise; dès qu'il a disparu, tout est fini.

(1) C'est notamment l'opinion deStoIl (Roscher's Lex, art. Aréiôn). Selon lui le nom d'Aréiôn est un patronymique d'Ârès : il pense donc que le cheval était fils d'Ares et de Déméter-Telphossa-Érinys, qui déjà avait enfanté près de la source Telphossa le dragon d'Ares, et qu'Ares a été dépossédé par le temps au profit de Poséidon Hippios, qui apparaît si souvent uni, surtout en Arcadie, avec Démêter. — Stoll croit donc qu' Aréiôn est né en Arcadie d'Ares. Aréiôn, nous l'avons vu, est sûrement né en Béotie; mais peut-être tire-t-il en effet son nom d'Ares, bien que fils de Poséidon. En effet, parmi les peuples des environs du lac Copals, se trouvaient les Aones thébains qui avaient pour principale divinité féminine Démêter-Telphossa. Pausanias (IX, 5, 1) rapporte en effet qu'ils s'étaient fondus avec les Kadméens; d'où la combinaison de leur Érinys avec la Tilphossa (Delphat) kadméenne. Ces mêmes Aones étaient probablement d'origine thrace (Tûmpel, Ares und Aphr. 58), par conséquent ils adoraient Ares. Trouvant donc sur le sol béotien Démêter, semblable à leur Érinys, unie à Poséidon, ils ont pu, leur Érinys étant unie à Ares, confondre Ares et Poséidon, et donner ainsi le nom d'Aréiôn (filsd'A.) au fils de Poséidon.

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