‹ Les Légions du Rhin et les inscriptions des carrièresChapitre 11 sur 26 · QUATORZIÈME COLONNE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME COLONNE

Ce que Dion Cassius rapporte de l'armée d'Alexandre Sévère est en général très-clair et très-explicite, sauf en ce qui concerne une légion à laquelle il donne le n° XX.

L'auteur , après avoir placé la XX* Valeria Victrix en Bretagne , ajoute qu'il y avait de son temps, dans la Germanie supérieure, une autre XX', vieille légion qui avait été conservée par Auguste après avoir quitté le parti d'Antoine. Or, il est notoire que la Valeria Viclrix, qui fît partie de l'armée du Rhin, de l'an 9 à l'an 43, et qui stationna depuis cette époque en Bretagne, est la seule légion qui ait eu, pendant la durée de l'empire, le numéro XX. Si donc laXX^ légion, qui figure sur les monnaies d'Antoine-, n'a pas été supprimée après Actium, ou si, ayant été supprimée, elle a été réorganisée plus tard, il faut nécessairement l'identifier avec la XX" Valeria Victrix.

Dion a peut-être été induit en erreur par la présence sur le Rhin d'un dé-

' Cf. Hoi-glifisi, Insnrizione di Bitrbuleio; OEuv. comp., t, IV, p. 2o0.

'- H. Cohen, De'icription des monnaies f'rappiies sous l'empire romain, t. I, p. 27.

INTROnUCTlON. 25

lâchement de cette légion qui y serait venu vers le temps de Seplime Sévère. On sait, en effet, que les armées de Germanie et de Bretagne, provinces qui firent plus tard partie de la même préfecture, s'envoyaient réciproquement des contingents pour leurs opérations militaires *.

M. Mommsen'^ dans l'étude de ce passage, propose de remplacer eîxogtoû par Ei-MUToïi )cal fîeuTEpo'j, et admet que l'auteur entendait bien parler de la XXIP Primigeiiia, qui était alors en Germanie, ainsi que le constatent surabondamment les nombreux monuments qu'elle y a élevés du temps même où vivait le consul historien. Mais cette rectification ne rend pas le texte en question complètement satisfaisant, et il faut reconnaître que Dion, qui écrivait au commencement du uf siècle, fait dans tous les cas une confusion. En eflfet, la XXIP Primigeiiia, de Mayence, n'avait été formée que sous Claude ; il ne pouvait donc être question d'elle ni dans l'armée d'Antoine, ni dans celle du second César. S'il y avait bien eî/.ot-oû ml huré^ou, c'est que l'auteur confondait la XXIP Primigema de l'armée de Germanie avec la XXIP DeJQlariana ^ corps qui fut formé à la romaine, dès le temps du premier César, par Dejotarus, satrape de Galatie, qui passa plus tard de l'armée d'Antoine dans celle d'Auguste, et qui, après avoir servi parmi les auxiliaires comme légion galate, fut admis plus tajjd, avec le droit de cité et le n^XXII, parmi les légions romaines.

Aux dix-neuf légions d'Auguste qui existaient encore de son temps, Dion en ajoute quatorze formées sous les autres empereurs.

Dion Cassius ne parle pas seulement des légions du second Cés;ir; il indi-

' La présence de la XX" sur le bas Rhin est atteslce par une terre cuile estampée et par une inscription i Mars Halamardus (n°' 13S6 et tSIU de SIciner), conservées dans des collections en Hollande; le même auteur f.iit connaître, n" 1418, la pierre tombale d'un vétéran delà XX=, rencontrée à Nimègue,et celle d'un légionnaire, n" 1099, à Cologne.Ilserait intéressant d'examiner si ces monuments appartiennent au séjour de toute la légion dans la Germanie inférieure, de l'an 9 ù l'an 43, ou au commencement du m" siècle. Les inscriptions contemporaines d'Auguste sont très-rares sur le Hhin ; c'est, au contraire, le temps d'Alexandre Sévère qui en donne le plus.

* Borghesi, CEuvres, I. IV, p. 2o6, noie.

3 M. Mommscn, dans un autre ouvrage {Monum. Ancyr., p. 47), dit que la XXII° Dejotariana n'es! pas antérieure à l'an 9; dans ce système, sur lequel je reviendrai, Dion aurait eu tort de comprendre ce corps parmi les forces régulières de l'empire en l'an o, et aurait été trompé par le litre de lé^'ion que César lui donnait cinquante ans plus tût. De Bell. Alexandrino, C. 34.

que sommairement que ce prince avait des troupes auxiliaires d'infanterie, de cavalerie et de marine, dont on ne savait plus le nombre, un corps de prétoriens de 10,000 hommes, quatre cohortes urbaines, enfin des cavaliers bataves formant une troupe d'élite'. II cite ensuite les Evocati, anciens soldats de César, qui reprirent les armes pendant la guerre civile ^

Je n'ai donné à Alexandre Sévère que trente-trois légions, d'après l'assertion formelle de son historien ; il est bon cependant de remarquer que les récils de Dion s'arrêtent à l'année 229, pendant laquelle il partagea le consulat avec l'empereur, et qu'Alexandre Sévère, qui a eu de rudes guerres à soutenir, et qui venait de former au moment de sa mort, en 235, une grande armée pour opérer contre les Germains, a pu créer de nouveaux corps après l'année 229; en outre, Capitolin^ dit qu'Alexandre Sévère avait fait Maximin tribun d'une IIIP légion composée de recrues. « Illum tribunum legionis i quartœ, quam ex tironibus ipse composuerat, dédit. » On pourrait donc croire qu'Alexandre a eu plus de trente-trois légions, et que la 1111% où servait Maximin, distincte de la IllI' Scythica et delà llll" Flavia, était l'une des légions portant également le n° IIII, peut-être la IlIP Italica, qui figurent, au V" siècle, dans la Notice des dignités de l'empire; mais il est possible qu'il s'agisse d'une légion ^Reconstituée ou complétée, et non d'un corps de nouvelle formation; d'ailleurs, Capitolin rapporte cette nomination au début du règne d'Alexandre, c'est-à-dire à une époque embrassée par les récits de Dion Cassius *. En résumé la question est douteuse.

COMPAn.USON DES QUATORZE PREMIÈRES COLONNESl

Laissons pour un moment de côté la 15' colonne et la 16% qui appartiennent à une basse époque , et rapprochons les unes des autres les

< Hivot TE ÎTnteï; lit£),sxTOi, ot; to twv Barao'jwv ànà Ttj; BaxaoOa; T?;; èv tw Ptjvio trirso-j ôvo(io, ÔTi ôr, xpàTtoTOt iTnreueiv etcl xeirai. L. Lv, 24.

2 Les Evocati formaient, du temps de Dion, un corps spécial, dont tous les soldais avaient, tomme les centurions des lî'gions, le droit de porter le cep de vigne.

3 In Maœimino, V.

* Quelques critiques modernes ont aussi, à tort suivant Bœcking, donné à Alexandre Sévère une légion Julia Alcxandna, qui aurait fait la trente-quatrième. C. Not. Hig. I. I, S. 2'23.

INTRODUCTION

quatorze premières colonnes. Il résulte de cette comparaison que les légions étaient passées du nombre de vingt-cinq, qu'elles avaient la neuvième année du règne de Tibère, à celui de vingt-sept sous Claude, de vingt-neuf sous Néron, de trente sous Galba. Enfin, elles furent portées au nombre de trente-trois par Septime Sévère ', qui fut dix ans en guerre et qui développa l'organisation militaire de l'empire. Ces nombres s'établissent ou se justifient parla création de dix-sept légions et la suppression de neuf, savoir :

( XV Primiiienia .... ) „

Claude '' . 2

( XXII Pnmigeina. . . . )

Légions créées sous ,

Légions licenciées sous

Néron

Clodius Macer.

1 Italica

I Atljutrix

I Macriana

Galba VII Galbiana, Gemina..

n Adjutrix

IIII Flavia

XVI" Flavia

I ([iliis fard Minervia).

II Trajana

XXX Ulpia

n Italica

III Italica

I Paiiinca

II Paitluca

m Parthica

I Vespasien

Trajan

Marc Aurèle

Septime Sévère.

Galba.

Vespasien . ,

ïrajan. . . .

Marc Aurèle ,

I Macriana . . .

I Gmnanica . .

IIII Macedonica .

XVI Gallica. . .

V Alaiuhv . . .

XV Primigenia .

XXI Rapa.v . . .

IX Hispanica . .

XXII Dejotariana.

' Nous (lirons plus loin, en donnant le second tableau, quelques mots des nombreuses légions créées sous Dioclétien, Constautiu et leurs successeurs.

OriNZIEME COLONNE

La I" Jovia et la II' Herculea ou Herculia avaient été créées, suivant Zosime, par Dioclétien et Maximien. Les Joviani et les HercuUani ont joué un grand rôle dans toutes les guerres du Bas-Empire. Végèce ' prétend que ces corps existaient en Mésie avant Dioclétien et Maximien, et qu'ils avaient reçu leurs surnoms de ces empereurs, en récompense de victoires dues à leur habileté dans le jet de la balle de plomb, glans plumbea. La III' Italica, que j'ai placée dans cette colonne, est citée sans numéro par Vltinéraire d'Antonin; son emplacement à Lauriacum permet de compléter sa désignation. Même observation pour la VII% sans numéro, qui ne peut être que la VIP Gemina.

L'itinéraire '^ place dans son deux cent dix-neuvième tronçon une XillI" légion au lieu de la XIIP; c'est bien cette dernière qui était à Ratiaria.

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