‹ Les législateurs religieuxChapitre 35 sur 113 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

DU MARIAGE ET DES DEVOIRS DU PÈRE DE FAMILLE. (Du repos funéraire),

« L'étude de la sainte Ecriture, des mystères, des cérémonies et des sacrifices doit durer, sous la direction suprême du gourou, neuf ans, dix huit ans ou trente-six ans, suivant le degré d'intelligence ou d'aptitude du brahmatcliari*.

« Après avoir étudié les livres saints dans Tordre établi, en s'arrêtant spécialement sur telle ou telle partie, suivant sa caste, le brahmatchari, le jeune xchatria et le vaysia peuvent entrer dans la catégorie des pères de famille^.

1. Et selon que l'étudiant en théologie veut parvenir au premier, au deuxième ou au troisième degré d'initiation.

2. Ses études du premier degré terminées, l'étudiant entre dans Tordre des grihastas ou pères de famille. Après le don de la gcnisso il peut se marier. Les membres des trois castes sont obligés de prendre ce premier degré d'initiation. Le soudra ne peut j prétendre en aucun cas.

96 MANOTT.

« Connaissant tout ce qui se rapporte aux devoirs, et sachant interpréter la Sainte Ecriture, il peut quitter la maison de son père spirituel, qui, sur le seuil, le couronne de fleurs, appelle la bénédiction des dieux sur sa tête, et lui fait cadeau d'une génisse.

« Le dwidja — deux fois né — doit alors, avec l'assentiment de son gourou, prendre son bâton et son aiguière, et se mettre à la recherche d'une femme de la même caste que lui, qui brille par ses qualités, et qui soit pourvue des signes prescrits.

« 11 ne peut épouser une femme descendant en ligne directe d'un de ses aïeux paternels ou maternels, jusqu'au sixième degré. 11 ne peut avoir aucune union charnelle avec des femmes parentes de son père ou ayant avec lui une origine commune.

« Qu'il évite toute union avec une femme appartenant à une famille qui n'accomplit pas ses devoirs religieux, dans laquelle le nombre des filles est bien plus grand que celui des fils*, qui ignore la sainte Écriture, ou dont les membres sont affligés de difformités, comme la phthisie, la dyspepsie, l'épilepsie, les hémorrhoïdes, la lèpre et l'éléphantiasis.

1. Cette recommandation vient de la crojance que le père de famille ne voit le swarga (ciel) s'ouvrir devant lui que par les prières et les cérémonies accomplies par son fils sur sa tombe. De là la nécessité d'avoir un fils.

moïse MAHOMET. 97

« Il fuira ces familles, quelles que soient leur puissance, leur renommée, leurs richesses.

« Qu'il cherche une femme belle de formes, dont le nom soit agréable à prononcer, qui ait la démarche d'un cygne ou d'un jeune éléphant, la voix douce, dont le corps soit couvert d'un léger duvet, dont les cheveux soient soyeux, les dents petites et régulières, les membres d'une souplesse délicate.

« Une belle femme fait la joie de la maison^ conserve l'amour de son mari et lui donne des enfants bien constitués.

« Qu'il n'épouse pas une fille qui n'a pasdefrère^ ou dont il ne connaît pas le père^.

« Le premier mariage du dwidja ne peut avoir lieu que dans sa propre caste. Si la nécessité l'oblige à une seconde union ^, il peut la choisir dans les castes inférieures.

1. Son premier-né pourrait être malgré lui adopté par son beau -père, pour l'accomplissement des cérémonies funéraires, et, dans ce cas, s'il venait à ne pas avoir un second fils, il serait obligé lui-même d'avoir recours à l'adoption.

2. Ne connaissant pas le père, il ne pourrait comparer sa généalogie à celle de sa femme, et il s'exposerait à épouser une femme qui serait sa parente à un degré prohibé.

3. La nécessité de se procurer uu fils qu'il n'a pu avoir de sa femme légitime.

« En cas de nécessité et pour assurer Taccomplissement des cérémonies funéraires sur sa tombe, le brahme peut contracter une seconde union, avec le consentement de sa première épouse^ avec une femme xchatria ou vaysia.

« Le xchatria avec une femme vaysia ou même soudra, le vaysia avec une soudra. Le soudra n'épouse jamais qu'une soudra.

« Aucune tradition ne fait mention d'un brahme, mêm.e en cas de nécessité, ayant épousé une femme de la caste impure.

« Le brahme qui épouse une soudra est dégradé sur-le-champ, et il rabaisse sa famille à la condition servile*. Il est rejeté parmi les tchandalas ou gens des classes mêlées.

« Des sages, comme Sanaca et Brighou, ont prè-

le « Il est rejeté parmi les tchandalas ou gens des classes mêlées. »

Cette expression de tchandala se rencontre si souvent dans Manou que nous croyons utile de donner quelques explications sur ces gens des classes mêlées et le chemin parcouru par quelques-unes de leurs migrations les plus curieuses, émigrations sur lesquelles nous nous fondons pour donner à la Ghaldéo-Babylonie l'Inde pour ancêtre.

La division du peuple en quatre castes, les brahmos, les xchatrias, les vaysias et les soudras, fit naître dans l'Inde un droit pénal dont nous retrouvons des vestiges chez toutes les nations de l'antiquité et même dans les codes

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tendu que le brahme époiiseur d'une sondra n'était dégradé que par la naissance d'un enfant mâle, mais les éminents richis Atri et Gotama, fils d'Antathya, déclarent que l'union seule suffit.

modernes. Cette forme de pénalité s'appela, dans l'Inde, le rejet de la caste.

A Athènes, le bannissement avec privation de ses droits de citoyen.

A Rome, la diminution de tête.

Dans les codes modernes, la mort civile.

Par le rejet de la caste, l'homme perdait dans l'Inde non- seulement ses droits sociaux, mais encore ses droits naturels. Il n'était plus rien non-seulement pour les gens de son village et de sa caste, mais encore pour sa femme, ses enfants et tous ses parents. Du jour où le rejet de la caste était prononcé, sa succession était ouverte.

On lui interdisait l'eau, le riz et le feu, non qu'il ne conservât le droit de se nourrir, mais il était défendu à qui que ce fût, sous peine de subir la môme flétrissure, de lui fournir aucun de ces objets, d'observer à son égard les droits de rhosj)italité.

Le tuer n'était pas un crime.

La société indoue n'avait pas encore inventé la prison, les tortures, la mort... elle resta stationnaire pendant plusieurs milliers d'années devant ce mystérieux problème de la vie sans oser y toucher, n'admettant d'autre droit pour la société que celui de chasser de son sein celui de ses membres qui refusait de se soumettre à ses lois.

Cette coutume engendra bientôt toute une catégorie d'individus qui reçurent le nom de tchandalm ou gem des classes mêlées.

RIRI »OTWFr.A

« Il est donc prescrit que le brahme qui épouse une soudra, s'il n'en a pas d'enfant, devra, après sa

Les parialis actuels descendent des tchandalas.

Lorsque l'Indou était frappé par un arrêt de rejet de caste, il n'entraînait pas dans sa chute, à moins de complicité, sa femme et ses enfants ; mais si ces derniers voulaient par dévouement le suivre dans sa disgrâce, ils étaient dégradés par ce seul fait et rejetés dans la classe impure, de même tous les enfants qui lui naissaient, soit de sa femme, soit d'unions passagères, appartenaient à la classe des tchandalas.

Cette classe n'avait aucune existence légale. La loi ne reconnaissait pas plus les liens de parenté de ses membres que ceux des animaux ; les malheureux décastés étaient moins protégés même que ces derniers, puisqu'on pouvait les blesser et les mettre à mort impunément.

Gomme toutes les races abandonnées à la vie de nature, les tchandalas se développèrent avec une extraordinaire rapidité. Issus des criminels de toutes les castes, môme des castes brahmes et xchatrias, ils ne tardèrent pas à former un ensemble beaucoup plus intelligent, plus capable que la moyenne des soudras et même des vajsias; peu à peu, ils se réunirent en villages dans les contrées incultes et jugées inhabitables jusqu'alors; ils cultivèrent la terre, élevèrent des troupeaux, et chacun ayant conservé la caste précédemment possédée dans la société qui les avait chassés, ils ne tardèrent pas à former une petite nation, s'élevant à côté de la grande et sur son modèle, et ayant elle aussi ses brahmes, prêtres, ses xchatrias, chefs, ses vaysias, négociants, et ses soudras, cultivateurs. Les plus anciens historiens indous, Vina-Snati et Véda-Vyasa par exemple, leur attribuent V invention de la brique.

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mort, aller se purifier dans le naraca; mais s'il en a une fille, il est dégradé de sa caste.

Les brahmes ne pouvaient accepter cette situation qui devait infailliblement conduire à des luttes séculaires le jour où les tchandalas seraient assez forts pour braver ceux qui les avaient rejetés de leur sein.

La persécution commença.

Un premier édit du brahmatma Yati-Richi défendit à tous les gens des classes mêlées d'habiter dans les villages.

Ils se firent nomades et vécurent avec leurs troupeaux, mais sans s'éloigner du centre commun de ralliement, c'està-dire de leurs fours à briques. Ils continuèrent à se développer et à croître avec une extraordinaire rapidité.

Toutes les provinces de l'Inde avaient leurs tchandalas gouvernés par ceux d'entre eux qui étaient d'origine brahme et xchatria. De plus, quoique parlant des langages différents suivant les latitudes, tous les groupes tchandalas possédaient les mêmes mœurs, les mêmes croyances que les Indous, car les brahmes chassés de leur caste avaient doté les classes mêlées d'un culte et d'une discipline religieuse semblables à ceux des castes régulières. Bientôt ils se hasardèrent à bâtir quelques modestes édifices en terre et pierre sèche, servant de pagodes et d'écoles... Malgré tous les obstacles, malgré la loi civile et religieuse, une nouvelle nation se formait dans la nation.

Le brahme Vamana, le vainqueur de Prithou, homme intelligent autant qu'habile , conseillait à l'artaxchatria Aristanata, dont il avait consolidé le trône par ses victoires, d'admettre tels quels dans les castes tous les groupes tchandalas et de leur restituer les droits dont avaient joui leurs ancêtres. Si cet avis eût prévalu, toutes les persécuïions et les révolutions servîtes qui ensanglantèrent Plnde

« Le brahme doit toujours être assisté de sa femme, dans les sacriiices aux dieux, les offrandes aux pitris, et dans l'accomplissement des devoirs

pendant des siècles eussent été évitées. Mais déjà, à cette époque, la logique, la justice et le sens commun étaient de peu de poids dans les conseils du gouvernement, et l'on ne songea à se défendre des tcliandalas qu'en leur infligeant les plus odieux traitements.

Environ huit mille ans avant notre ère (on m'a souvent reproché avec peu de bonne foi 7nes dales... ai-je besoin de dire que ce sont les dates de la chronologie brahmanique? ai-je tort de les préférer aux dates fantaisistes que l'Europe veut imposer à l'Inde?), l'artaxchatria — grand roi — Pratichta lança contre eux l'édit connu dans l'Inde sous le nom de Arta — l'acte juste, par lequel il leur défendit l'exercice du culte de Brahma et la lecture des Védas.

Voici cet acte que nous avons traduit de l'Avadana-Sastra ou recueil des récits historiques.

« Manou a dit : les tchandalas naissent de l'adultère, de l'inceste et du crime. Ils ne peuvent avoir pour vêtements que les habits des morts, pour plats que des pots brisés, pour parure du fer, pour culte que celui des mauvais génies et qu'ils vaguent sans cesse d'un lieu à un autre.

Les sages ont de tous temps confirmé ces décisions. Il est interdit aux tchandalas de faire aucunes cérémonies funéraires en riionneur des indues des ancêtres^ de se réunir en villages^ d'observer entre eux les différences de castes et d'y attacher des privilèges^ d'offrir les sacrifices et les ablations à Veau et au feu, de faire les ablutions prescrites.

Il leur est interdit de prononcer le nom de Brahma, l'être existant par lui-même, et le mystérieux monosyllabe, de lire, de copier et d'enseigner le Vèda, d'écrire de gauche à droite,

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d'hospitalité. Gomment voudrait-il que les dieux et les mânes acceptassent des oblations^, que les voyageurs de sa caste qui viennent se reposer sous son

qui est le mode réservé aux hommes vertueux des quatre castes et pour la transcription de rÉcriture sacrée.

Pour les actes. entre eux, ou constater les louages de service pour l'enlèvement des immondices et des cadavres en putréfaction, et pour leurs marchés de briques, il leur est interdit d'écrire de la main droite et autrement que de droite à gauche. La main droite est la main pure réservée aux sacrifices aux dieux et aux oblations que les gens des castes reconnues ont seuls le droit d'oifrir. »

« Que cela soit sous peine de mort.

« Telle est la loi. »

Ces distinctions de main droite et de main gauche, et d'écriture de gauche à droite et de droite à gauche, sont encore observées dans toutes les provinces du sud de l'Inde, bien que les castes se soient multipliées à l'infini ; les castes supérieures les ont imposées aux castes inférieures, et un pariah qui voudrait les transgresser aujourd'hui se ferait assommer par les gens de bonne caste. Retenons bien ce fait :

De l'interdiction de la main droite et de récriture de gauche à droite, faite aux gens des classes mêlées par Manou et l'édit de Pratichta.

Rien n'y fit : les tchandalas se bâtissaient des cases de feuillage qu'ils renversaient à la moindre alerte, vivaient et priaient en commun, fabriquaient des ouvrages de poterie et des briques qu'ils allaient vendre aux abords des cités, oar l'entrée leur en était interdite, et le besoin de leur aide était tel pour cet ouvrage pénible, qu'un karana

toit acceptassent une nourriture olferte par une impure soudra?

« Pour le brahme qui s'est uni à une soudra et qui en a eu un fils, il n'est pas d'expiation connue i-ur cette terre.

(bulle, rescrit, ordonnance) du brahmatma Yati-Richi avait déclaré :

« Qu'il était permis de se servir de la brique fabriquée par les hommes des classes mêlées^ car la terre était si pure qu'elle ne pouvait être souillée par l'attouchement des tchandalas. »

(Avadana-Sastra, l''^ partie.)

Enfin ces pauvres proscrits, par tous les moyens dont ils pouvaient disposer, reconstruisaient peu à peu entre eux le pacte social déchiré par leurs ancêtres.

Ils n'avaient pas le droit de posséder la terre, aussi la vente des objets qu'ils manufacturaient, leur vie sobre, leurs économies de plusieurs siècles, finirent par concentrer dans leurs mains une partie de la richesse monnayée de rindoustan. Malgré l'interdiction de l'eau, du riz et du feu qui pesait toujours sur eux, ils parvenaient à se procurer, en secret, le riz, le safran, et tous les objets nécessaires à leur nourriture et à la toilette de leurs femmes. Ils s'étaient rapprochés des villes, aux cases en feuillage avaient succédé des abris en briques construits sur un autre modèle que celui de leurs oppresseurs, pour ne pas exciter leurs persécutions. Insensiblement ils ruinaient les bases légales de leur proscription. En deux mille ans, ils étaient arrivés à former presque le tiers de la nation, et le jour approchait où il allait être nécessaire de compter avec

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« Apprenez maintenant quels sont les différents modes de mariage en usage dans les quatre castes, et que les sages ont reconnus comme bons ou mauvais.

« Ils sont au nombre de huit :

Le mode de Brahma ;

eux, lorsque, sous l'artaxchatria Agastya, la persécution recommença avec de telles rigueurs, qu'en quelques mois ils furent rejetés dans la condition misérable que la loi leur avait primitivement faite.

Les montagnards de l'Himalava ayant, pour la seconde fois, fait irruption dans les plaines de l'Indoustan, et détruit Asgartha, la ville du soleil, Agastya, après avoir été à deux doigts de sa perte, finit par les anéantir, et jugea l'occasion bonne pour s'emparer de toutes les richesses amassées par les tchandalas. Il accusa ces derniers d'avoir favorisé les envahisseurs et rendit coup sur coup une série d'édits qu'il fit exécuter par ses soldats.

Le premier, connu sous le nom de karana-karaya, Tédit d'impôt royal,

« Confisque tout ce qui sera trouvé en possession des tchandalas, par ce motif qu'ils n'avaient pas le droit de rien posséder. »

(Avadana-Sastra^ l'^ partie.)

Le second, appelé karana-kuhanaya, l'édit sur les choses de terre cuite,

« Ordonne que les tchandalas soient désormais employés uniquement aux travaux de briques et de poterie, pour le compte des vaysias dont ils deviennent les esclaves; et que, divisés en escouades, ils soient immédiatement employés à

Celui des dieux inférieurs (dévas); Celui des richis (saints) ; Celui des pradjapatis (créateurs) ; Celui des assouras (génies malfaisants) ; Celui des gandharbas (musiciens célestes);

entourer les villes de murs en briques, à construire des pagodes et des forteresses sans autre salaire que leur nourriture. »

{Avadana-Saslra, 1" partie.)

Le troisième, appelé karana-munkundakaja, l'édit sur les légumes impurs,

« Ordonne que la seule nourriture qu'il sera permis de leur donner consistera en ail et oignons (munkundaka, oignons), les livres sacrés défendent qu'il soit donné aux tchandalas ni grains, ni fruits portant grains, ni feu ni eaux. »

{Avadana-Saslra, 1'"^ partie.)

La même ordonnance porte :

« Qu'ils ne pourront prendre de l'eau pour leur subsistance, ni dans les fleuves, ni dans les sources, ni dans les étangs, mais seulement aux abords des marécages et des abreuvoirs, et dans les trous faits dans la vase par les pas des bestiaux. » (kl.)

Défense fut faite également :

« De laver leur linge et de faire leurs ablutions, l'eau croupie, qui leur était concédée, ne devait être employée qu'à éteindre leur soif. »

Il fut interdit aux femmes soudras d'accoucher les

moïse

^lA II OMET. 107

Celui des rakchasas (géants précipités dans les cieux inférieurs après leur révolte contre Brahma);

Et enfin celui des pisâtchas (vampires).

« Voici quels sont les modes que chaque caste doit adopter, les chances heureuses qui y sont attachées,

femmes tcliandalas, et à ces dernières de s'aider entre elles, etc...

(Avadana-Saslra, V partie.)

On aurait de la peine à ajouter foi à toutes ces horreurs, si l'antiquité de l'Orient n'était pleine de pareils actes.

Tout, comme on le voit, fut combiné de façon à amener le plus rapidement possible l'extinction de cette race, que les moyens ordinaires n'avaient pu empêcher de croître.

Excès de travail au soleil et devant le feu des fours à briques, des légumes crus pour toute nourriture — l'eau bourbeuse pour boisson — défense de procéder à aucuns soins de propreté — interdiction d'aider aux femmes enceintes à se délivrer. Un pareil traitement aurait raison en quelques années de la nation la plus robuste et la plus énergique.

Le premier résultat de ces atroces dispositions que l'Avadana-Sastra signale, fut amené par la défense faite à ces malheureux de procéder à aucune ablution corporelle.

En peu de temps, presque tous ces malheureux furent atteints de plaies purulentes aux parties génitales. Gomme en cet état ils ne pouvaient travailler, Agastya rendit l'ordonnance appelée karana-nistrincaja, l'édit du couteau, par lequel :

« Tout homme et tout enfant mâle en naissant furent

et les qualités bonnes ou noauvaises qui en résultent pour les enfants.

« Il est des sages qui permettent les six premiers mariages aux brahmes et les quatre derniers aux autres castes, moins le mode des géants, interdit aux soudras.

astreints à la circoncision, et toute femme dut subir l'ablation des petites lèvres vaginales... »

(Avadana-Sastra, V^ partie.)

Toutes ces prescriptions, exécutées à la lettre sous Agastya, avaient eu pour résultat, à la mort de ce prince, de diminuer d'une bonne moitié le nombre des tchandalas.

Sous les successeurs de cet homme de fer, les rigueurs se relâchèrent un peu, et les malheureux, quoique plongés dans le plus dur esclavage, purent se procurer une nourriture moins malsaine, et reconstruire leurs primitives cases de branchages.

Nous les retrouvons, environ quatre mille ans avant notre ère, possédant des troupeaux et vivant à peu près tranquilles à condition de ne pas bâtir de maison, de ne pas se réunir en village, et de se soumettre aux prescriptions de Manou.

« La demeure des tchandalas doit être hors des villages ; ils ne peuvent avoir des vases entiers, et ne doivent posséder pour tout bien que des chiens et des ânes.

« Qu'ils aient pour vêtements les habits des morts, pour plats des pots brisés, pour parure du fer. Qu'ils vaguent sans cesse d'un lieu à un autre.

« Qu'aucun homme fidèle à ses devoirs n'ait de rapports avec eux ; ils doivent n'avoir d'affaires qu'entre eux et no se marier qu'entre leurs semblables.

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« D'autres n'accordent aux brahmes que les quatre premiers, aux xchatrias que le mode des géants, aux vaysias celui des musiciens célestes, et aux soudras le plus vil, celui des vampires.

« Le présent code n'accorde au brahme que les quatre premiers modes :

« Que la nourriture qui leur est accordée ne leur soit donnée que sur des tessons, et qu'ils ne circulent pas la nuit dans les villages et les villes.

« Qu'ils n'y entrent de jour que leur besogne, portant les signes prescrits par le roi pour qu'on les reconnaisse. Qu'on les charge de transporter les morts qui ne laissent pas de parents.

« Qu'ils exécutent les sentences de condamnation à mort.... »

Ils étaient devenus exécuteurs des hautes œuvres lorsque, pour ne pas augmenter le nombre des gens des castes mêlées^ la répression pénale par la mort et les tortures avait remplacé le rejet de la caste, qu'on n'avait conservé que pour les crimes religieux d'une gravité exceptionnelle, comme la divulgation des mystères par un initié.

A l'époque des luttes brahmaniques et bouddhistes, environ quatre mille ans avant notre ère, pris entre des ennemis aussi acharnés contre eux les uns que les autres, les tchandalas, au rapport de VAvadana-Sastra :

« Emigrerent en foule par le pays du Sind et d'Aria (Iran) avec leurs troupeaux, route qu'avaient déjà parcourue Harakala et ses guerriers... » Gomme on le voit, c'est le chemin dcl'Euphrate et du Tigre, le chemin de la Chaldée et de la Babylonie,

110 MANOa.

Celui de Brahma; Celui des dévas ; Celui des richis ; Celui des pradjapatis

« Aux xchatrias, que le sixième et le huitième mode :

L'émigration la plus considérable notée par la tradition historique de l'Avadana eut lieu sous la conduite d'Artaxa- Phasical.

Une foule de souverains babyloniens conservèrent cette expression à la suite de leurs noms, signe frappant de leur origine indoue.

Le mot pal en sanscrit signifie chef de tribu, de là le mot pai//, qui prend le sens de tribu, village. La route suivie fut celle du Sind que prirent ensuite toutes les émigrations, ca, dans ces immenses plaines qui s'étendent le long de la mer d'Oman et du golfe Persique, les tchandalas étaient à Tabri, eux et leurs troupeaux, des poursuites de leurs oppresseurs, qui, du reste, ne voyaient peut-être pas sans plaisir le flot des castes servîtes qui menaçait de les envahir se déverser sur des contrées étrangères.

11 est un principe fatal qui préside au développement des nations, et auquel les peuples modernes ne se soustrairont pas plus que leurs ancêtres de 1 antiquité. L'esclavage naît de l'égoïsme humain, dans toute société; le travail du bas voit ses résultats de bien-être profiter surtout au sommet ; les heureux du hasard se liguent pour conserver leur situation, mais il arrive un jour où l'esclave ne veut plus travailler pour le maître... Toutes les émigrations antiques sont nées de là, à part quelques vaincus ambitieux qui, comme Manou-Véna,Hara-Kala etiodha, allèrent coloniser

moïse .MAHOMET. ill

Celui des gandharbas;

Celui des rakchasas.

« Aux vajsias, que le sixième mode :

Celui des gandharbas (musiciens célestes).

« Aux soudras, que le cinquième mode :

Celui des asouras (mauvais génies).

l'Egypte, l'Asie-Mineure, et les contrées du Nord, à la suite de luttes sanglantes. La plupart des tribus tcliandalas et autres qui quittèrent l'Inde furent des émigrations de déshérités, allant chercher d'autres cieux où il leur fut loisible de vivre libres, d'avoir une famille et de posséder.

L'organisation de la société indoue, telle qu'elle résulte des prescriptions de Manou dont nous avons donné la traduction, ne laissait aucune place à l'homme décasté, au tchandala, au pariah; au fur et à mesure que le nombre de ces pauvres gens s'est augmenté, ils sont allés demander un peu d'air, de soleil et de liberté à ces immenses plateaux de l'Asie centrale parsemés d'oasis et de déserts, contrée où ils ne rencontrèrent pas les conditions de la vie qui pouvaient leur permettre de constituer des nations durables et de jouer un grand rôle dans l'histoire de Thumanité.

La nature du sol les força à continuer cette vie nomade qui avait été leur lot dans l'Inde, et ils la continuent aujourd'hui dans le Bélouchistan, les déserts de Karman, le Kurdistan, et en Arabie jusqu'aux rives de l'Euphrate et du Tigre.

La loi du passé est la loi du présent, l'homme obéit aux nécessités de la terre. Nul grand royaume, nulle nation puissante n'eût pu s'établir, ni dans le passé, ni dans le

112 MANOT].

« Si un père, après avoir amplement pourvu sa fille de vêtements et de bijoux, la donne à undwidja versé dans la science des livres saints, vertueux et jouissant d'une bonne réputation, et qui soit de la même caste que lui, ce mariage est dit :

Le mode de Brahma !

présent, dans la contrée comprise entre la mer Caspienne, l'Euphrate, le golfe Persique, la mer d'Oman et l'indus, et aucun peuple n'y jouera dans l'avenir un grand rôle historique, à moins qu'un bouleversement géologique qu'on ne peut prévoir ne vienne changer les oasis rabougries, les steppes et les déserts sans fin de ce pays en terres riches et fertiles.

Regardez toutes ces immenses contrées qui se nomment :

Désert de Karinn,

Désert de Khorassan ou désert Salé,

Désert de Kouhistan,

Désert de Kerman,

Désert de Zerrah,

Désert de Djalk,

Désert de Lora, Désert de Saravan,

Pour ne nommer que les plus importants, et dites-nous s'il n'est pas absurde, à tous les points de vue ethnographiques, de faire vivre là des civilisations puissantes, ancêtres des Ghaldéo-Babyloniens et de tous les peuples que la science officielle appelle les Sémites.

Vous avez fait de la science avec la Bible et vous ne voulez pas en démordre, mais vos inventions sont aussi surannées que les livres sacrés du judaïsme, l'histoire des familles humaines qui se rattachent à la race blanche veut, aujourd'hui, autre chose que les conceptions de ca-

moïse MAHOMET. 113

« liOrsque le brahme prêtre offre le sacrifice du sarvaméda, et qu'un père, s'approchant pendant la cérémonie, consacre sa fille à celui quiofiicie, ce mariage est dit, par les sages :

Le mode des dévas !

binet, et des compilations approuvées par la Rome orthodoxe...

Les émigrations des déshérités, des tchandalas indou?, apportant dans ces contrées leurs langues différentes par tribus, leurs croyances religieuses uniques, leurs habitudes d'écriture de droite à gauche, la circoncision imposée qui avait fini par passer dans les mœurs, leurs habitudes nomades, leurs connaissances des travaux de briques et de poteries... voilà la véritable source des nations dites sémitiques qui se sont développées dans la mesure du possible sur les plateaux de l'Asie centrale et les rives de l'Euphrate et du Tigre.

Quant à toutes ces grandes luttes assyriennes et babyloniennes, exagérées par cette tradition orientale qui ne connaît pas de bornes sur le terrain de l'emphatique épopée, ce ne fiîrent que des guerres de tribus se disputant les bords plus favorisés de l'Euphrate, et la possession des camps retranchés de Ninive et de Babylone, qui donnaient la suprématie passagère à la peuplade qui les possédait.

Ainsi également toutes ces guerres interminables entre Athènes, Sparte, Gorinthe, Mégare, etc., ne furent que des disputes de village.

Voilà la vérité historique.

Il est temps de voir juste à travers toutes ces exagérations antiques, immortalisant des révolutions de bourgade, et livrant à l'admiration de la postérité des hommes qui,

« Lorsqu'un père accorde sa fille suivant les règles prescrites, à un homme qui lui a fait présent d'un ou de plusieurs couples de taureaux pour les sacrifices religieux, ce mode est dit :

Le mode des richis !

comme Alcibiacl6, l'équivoque ami du savetier Socrate, faisaient couper la queue à leur chien pour amuser la foule...

Il faudra faire la réduction de tout cela, et tout en gardant une admiration raisonnée pour le développement artistique et littéraire, qui procédait de l'Inde et s'est continué sur le sol de la Grèce, ramener une foule de petits hommes et de petits faits à une taille quePlutarqueet consorts ont par trop exagérée.

Aucun des peuples de l'antiquité ne s'est développé isolément et en un jour, et tout dans le domaine artistique, littéraire, philosophique et scientifique, doit être, comme les anneaux d'une chaîne, rattaché au berceau commun. De môme que nous avons aujourd'hui sur toutes matières un fond commun de conceptions européennes^ de même l'antiquité eut un fond commun de conceptions indo-asiatiques.

Les prétendus Sémites, eux-mêmes, furent si bien des esclaves tchandalas émigrés qu'ils ne purent jamais s'élever au-dessus des conceptions vulgaires qu'ils avaient emportées de la mère-patrie. Les tchandalas ignorants n'avaient guère vu dans le culte indou que les manifestations extérieures abandonnées à la plèbe, rien dans ce que nous ont laissé les Chaldéens, leurs descendants, ne prouve que sur le terrain religieux ils se soient élevés aux croyances philosophiques et spirituelles des brahmes. M. Lcnormand lui-même va nous en donner une preuve en même temps

moïse — MAHOMET. 115

« Lorsqu'un père accomplit les cérémonies d'usage, en (lisant aux deux nouveaux époux : « Vous êtes unis; allez et pratiquez les devoirs prescrits, » ce mariage est dit :

Le mode des pradjapatis (les créateurs) !

qu'il constate, peut-être sans s'en douter, la filiation indoue des Ghaldéens.

L'éminent assjriologue, citant la description suivante de l'écrivain anglais M. J. Roberts, du caractère superstieux des basses castes indoues, l'applique également aux Ghaldéens.

« Le peuple indou a affaire à tant de démons, de dieux et de demi-dieux, qu'il vit dans une crainte perpétuelle de leur pouvoir. Il n'y a pas un hameau qui n'ait un arbre ou quelque place secrète regardée comme la demeure des mauvais esprits. La nuit, la terreur de l'Indou redouble, et ce n'est que par la plus pressante nécessité qu'il peut se résoudre, après le coucher du soleil, à sortir de sa demeure. A-t-il été contraint de le faire, il ne s'avance qu'avec la plus extrême circonspection et l'oreille au guet. Il répète des incantations, il touche des amulettes, il marmotte à tout instant des prières, et porte à la main un tison pour écarter ses invisibles ennemis. A-t-il entendu le moindre bruit, l'agitation d'une feuille, le grognement de quelque animal, il se croit perdu; il s'imagine qu'un démon le poursuit, et dans le but de surmonter son effroi il se met à chanter, à parler à haute voix; il se hâte et ne respire librement qu'après qu'il a gagné quelque lieu de sûreté. »

Ce tableau est des plus fidèles. Nous avons été à même

« Si le prétendu reçoit la femme qu'il a choisie en raison des cadeaux et des présents qu'il a faits aux parents, ce mode est dit :

Le mode des asouras t

de le constater pendant les longues années que nous avons habité l'Inde.

Il ne nous est pas arrivé une seule fois de faire une excursion de nuit, sans que les Indous que nous rencontrions sur une route déserte, ne se missent à suivre notre voiture au pas de course, en s'appuyant sur un point quelconque du véhicule, pour diminuer par la compagnie les terreurs de la route.

Lorsque nous les interrogions, ils nous répondaient à voix basse et en tremblant, que la nuit, les esprits des eaux, des forêts et de l'air venaienttourmenter les hommes pour obtenir d'eux des cérémonies de purification funéraires.

A propos de la description de l'auteur anglais, M. Lenormand s'exprime ainsi :

« Cette description des Indous modernes s'applique trait pour trait aux ancie7is Ghaldéens, et peut donner une idée de l'état de terreur superstitieuse où les maintenaient constamment les cro^^ances que nous venons d'esquisser. Contre les démons et les mauvaises influences de tout genre dont ils s'imaginaient être entourés à chaque moment de leur existence, quels étaient les secours que leur oifrait la magie sacrée, etc. ?... »

Les inscriptions laissées parles Chaldéens ne permettent de relever que les plus grossières superstitions; la ressemblance des mœurs de ces peuples avec les mœurs du bas peuple dans l'Inde, que M. Lenormand constate, est une

moïse — MAHOMET. 117

« Quand runion d'un jeune homme et d'une jeune fille est le fruit d'un choix mutuel, cette union^ née de Tamour et qui a pour but l'amour, est dite :

Le mode des musiciens célestes î

preuve de plus en faveur du système que nous avons exposé.

Nous ne ferons à l'éminent assyriologue qu'une légère querelle.

Pourquoi dit-il :

Cette description des Indous modernes s'applique trait pour trait aux anciens Ghaldéens? Par cette opposition des mots modernes appliqués aux Indous, et à'anciens appliqués aux Ghaldéens, voudrait-il, sans oser le dire, laisser supposer au lecteur que les Indous auraient pris ces coutumes des Ghaldéens? M. Lenormand, bien qu'il ait inventé les Accadiens pour repousser l'influence indoue à l'égard de la Ghaldéo-Babylonie, n'a certainement pas eu l'intention de dicter un pareil anachronisme... Mais comme il pourrait se faire que ces oppositions de mots — modernes et anciens — pussent faire naître cette opinion, nous dirons que cette croyance aux esprits et la science des incantations et des exorcismes forment le fond de la théologie vulgaire des Indous, et que les Védas, Manou et les Pouranas, et tous les ouvrages religieux de l'Inde ancienne sans exception, témoignent hautement de ces croyances. Qu'on nous permette de ne pas mettre notre bien mince autorité dans la balance avec celle de M. Lenormand, et de nous adresser à l'illustre William Jones, et à Loiseleur-Deslongchamps, son traducteur. Ges deux indianistes, dans une note sur Manou, à propos des vampires et des rakchasas ou esprits mauvais, s'expriment ainsi :

il8 MÀNOU.

« Quand on enlève de la maison de son père une

« Les rakchasas sont des génies malfaisants qui sont de plusieurs sortes ;

« Les uns sont de grands ennemis des dieux, comme Ravana, dans le poëme épique de Ramayana ; les autres sont des espèces d'ogres et de vampires avides de chair humaine, hantant les forêts et les cimetières, comme Flidimbha dans le curieux épisode du Mahabharata publié par M. Rapp. Les rakchasas viennent sans cesse troubler les sacrifices des pieux ermites qui sont forcés d'appeler à leur secours des princes célèbres par leur valeur. Ainsi dans le Ramayana, liv. P"", le mouni Viswamitra vient réclamer l'assistance de Rama, fils du roi Dasaratha, et dans le drame de Sacountala, les ermites appellent à leur secours le roi Douchmanta. Le nombre des rakchasas est incalculable et ne cesse de se renouveler, les âmes criminelles étant souvent condamnées à entrer dans le corps d'un rakchasa et à y être logées plus ou moins longtemps, selon la gravité de leur faute. »

Nous pensons que le mot de modernes^ appliqué à ces coutumes indoues, n'était pas dans la pensée de M. Lenormand, sans cela il serait obligé d'adresser la même épithète à Manou, aux Védas, au Ramayana, au Mahabharata, etc., c'est-à-dire à tous les monuments écrits les plus anciens de la pensée humaine.

En présence de toutes ces preuves, il n'est pas contestable que cette foule mêlée dont parle Eschyle, cette multitude d'hommes de diverses nations, parlant des langages difî'érents, et unis cependant par les mêmes mœurs et les mêmes cro^'ances religieuses, qui, selon le chaldéen Bérose, vinrent coloniser la Ghaldéo-Babylonie, ne soient partis

moïse — MAHOMET. 119

jeune fille qui résiste, qui appelle à son secours; que

de l'Inde aux époques signalées par les traditions de l'Avadana-Sastra.

Ghaldéens, Assyriens, Babyloniens, Syriens, Phéniciens et Arabes doivent donc leur origine aux différentes tribus de tchandalas qui émigrèrent de l'Indoùstan à des époques différentes, pendant les longues et sanglantes luttes des brahmes et des bouddhistes.

A leur tour, les Hébreux furent le produit d'une émigration chaldéenne.

L'Egypte fut la seule de ces contrées qui fut colonisée par les castes élevées de l'Indoùstan, aussi son état social, ses croyances, son culte, ses traditions furent-ils de simples reproductions, des copies des usages de la mère-patrie. Mômes influences sacerdotales, mêmes divisions de castes, même impossibilité d'en sortir, même droit pénal qai, comme dans l'Inde, produisait cette foule de décastés et de mêmes peuples qui, ainsi que le constate la Bible, s'enfuirent de l'Egypte avec les Hébreux.

Et c'est ainsi que nous repoussons, même à titre de classification, toute conception touranienne et sémitique, pour n'admettre qu'une seule conception, la conception indoue qui fut le résumé de toutes les traditions antédiluviennes et que nous appelons pour les contrées occidentales ;

Traditions indo-européennes ;

Et pour les contrées orientales :

Traditions indo-asiatiques.

L'Occident fut peuplé par des émigrations de guerriers, ce qui fait, pour nous servir d'une expression de Manou, d'un usage encore général dans l'Inde, que nous sommes des gens de main droite, c'est-à-dire issus des hautes castes, et ayant le droit de nous servir de la main droite réSv'^rvée

l'on brise la clôture^ et que l'on tue ou blesse ceux qui s'y opposent, le mariage est dit :

Le mode des géants t ^

aux sacrifices, pour manger et écrire de gauche à droite dans le sens de récriture des livres sacrés.

L'Orient fut peuplé par les tchandalas, gens sans caste et dits de 7nain gauche, et comme tels soumis à la circoncision, à tous les travaux des castes serviles et à l'obligation de travailler, de manger et d'accomplir la plupart des actes de la vie de la main gauche.

Sur le terrain ethnographique les plus petits faits ont souvent une importance considérable. Nous croyons qu'il n'est pas inutile de remarquer, qu'encore aujourd'hui les populations européennes ont conservé la main droite comme agent principal de tout travail, tandis que tous les prétendus Sémites se servent de la main gauche.

Les habitudes de l'esclavage, de l'isolement, la privation des femmes souvent imposée aux tchandalas pour arrêter le développement de la race, avaient fait naître chez eux des vices contre nature que Sodome et Gomorrhe n'eurent pas seules en partage, car tous les peuples dits sémitiques en furent et en sont encore infectés.

Ces ignobles et dégradantes coutumes sont considérées avec horreur dans l'Inde comme des vices depariahs, et on n'a pu les remarquer chez les nations européennes qu'à titre d'exception.

Tout concourt donc, les grandes lignes comme les points de détails les plus infimes, à donner à ce système force de loi historique î

1. Continuons ces curieux rapprochements à l'aide desquels l'avenir écrira l'histoire du passé, lorsque les biblio-

« Lorsqu'on s'empare d'une femme après l'avoir endormie, à l'aide d'une liqueur préparée à cet effet, ou par le pouvoir du fluide pur, — agasa — ou quand sa raison est égarée, ce mariage détestable est dit :

Le mode des vampires !

« Le mode des mauvais génies et celui des vampires ne doivent jamais être employés par les hommes vertueux des trois premières castes.

« Que le brahme s'en tienne au mode de Brahma, et le xchatria à celui des géants !

thèques des pagodes de l'Inde n'auront plus de secrets pour nous.

Manou nous indique que ce mode de mariage était spécialement celui des xchatrias, c'est-à-dire des guerriers.

Une pareille coutume existe également dans toute l'Océanie : les guerriers partent en pirogues et vont enlever dans les îles voisines les jeunes filles dont ils veulent faire leurs épouses.

A Sumatra, chez les Battas, peuplade guerrière, un homme est déshonoré s'il n'enlève pas, le fer à la main, au milieu de sa famille, la femme qu'il veut épouser.

Le Kalévala, épopée des Finnois, offre de nombreux exemples d'une semblable coutume.

Voici un extrait que nous empruntons à la belle traduction de AI. Léouzon-le-Duc ;

« Lemmikaïnen était parti à la recherche d'une épouse...

« Une vierge, une belle vierge qu'aucun prétendant n'avait pu fléchir, qu'aucun homme n'avait pu charmer,

« Le mariage d'un brahme doit toujours être accompagné de libations d'eau à Swayambhouva , l'être existant par lui-même, à Nari, la mère immortelle, à Sourya, le dieu du feu, aux trois Mondes et aux quatre Eléments.

« Dans les autres castes, les mariages s'accomplissent suivant les usages reçus et la volonté du père de famille.

« Sachez de moi maintenant, ô brahmes qui m'é-

lui résista; c'était la belle Kylliki, la gracieuse fleur de Soari.

« Le jojeux Lemmikaïnen, le beau Kankomiali usa cent x^aires de chaussures, cent paires de rames, à courir après elle, à chercher à la captiver.

« La belle Kylliki lui dit : Pourquoi restes-tu, misérable, pourquoi, vilain oiseau, rôdes-tu dans cette île, t'enquérant des jeunes filles, épiant les ceintures d'étain? je ne serai libre que lorsque j'aurai usé le mortier à piler le grain, que lorsque j'aurai usé le pilon hors de service.

« Que m'importent les folles cervelles et les libertins turbulents? Je veux pour époux un homme comme moi, sérieux et digne, je veux, pour ma fière beauté, une beauté plus fière encore, je veux, pour ma noble taille, une taille encore plus noble.

« Un peu do temps s'écoula, un demi-mois à peine, et voilà qu'un jour, un beau soir, les jeunes filles de Soari folâtraient et ckmsaient joyeusement sur la lisière d'une forêt, au milieu des bruyères fleuries, Kylliki était à leur téie comme la plus illustre et la plus belle.

coûtez, quelles sont les qualités que Manou lui-même a assignées à ces différents mariages.

« Le fils né d'une union accomplie selon le modo de Brahma, par une vie honnête et des pratiques pieuses, délivre du péché et de V enfer dix de ses ancêtres paternels ou maternels, dix de ses descendants et lui-même.

« Tout à coup Lemmikaïnen vint les surprendre ; il était dans son traîneau attelé de son fougueux étalon ; il enleva K jUiki et la força de se placer à côté de lui sur son tapis d'éclisses.

« Puis il fit claquer son fouet, il en frappa les flancs du coursier, et partant aussitôt, il dit : Gardez-vous bien, ô jeunes filles, de jamais me trahir; gardez-vous bien de dire que je suis venu ici- et que j'ai enlevé la belle vierge.

« S'il vous arrivait de le raconter, un grand malheur fondrait sur vous, je provoquerais vos fiancés au combat, je précipiterais les jeunes hommes sous les coups du glaive, et je les ensorcellerais de telle sorte que vous ne les verriez, que vous ne les entendriez plus, ni durant les jours, ni durant les mois de cette vie terrestre, se promener sur ces routes fleuries, fouler aux pieds ces bois défrichés par le feu... »

Cet enlèvement fut la cause de luttes interminables, et les guerriers du Kalévala semblent n'avoir d'autres occupations que celles d'enlever les jeunes filles des peuplades rivales.

Le traducteur, relevant cette singulière coutume, dont il semble lie pas trouver l'explication dans le poème, s'exprime ainsi :

« Un trait que je relèverai dès maintenant, parce qu'il

124 M AN ou.

« Celui qui est né d'une union contractée selon le mode des dieux, sauve du naraca — enfer — sept de ses ancêtres, sept de ses descendants et lui-même.

« Celui qui doit le jour à un mariage célébré selon le mode des richis (saints) en sauve cinq dans la ligne ascendante et cinq dans la ligne descendante et lui-même.

suffirait à lui seul pour établir le fondement historique du poëme finnois, c'est la recherche en mariage des filles de Pohja par les héros de Kalévala. Gomment expliquer une telle recherche entre deux parties animées l'une contre l'autre d'une hostilité aussi flagrante ?

« Le savant Gastren nous apprend qu'elle avait sa raison d'être dans une institution commune à tous les peuples de race finnoise. En effet, ces peuples formaient jadis plusieurs tribus divisées par un antagonisme fécond en luttes sans cesse renaissantes. Or il était interdit aux hommes de prendre leurs femmes dans celle à laquelle ils appartenaient. De là, par conséquent, ces aventures, ces violences, ces épreuves étranges qui préludaient chez les Finnois à la conclusion des mariages, et dont les 7'unot — chants — ont perpétué le souvenir.

« Les chants héroïques des Ostiaks, des Samoïèdes et des Tatars, etc., roulent aussi la plupart sur ce sujet ; et encore aujourd'hui, parmi les peuplades d'origine finnoise de la Sibérie, l'usage d'enlever la jeune fille que l'on veut épouser est généralement répandu.

« Il est donc démontré que les héros du Kalévala vivaient sous l'empire de l'institution dont il s'agit : autrement n'eussent-ils pas choisi leurs femmes dans leur propre tribu, de préférence à cette région de Pohja qu'ils

moïse — MAHOMET. 125

« Celui qui provient de l'union accomplie selon le mode des créateurs, en sauve trois dans chacune des branches et lui-même.

avaient en horreur? Cet accord de tous les peuples finnois et d'un grand nombre de ceux qui leur sont unis même par une affinité éloignée sur un fait aussi capital, nous fournit un indice certain de la haute antiquité du Kalévala. »

La question que M; Léouzon-le-Duc a posée : Gomment expliquer la recherche des filles de Pohja par les héros de Kalévala, alors que les deux tribus éprouvaient l'une pour l'autre la haine la plus vigoureuse ?... n'est résolue ni par les explications qu'il donne, ni par celles qu'il emprunte au savant Gastren.

Gastren résolut la question par la question, un peu à la manière du médecin de Molière qui trouve qu'une fille est muette parce qu'elle ne peut pas parler...

Pourquoi les fils de Kalévala enlevaient-ils les filles de Pohja? dit M. Léouzon-le-Duc.

Parce que c'était une institution commune aux peuples de race finnoise, répond Gastren...

Tout le poënie du Kalévala constate que c'était une institution des Finnois, puisque la majeure partie de cet ouvrage est consacrée à chanter ces enlèvements. Nous n'avons donc pas besoin qu'on vienne nous dire assez naïvemenl que les Finnois enlevaient les filles des tribus rivales, parce que c'était une coutume de la race finnoise... ce que le traducteur du Kalévala recherche, ce qu'il nous importe de connaître, c'est le pourquoi de la coutume, c'est Vorigine même de Finstitution.

Nous avons vu que les mœurs finnoises ne sont pas les seules à présenter de pareilles singularités. La plupart des

« De ces quatre mariages, naissent des hommes vertueux, renommés par leur science des livres sacrés^ la pureté de leurs mœurs, et l'estime dont ils jouissent pendant toute leur vie.

peuples de l'antiquité et des tribus de l'Océanie ont possédé et possèdent encore des coutumes identiques. 11 est donc logique d'assigner à ces coutumes une origine commune.

Les Finnois, comme tous les peuples de l'Occident qui furent en possession de ces usages, sont des Indo- Européens.

Les Océano-Polynésiens et les Battas de Sumatra, dont les mœurs et les croyances religieuses sont des copies serviles de celles de l'Inde, sont incontestablement des Asiatiques séparés du foyer commun par les derniers diluviums.

Il faut donc remonter jusqu'à la coutume indoue pour avdir l'explication que nous cherchons :

« Lorsqu'on enlève, dit Manou dans le texte qui nous occupe, de la maison de son père, une jeune fille qui résiste, qui appelle à son secours; que l'on brise la clôture, et que l'on blesse ceux qui s'y opposent, ce mariage est dit : le mode des géants, » — c'est-à-dire de la caste royale et des guerriers.

Le brahme Gollouca-Batta, que William Jones, le grand indianiste anglais, a illustré, le commentateur de Manou le plus renommé dans l'Inde, s'exprime ainsi sur ce sloca:

« Primitivement les xchatrias — ou guerriers de la caste royale — se glorifiaient de n^accepter pour femmes que les princesses que, par leur valeur, ils avaient faites

moïse — MAHOMET. 127

« Ils dépassent leur dixième décade (cent ans), ces hommes doués des meilleures qualités ; ils sont aimés

captives à la guerre. Un jeune xchatria qui à seize ans n'avait pas encore trouvé l'occasion d'enlever quelque belle fille célèbre par sa beauté, son origine, ses richesses, en combattant ceux qui cherchaient à s'y opposer, n'était pas considéré comme parvenu à l'âge viril. Plus tard, quand les différentes peuplades de l'Indoustan se réunirent, se disciplinèrent sous la domination des brahmes, les querelles intestines s'apaisèrent, mais les xchatrias conservèrent au nombre de leurs privilèges le droit d'enlever, même par la force, les jeunes filles dont ils voulaient faire leurs épouses. C'est ce que Manou appelle le mode des géants ou des guerriers. Peu à peu, avec le relâchement des mœurs et l'augmentation de la puissance royale, les xchatrias prirent l'habitude d'en user ainsi même pour se procurer des concubines... »

CoUouca-BaUa.

(Commentaire sur Manou.)

L'enlèvement des Sabines par les guerriers de Romulus ne fut également que le résultat de mœurs identiques, communes aux tribus du Latium. On ne trouvera rien d'hypothétique à cette opinion si l'on veut bien se souvenir que l'Italie a été colonisée par des peuplades asiatiques, et que le latin est un des dérivés les plus directs et les plus purs du sanscrit.

L'importance de cette preuve est extrême, car les études ethnographiques ont établi que les populations qui émigrent modifient beaucoup plus vite leur langue que leurs usages.

Chez les nations civilisées qui s'appliquent à fixer leur

des dieux, qui voient en eux le sommet des transformations humaines ^

« Les quatre derniers mariages ne produisent que des fils dissipés, querelleurs, menteurs, qui ignorent la sainte Écriture et les devoirs qu'elle prescrit.

« Des mariages honnêtes et recommandables, naissent des enfants recommandables et honnêtes ; mais les mauvais mariages ne voient qu^une postérité méprisable.

« La cérémonie de l'union des mains par les deux anneaux soudés que l'on brise ^ n'a lieu que quand les deux éponx appartiennent à la même caste ; pour les autres cas, la règle suivante est imposée.

parler^ les modifications du langage marchent également avec une singulière rapidité. En France le peuple ne comprend déjà plus Rabelais, dans un siècle il ne comprendra plus Molière...

La coutume chez les peuples anciens, signe de patrie, de famille et de croyance religieuse, résistait aux conquêtes, aux invasions, aux émigrations les plus lointaines.

Le droit de jambage exercé au moyen âge parles bandits féodaux, qui s'attribuaient l'homme et la terre par la conquête, fut un souvenir des usages des ancêtres indous et des privilèges de la caste des xchatrias ou des chefs,

Voilà ce que nous dit un texte de Manou !

1 . Ils ont fini leurs transmigrations et n'ont plus à craindre une renaissance terrestre.

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