MANIFESTATIONS ÉPILEPTIQUES
Les phénomènes d'ordre épileptique consécutifs aux blessures de la zone sensitivo-motrice du cortex sont fréquents et revêtent des formes cliniques très variées.
Nous avons déjà parlé des contractures et des crises convulsives localisées, ou plus rarement généralisées qui s’observent dans les premières heures ou les premiers jours qui suivent la blessure et qui sont dues la plupart du temps à la présence d’esquilles osseuses intracérébrales ou à des compressions par hématomes.
Ces manifestations pathologiques du début cèdent souvent aux interventions chirurgicales qui suppriment ces causes irritatives. | ù
Dans la majorité des cas, les phénomènes épileptiques apparaissent bien plus tard, plusieurs mois, voire même un an et plus après la blessure.
Les crises'comitiales typiques, analogues à l’épilepsie essentielle, peuvent se voir dans les débuts, mais elles se rencontrent principalement à l’occasion de certaines complications infectieuses graves, très souvent mortelles, comme l'abcès cérébral ou l’encépha-
lite. Elles revêtent alors la forme de mal comitial et sont subintrantes.
En dehors de ces épisodes aigus, graves, les crises comitiales ont toujours un début jacksonien.
Les crises épileptiques jacksoniennes sont de beaucoup les plus fréquentes. En dehors des formes cliniques dont la nature épileptique est hors de doute, on observe chez certains blessés des phénomènes moteurs et sensilifs que nous croyons pouvoir rapprocher des manifestations jacksoniennes. ;
Ces phénomènes se rencontrent soit chez certains épileptiques jacksoniens typiques, à titre d’équivalents, de petit mal; soit chez d’autres blessés exempts de crises vraiment comitiales.
L’épilepsie jacksonienne du type classique est celle que l’on observe le plus fréquemment.
Cette forme commune devrait être appelée sensilivo-motrice, car les sensations d’engourdissement, d'électrisation, de brülure que les blessés accusent ne sont ni moins fréquentes, ni moins caractéristiques que les mouvements cloniques qui les accompagnent ou leur succèdent.
Ces phénomènes débutent et se localisent généralement dans les endroits du corps qui sont, ou ont été affectés d’un déficit moteur ou sensitif.
Dans les cas de monoplégie brachiale, les sensations pathologiques et les mouvements cloniques débutent par la main, souvent par le pouce ou l'index, mais très souvent aussi par les 2 ou 3 derniers doigts, selon que les troubles moteurs et sensitifs prédominent dans le côté externe ou interne de la main,
Chez les blessés craniens ayant une monoplégie faciale prédominante, le début se fait souvent par la face : torsion de la commissure buccale, brûlure ou électrisation dans la mâchoire ou dans le menton.
Ceux qui ont eu des troubles dysarthriques de quelque importance, ressentent tout d’abord une sorte de torsion, de trémulation dans la langue, avec striction des muscles du pharynx.
L’embarras de la parole dans ces cas, dure assez longtemps après la crise.
La déviation conjuguée de la tête et des Jeux, fréquente au cours de toutes les crises jacksoniennes, peut constituer le mode de début de l’accès, notamment chez les monoplégiques faciaux, dont la paralysie a été précédée, lors de la blessure, d’une déviation conjuguée de ce genre.
Le début crural de l’épilepsie jacksonienne est plus rare.
A ce propos, nous devons signaler que nous n’avons jamais eu l’occasion d’observer de phénomènes épileptiques au cours des paraplégies corticales par lésion du vertex. Ce fait n’est peut-être qu’une simple coïncidence.
Par contre les manifestations jacksoniennes, nous ont paru singulièrement fréquentes au cours des monoplégies faciales pures ou associées aux monoplégies brachiales.
L'étude attentive des commémoratifs meten valeur certaines particularités intéressantes à connaître.
Dans les cas où l’accès épileptique débute à la face et passe au bras, ou bien lorsque la vague comitiale
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gagne la tête après avoir parcouru le membre supérieur, la perte de connaissance semble être la conséquence des troubles de la respiration dus à une contraction spasmodique’ ou à une striction des muscles du pharynx et probablement aussi du larynx.
Ce fait nous semble confirmer les notions déjà classiques de la situation des centres moteurs du pharynx et du larynx, des mouvements conjugués des yeux et de la tête, au voisinage immédiat des centres des muscles de la face et non loin de ceux du membre supérieur.
Lorsque la vague comitiale, après avoir débuté au bras, se propage au membre inférieur, la perte de connaissance est précédée souvent d’une angoisse respiratoire qui semble être due au spasme des muscles respiratoires inférieurs tels que le diaphragme, les muscles du thorax. En même temps le blessé éprouve une impression de gonflement, d'augmentation de volume de l’hémithorax correspondant.
Il semblerait, d’après l’ordre de succession de ces phénomènes convulsifs,que les centres corticaux des muscles du tronc se trouvent situés entre ceux du membre brachial et ceux du membre crural.
Épilepsie jacksonienne purement motrice.
De l’épilepsie jacksonienne sensilivo-motrice, classique, typique, nous devons rapprocher certaines manifestations d'ordre purement moteur et dont le
caractère comitial paraît très vraisemblable.
Bénisti 13
Entre ces phénomènes moteurs pathologiques et les vraies cerises jacksoniennes, nous trouvons des formes de transition, d’une fréquence incontestable ; tels sont les mouvements convulsifs occupant un membre (le plus souvent le bras) durant quelques minutes et survenant sans angoisse, Sans vertiges, sans perte de connaissance, sans embarras de la parole, en un mot sans aucun malaise portant la marque du Jacksonisme.
Ces accès alternent généralement avec de vraies crises épileptiques. |
À cette forme où les troubles moteurs prédominent seuls, peuvent se rattacher un certain nombre d’accidents moins connus que nous elasserons dans l’ordre suivant :
x) Des mouvements involontaires, isolés, intermittents, survenant dans l'intervalle des crises comitiales et occupant un membre, ou un segment du membre qui est le siège de troubles jacksoniens.
Tels sont : des mouvemenis de pronation et de supination de la main.
Mouvements de flexion des doigts ou d'opposition du pouce. |
Crises de tremblement d’un membre ou de toute une moitié du corps précédent les crises épileptiques de quelques jours ou survenant à la suite d’une fatigue, d’une émotion ou d'une contrariété.
Dans ce premier groupe de faits, ces troubles moteurs surviennent dans l'intervalle de crises jacksoniennes bien caractérisées.
3) Dans un second groupe il s’agit de certains mou-
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vements continuels qui ne s'’accompagnent d'aucun signe de nature comitiale et que l’on peut rencontrer aussi bien chez des blessés du crâne comitiaux, que chez des blessés exempts d’épilepsie typique.
Ces phénomènes revêtent des formes variées.
a) Tremblement à oscillations rapides, occupant surtout l'extrémité du membre, augmentant sous l’influence des efforts musculaires, de la fatigue, et s’atténuant par le repos.
b) Mouvements cloniques rapides occupant un ou plusieurs doigts (ceux-là même qui constituent chez les blessés comitiaux le point de départ de la crise jacksonienne). Mouvements de flexion d’un doigt, mouvements d'adduction, d’abduction ou d’opposition du pouce ; mouvements imitant parfois, mais en plus lent, le tremblement parkinsonien.
c) Mouvements choréiformes pendant lesquels on voit les tendons musculaires se soulever lentement, les uns après les autres, imprimant au segment du membre et notamment à la main ou au pied, des déplacements souples, onduleux, peu étendus, qui rappellent ceux de la chorée.
L'existence et les caractères de ces mouvements continus ont été signalés par d’autres auteurs.
MM. Pollosson et Collet (de Lyon) ont décrit en mai 1915, sous le titre d’Æpilepsie partielle continue d’origine traumatique, un cas de mouvements cloniques incessants d'extension et de flexion du poignet chez un blessé qui avait eu une plaie pariétale avec paralysie d’un bras {1).