‹ Les lésions de la zone rolandiqueChapitre 36 sur 38 · Cf. Revue Neurologique, mai-juin 1915, p · texte numérisé non relu

Cf. Revue Neurologique, mai-juin 1915, p

L'intervention chirurgicale révéla l’existence d'un hématone susduremérien sans fracture du crâne.

Par la suite, il survint deux crises d’épilepsie jacksonienne typique, puis les mouvements s’espacèrent et il ne persista plus que du tremblement de la main à l’occasion des émotions.

MM. Pollosson et Collet rappellent que ce symptome a été décrit pour la première fois par Kojewmikow de Moscou en 1894, sous le nom d’épilepsie partielle continue survenant entire les crises jacksoniennes. M“ Long-Landry et M. Quercy ont rapporté en 1913, à la Société de Neurologie de Paris, une observation semblable.

M. Parhon et M" Vasiliu rapportent un fait sensiblement analogue.

À Ja suite d’une blessure par balle de la région pariétale gauche avec enfoncement de la tableexterne, il survint chez un soldat roumain, un engourdissement immédiat de tout le membre supérieur droit d’abord généralisé, puis localisé à la main. En mème temps la main commença à trembler.

C'était un tremblement «à oscillation moyennes ou parfois mêmes rares comme fréquence el moyennes comme amplitude, » rappelant beaucoup par ses caratères le tremblement de la maladie de Parkinson, mais différent par sa localisation.

Le tremblement intéressait en effet le petit doigt, l’annulaire et en une moindre mesure le médius ; il consistait en une alternative d'extension et de flexion de ces doigts.

L'intervention chirurgicale montra un enfonce-

28 rap

ment osseux, avec fracture de la table interne sans atteinte de la dure-mère.

Après l'opération le tremblement diminua puis disparut, laissant après lui une monoplégie brachiale

Arcede rygomsûüque DURE Jens» + Conduit

auditif extern N

FiG. 30. — Situation de la cicatrice cranienne chez un blessé atteint d'hémiplégie gauche légère avec mouvements choréiformes continus, occupant toute la moitié gauche du corps.

La perte de substance occupe une grande partie de la pariétale supérieure. À noter la présence d’un projectile incracranien (en noir sur la zone grise de la cicatrice).

Protubérsnce occiprtale

motrice et sensitive occupant le côté cubital de la main.

Ce cas fort intéressant, parce que les auteurs ont pu le suivre d’une manière méthodique,rappelle les mouvements cloniques de nature jacksonienne dont nous avons parlé, qui précèdent l'installation des

troubles moteurs et sensitifs dans certaines hémiplégies et monoplégies corticales.

Dans les cas de mouvements incessants observés par nous, la perte de substance cranienne localisée sur le schéma radiographique moyen de MM. Pierre Marie, Foix et Bertrand s’étendait à la partie toute postérieure de la zone rolandique, à la circonvolution pariétale supérieure, empiétant parfois sur le gyrus supramarginalis (Fig. 30).

Des observations ultérieures pourront seules démontrer s’il ne s’agit là que d’une simple coïncidence.

De lépilepsie jacksonienne motrice nous croyons devoir rapprocher aussi, une troisième classe de phénomèpes, peu connus et difliciles à interpréter, que nous eûmes l’occasion de décrire en collaboration avec M. Henry Meige sous le nom de parésie jacksonienne (1).

Il s’agit d’un trouble moteur qui se présente avec les caractères des phénomènes jacksoniens, mais qui, au lieu de se inanifester par des mouvements convulsifs, se traduit par un brusque état parétique de plus ou moins longue durée siégeant suivant les cas soit dans un membre du côté opposé à la blessure, soit et le plus souvent dans les deux membres sy métriques (les deux bras, les deux jambes), soit enfin mais rarement dans un membre du côté homolatéral.

Nous rappellerons brièvement les cinq observations qui nous permirent d'étudier ce trouble moteur qui,

1. M. Henry Meige et M®e Ath. Bénisty. Parésie Jacksonnienne. Société médicale des Hôpitaux. Novembre 1917.

DE

croyons nous, n’a pas encore été décrit jusqu’à présent.

Dans un premier cas il s’agissait d’un blessé porteur d'une énorme brèche cranienne frontale, impulsive et battante correspondant à une grande partie du lobe frontal (F2, partie antérieure, F3, en entier, Fa partie inférieure) et à la partie antérieure de la circonvolution T1.

A la suite de cette blessure, ce militaire a présenté pendant trois semaines des troubles de la parole d'ordre dysarthrique qui rétrocédèrent complètement par la suite.

Il n’a eu aucun trouble moteur ni sensitif dans les membres, ni aucune sorte de crises convulsives, mais des troubles vertigineux très marqués l'incommodèrent dans les premières semaines qui suivirent la blessure.

Mais voilà que six mois après la date de cette blessure, un jour, pendant le repas, il sent ses deux bras se paralyser subitement et complètement et ce n'est qu’au bout d’une minute ou deux qu’il arrive avec grand’peine à les soulever et à les poser lourdement sur la table.

Petit à petit cette lourdeur et cette parésie se dissipent ; pendant ce temps le blessé n’a éprouvé aucun mouvement convulsif, aucune sensation désagréable d'ordre jacksonien, ni angoisse, ni vertige, et il a pu continuer sa conversation sans aucun malaise.

Ces crises se répétaient toutes les six semaines, tous les deux mois. Il en a eu une pendant une pro-

menade.

Jamais, ces crises parétiques n’ont laissé après elle de séquelle motrice ou sensitive.

Au point de vue objectif, il ne présenta à aucun moment de signes d’une lésion organique de la voie pyramidale.

La deuxième observation concerne un militaire qui fit une chute de bicyclette sur le côté droit de la tête, sans aucun trouble moteur consécutif dans les membres.

Mais trois jours après l’accident, il eut une « crise nerveuse » se caractérisant par une parésie brusque et transitoire des deux bras.

Ces crises duraient peu de temps et se répétaient tous Îles trois-quatre jours. Peu à peu, à mesure que le temps s’écoula, elles se modifièrent de la sorte. Elles se cantonnent dans un bras, le bras gauche, opposé au côté du crâne traumatisé ; la main se refroidit, devient violacée, puis elle s’affaiblit, le blessé ne peut plus la fermer, puis tout le membre devient lourd, se paralyse, si bien qu’il est obligé de le déplacer avec la main saine. D’autres fois la crise est exclu-

sivement vasomotrice, tout se borne à un refroidisse-

ment subit de la main gauche qui devient violacée.

Chez ce blessé encore, il ne persiste aucun signe objectif d’une lésion pyramidale. Pendant la crise aucun mouvement convulsif n'apparaît, mais le blessé a senti une ou deux fois comme un refroidissement dans le côté gauche de la figure et il lui a semblé qu'il articulait moins bien ses paroles dans les quelques minutes qui suivirent.

Une troisième observation se rapporte à un offi-

cier qui avait une perte de substance du pariétal gauche impulsive et battante, sans aucun trouble moteur ni sensitif.

Cependant de temps à autre il éprouvait dans tout son membre supérieur droit et particulièrement dans la main des crises de parésie subite, pendant lesquelles les troisième et quatrième doigts devenaient blancs, asphyxiques. Il n’éprouvait aueun autre malaise, et en particulier aucun mouvement convulsif. Alors de sa main gauche saine il attrappait sa main paralysée, la secouait, la massait, puis l’affaiblissement se dissipait.

Dans un quatrième cas, le projectile avait intéressé la suture interpariétale, empiétant plus largement sur le pariétal gauche.

Il y a eu tétraplégie initiale (paralysie des quatre membres) bientôt suivie d'hémiplégie droite avec paraplégie. Quelque temps après, le blessé eut des crises d’épilepsie jacksonienne typique occupant le côté droit du corps. |

Mais en dehors de ces crises, le blessé se plaint d’éprouver presque quotidiennement, d’autres troubles qui intéressent tantôt le bras droit, tantôt la jambe gauche (la moins paralysée).

Ce sont des cerises de lourdeur subite, durant deuxtrois minutes, et survenant sans étourdissement, sans angoisse, sans aucun trouble de la parole et sans le moindre phénomène convulsif.

La parésie subite de la jambe gauche s'accompa-

-gne parfois d’un engourdissement qui gagne le flanc gauche jusqu’au mamelon.

Enfin dans un cinquième et dernier cas il s'agissait d’une transfixion du crâne par balle qui ayant pénétré dans la région pariétale droite, était sortie du côté gauche du crâne à 8 centimètres de la ligne médiane à 2 centimètres en arrière d’une ligne horizontale passant par le lambda.

A la suite de cette blessure, il eut une hémiplégie gauche, avec confusion mentale et troubles de la parole.

Au bout de six semaines, il ne persistait qu’une grosse hémiplégie par lésion de la substance blanche, qui s’améliora fort peu par la suite.

Mais voici que trois ans exactement après sa blessure, en septembre 1917, il commence à avoir des « crises de faiblesse ».

Tout à coup, sans cause occasionnelle, il sent ses deux jambes devenir froides, glacées, puis faibles et lourdes, si lourdes qu’il peut à peine se traîner; il titube et il est obligé de s’accrocher à un arbre, à un mur pour ne pas tomber. En même temps sa figure devient rouge, puis marbrée, et il sent une vague oppression. Parfois, à la suite de ces crises, il articule avec difficulté les mots et une ou deux fois en se mettant à table, aussitôt l’accès fini, il a remarqué, que pendant quelques minutes il avait de la peine à fermer et à ouvrir la bouche pour mastiquer et avaler.

Ces crises de parésie deviennent fréquentes et ont tendance à se reproduire tous les jours.

Dans la plupart de ces observations les phénomènes vaso-moteurs sont au premier plan ; il est donc logique d'admettre que cette parésie jackso-

ti à» Hi

nienne est en relation avec un trouble d’origine vasculaire et qu’elle pourrait bien être d'ordre ischémique.

Dans l’étude des manifestations épileptiques motrices il faut signaler également les contractures.

Nous avons parlé de celle qui affecte un membre ou un segment de membre et qui survient dans les tous premiers temps qui suivent la blessure.

Nous avons mentionné également la contracture des muséles masticateurs, contracture unilatérale ou bilatérale amenant un trismus notable et due, semblet-il, à la lésion cérébrale, sans qu'il y ait plaie de la face ou des muscles eux-mêmes.

Cette contracture des muscles masticateurs ne s’apaisent pas toujours dans les premiers jours comme les autres phénomènes de choc ; elle peut durer pendant des semaines ou des mois et s’accompagner de douleurs sous forme de crampes.

Ces manifestations motrices se distinguent des phénomènes tétaniques avec lesquels on serait tenté de les confondre par leur début brusque, immédiatement après le traumatisme, leur marche régressive, leur localisation aux mêmes muscles, l'absence de crises toniques bien caractérisées.

En dehors des muscles masticateurs cette contracture peut occuper d’autres muscles ; nous avons vu un cas de contracture permanente des muscles de la nuque du côté opposé à la blessure. Dans ce dernier cas, on peut se demander cependant si la contracture est d’origine cérébrale, ou d’origine périphérique, car il n'est pas rare de voir certains

muscles en état de contracture à la suite de lésions superficielles atteignant des nerfs sensitifs ; le fait est fréquent dans les blessures des membres et même de la face.

Il faudrait se demander aussi si les modifications du rythme respiratoire, dont nous avons parlé au chapitre des troubles subjectifs, modifications survenant d'une manière brusque chez certains blessés presque tous comitiaux, n’est pas du même ordre jacksonien.

Il s’agirait d’une contracture ou de mouvements convulsifs limités à certains muscles du tronc et notamment à certains muscles respiratoires.

Épilepsie Jacksonienne sensitive.

L’épilepsie jacksonienne peut enfin revêtir une forme purement sensitive. MM. Pierre Marie, Chatelin et Patrikios en ont décrit quelques cas chez les blessés du crâne.

La crise se manifeste par un engourdissement subit remontant de l’extrémité du membre vers la racine et pouvant même envahir toute la moitié correspondante du corps.

Elle dure quelques minutes et dans les heures qui suivent, on peut constater des perturbations variées de la sensibilité objective dans tout le territoire affecté.

Dans un cas d’épilepsie jacksonienne sensitive que nous eûmes l’occasion d'observer, les sensations subectives pathologiques et le déficit sensitif objectif

qui s’ensuivit occupaient uniquement le côté cubital de la main et les trois derniers doigts.

De l’épilepsie jacksonienne sensitive pourront être rapprochés les troubles paresthésiques limités à certaines zones, troubles survenant brusquement et se répétant fréquemment chez des blessés dont la plupart ont par ailleurs de véritables crises comitiales motrices ou sensitives.

Ces zones paresthésiques peuvent occuper le front, le cou, le thorax, beaucoup plus rarement le membre supérieur.

Ce sont des sensations de brûlures, d’électrisation, de pincement, de bêtes qui fourmillent, sensations spontanées, mais exaltées aussi par les attouchements, les pressions.

Il n’est pas rare de trouver au niveau de ces zones une altération de certains modes de la sensibilité objective.

Nous avons envisagé à propos des troubles subjectifs propres aux blessés craniens, les lésions vasculaires (des méninges, des organes des sens, etc.) comme capables de déterminer toutes ces manifestations morbides.

Les différentes formes d’épilepsies que nous venons d’énumérer, sont en relation avec une irritation de l'écorce cérébrale ; le fait est connu depuis longtemps et il est hors de doute dans les cas qui nous occupent où il s’agit précisément de blessures de la corticalité.

On peut se demander dès lors si cette irritation des cellules corticales n’est pas elle aussi en relation

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