‹ Les lésions du corps thyroïde dans la maladie de BasedowChapitre 12 sur 15 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l’état du sang dans la maladie de basedow

Le sang des Basedowiens n’a pas plus que les autres milieux de leur organisme échappé aux recherches anatomo-pathologiques. Mais ce qu’on s’est efforcé de trouver ici. ce n’est pas tant une altération capable d’expliquer la maladie, qu’un ensemble de caractères traduisant, sous une forme assez constante pour être utilisable dans le diagnostic et le pronostic, le trouble morbide spécial de la maladie de Basedow.

Cependant Marbé et Papazolu ont l’un et l’autre étudié le sang des Basedowiens dans un but uniquement patliogénique, c’est-à-dire pour y découvrir des propriétés confirmant ou infirmant la théorie de l’hyperthyroïdation.

Marbé, après avoir constaté que l’hyperthyroïdie expérimentale détermine une augmentation parallèle de l’indice opsonique et phagocytaire, de l’hyperleucocytose et de la mononucléose, une coloration bleue des leucocytes par le Giemsa et l’augmentation de l’acidité sérique, a recherché ces diverses modifications sanguines dans le Basedow, mais il ne les a pas trouvées. L’indice opsonique eL phagocytaire était au contraire, dans ce cas, diminué, la mononucléose était absente, le Giemsa colorait les leucocytes en violet et l’acidité du sérum était diminuée.

Quant à Madame Papazolu, dirigée par Marinesco, elle a cherché dans le sang des Basedowiens les anticorps de la sécrétion thyroïdienne qui devraient s’y former en cas d’hyperthyroïdie, mais qu’il est impossible d’y déceler, du moins en quantité appréciable.

C’est Th. Rocher qui, le premier, a attiré l’attention sur l’état du sang dans le goitre exophtalmique et sur l’intérêt que peut présenter, en pareil cas, au point de vue pratique les changements de sa formule cytologique.

De ces nombreux examens, il conclut que chez les Bascdowiens on constate de la leucanémie avec leucopénie neutrophile et lymphocytose absolue et relative. Le chiffre moyen des globules blancs est de 5.000 au lieu de 7.000. Ce sont les polynucléaires neutrophiles qui font les frais de cette diminution; le taux en tombe en effet de 73 à 35 o/o. Le nombre des lymphocytes par contre augmente, on en trouve 37 au lieu de 25 °o. Les éosinophiles sont en nombre variable.

Cette formule n’est modifiée que d’une façon peu significative par l’opération. Mais elle tend peu à peu à redevenir normale quand la maladie évolue vers la guérison.

En outre la coagulation du sang est ralentie dans le Basedow.

D’après Kocher ces caractères hématologiques faciles à reconnaître seraient spécifiques et apparaîtraient d'une façon précoce.

Les observations de Kocher sur le sang des Basedowiens ont été confirmées d’une façon plus ou moins complète par de nombreux auteurs, Caro, Roth, Ciuffini, Cordon et V. Jagic, Bühler, Kappis, Van Lier, Kostlivv. Turin. Crünstein, Ledoux, W. Kacss.

Mais quelques-uns comme Caro et Ledoux, par exemple, ne croient pas à la spécificité de la formule leucocytaire et Ilatiegan l’a rencontrée dans la moitié des cas rie goitre qu’il a examinés. Dans le goitre simple la mononucléose est un phénomène fréquent pour Muller, Kappis et Van Lier.

D’ailleurs Kocher revenant sur ses premières recherches indique, lui aussi, qu’il a bien constaté dans la cachexie thyréoprive la leucopénie neutrophile avec leucocylose, mais alors la coagulation du sang était accélérée au lieu d’être relardée comme dans le Basedow. Cependant si l’on s’en rapporte à Kottmann et Lidsky le trouble de la coagulabilité sanguine ne serait pas absolument constant dans le Basedow. Etudiant 37 cas ils ont trouvé que la coagulation était retardée dans 78,3 °/o des cas, normale dans 5,4 o/o et accélérée dans 16,2 o/ 0 .

Un des points importants, en lout cas, c’est que les modifications hématologiques existent en général, quoique atté-

nuées dans les formes frustes dont le diagnostic est souvent malaisé. C’est ce qu’ont vu Caro, Grunstein ; Roth attache une grande importance à l’examen dü sang pour le diagnostic des formes frustes. Les cas de Basedow sans mononucléose sont vraiment exceptionnels selon Kostling, Roth, Burchardt, Falta. On le comprend d’autant mieux que la mononucléose comme l’ont montré Caro Ciuffini, Falta peut être provoquée ou augmentée expérimentalement par l’administration de tablettes de thyroïdine.

Les recherches instituées par Matchavariani sont loin de confirmer cette manière de voir.

Ces recherches ont porté, d’une part, sur plus de 100 malades atteints de diverses formes de goitre et, d’autre part, sur 25 sujets (15 femmes et 10 hommes) bien portants, c’est-à-dire ne présentant aucune anomalie du côté du cœur, des poumons et des organes génito-urinaires, et exempts, au moment de l’examen, de toute maladie infectieuse aigue.

La rapidité de la coagulation du sang n’a pas été différente, dans toutes les variétés de goitre, de celle qui a été notée chez les individus sains. Il en a été de même pour la viscosité du sang. C’est dire que l’étude de ces deux éléments ne paraît avoir aucune signification, pas plus au point de vue du diagnostic que du pronostic de l’affection.

Le taux absolu des leucocytes variait de 4.000 à 12.000. Dans toutes les formes de goitre, que le tableau clinique fût dominé par des phénomènes d’hyperthyroïdie ou des phénomènes d’hypothyroïdie, il existait, le plus souvent, une lymphocytose modérée, qui augmentait, il est vrai, parallèlement au degré de l’intoxication. Dans certains cas, la proportion des lymphocytes oscillait entre 14 et 59 o/o, mais assez fréquemment, dans une forme clinique identique, on voyait le pourcentage des lymphocytes se maintenir dans les limites normales ou même tomber au-dessous de ces limites. Une lymphocytose élevée avec leucopénie concomitante ne témoigne donc pas toujours de la gravité de la maladie et ne saurait avoir, a elle seule, une valeur pronostique.

Parmi les autres modifications sanguines il faut signaler avec Roth, Ciuffini, Matchavariani, la diminution de la teneur en hémoglobine malgré un chiffre normal d'hématies et l’abaissement du point de congélation du sérum qui en outre d’après Kottmann retarderait l’autolyse et aurait d’après Kraus et Friedenthal des propriétés mydriatiques.

En terminant ce chapitre, remarquons que la question du sang dans le Basedow, qui jusqu’ici ne semble guère avoir intéressé les auteurs français, est entièrement à reprendre.

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