CHAPITRE PREMIER
En 1891, Kuanr admet que le trachome peut se propager par les voies lacrymales.
Zwm, en 1895, met en évidence les lésions nasales au cours du trachome.
Puis Herrer, en 1899, et Basso, en 1906, reprirent la question à la fois au point de vue clinique et au point de vue histologique. Ils ne trouvèrent jamais de follicules, mais tout simplement des altérations bapales de la pituitaire avec dégénérescence des glandes mucipares et épaississement du chorion, lésions banales rencontrées souvent en l’absence de tout trachome.
CARBONNE, en 1907, examine 78 sujets atteints de trachome et constate des lésions macroscopiques allant de la rhinite atrophique à la rhinite hypertrophiœue ; il note quelques cas de rhinite atrophique ozéneuse. Ce fut lui le premier, qui attira l'attention des cliniciens sur la grande proportion de lésions nasales unilatérales, dans les cas où le trachome n’avait attaaœué qu'une seule conjonctive (4 cas sur 6 environ). De sa statistique, Carbone concluait à la presque constante association des affections conjonctivales et nasales. Mais laquelle avait été la première ? D’après
LENTIARES
lui, les lésions nasales étaient évidemment considérées comme prenant leur source dans les lésions conjonc- Livales ;: mais il estimait qu’au début tout au mois, le coryza était réellement trachomateux, et que, par la suite seulement, il se transformait en coryza chronique banal, en passant par les stades de l’hyperhémie simple, de la forme catarrhale avec ou sans hyperhémie, et de la tuméfaction des cornets ou de la rhinite atrophique. Une telle évolution étant identique à celle qui s’observe au niveau de la conjonctive et même du pharynx (Basso).
GU'rMANN, en 1907, trouva, 27 affections nasales sur 97 trachomateux. Sur cinq sujets présentant un tralésions nasales unilatérales et du même côté.
FEIGENBAUM, en 1915, étudia 96 cas de trachome et nota que l'intensité des lésions nasales était proportionnelle à celle des lésions conjonctivales : il insista sur la correspondance des deux lésions.
En 1925, PLANGE rapporte l'observation extrêmement intéressante d’un médecin qui, enlevant des végétations adénoïdes à un enfant trachomateux, recut- dans l'œil une particule de celles-ci, projetée à l'occasion d’une secousse de toux, et vit ultérieurement se développer chez lui un trachome conjonctival. Les lésions rhino-pharyngées étaient donc contagieuses, presqu’au même titre que les lésions conjonctivales elles-mêmes, bien que ne présentant pas clibiquement et histologiquement la structure trachomateuse.
HLAVACEK, en 1926, dans son travail intitulé « Les altérations de la pituitaire dans le trachome » (Casopis
LAS Le GP
Lektarn ceshych), met le premier au point la question, presque comme nous la comprenons actuellement. Les lésions nasales sont Ia conséquence des lésions conjonctivales ; mais sont à leur tour vis-à-vis de celles-ci un grand facteur d’aggravation. Le premier aussi, il insiste sur ce fait qu’il faut les traiter pour faciter par cela même le traitement du trachome oculaire. Ses conclusions sont basées sur une statistique de 70 cas ; il note dans 46 cas une hypertrophie de la pituitaire, et dans 17 cas une déviation de la cloison si accentuée qu’on pouvait admettre un rapport étiologique entre cette dernière accompagnée d’hypertrophie de la pituitaire et l’obstruction de lostium du canal lacrymo-nasal, avec la conjonctivite consécutive, Dans 29 cas, les altérations hyperplasiques de la pituitaire au niveau du cornet inférieur semblent ètre plutôt la conséquence d’une irritation et d’une infection chronique d’origine conjonctivale, se propageant par les voies lacrymales. L’ablation des hypertrophies et la résection de la cloison, dans les cas où la déviation est très acentuée semblent avoir une influence favorable sur les effets du traitement ophtalmologique.
CALOGERO, à la Clinique d’Angelucci (1926), admet que le trachome est l’expression d’une faiblesse constitutionnelle et que les altérations nasales et pharyngineuses chez les trachomateux ont les caractères hyperplasiques que lon rencontre ordinairement dans les états lymphatiques.
Agramowicz et Womsowxkt (1927, en conclusion de leurs travaux estiment qu'il existe des rapports
LE riAdee
élroits entre le trachome et les lésions nasales. Il n'y a pas de raison d'admettre que le trachome provienne des altérations nasales et encore moins de penser que le début de celui-ci se fasse au niveau de la muqueuse nasale, mais bien plutôt de croire que les lésions nasales se développent secondairement, et qu'à leur tour clles aggravent l’état pathologique de la conjonctive. Les lésions endo-nasales peuvent créer des conditions favorables à la propagation du virus trachomateux, ais seulement du même côté. Ainsi le trachome unilatéral dépendrait du fait qu'en même temps le processus pathologique d’un côté se développe bénignement et guérit rapidement, et que, de l’autre côté, il s'aggrave et se prolonge sous l'influence des affections nasales homolatérales. Chez les enfants trachomateux, le pourcentage des lésions adénoïdiennes n'est pas sensiblement supérieur à celui que l’on observe chez les enfants non trachomateux.
CARAMAZZA et SILVAGNI, dans une communication qu'ils firent au XXI Congrès d'Ophtalmologie Italien (Palerme, 1928), exposent l’état nasal de 55 trachoinateux. Deux seulement ne présentaient aucune lésion nasale, Dans la majorité des cas, 35, soit 65 %, il y avait de la rhinite catarrhale chronique, le plus souvent associée à une hypertrophie concomitante des cornets, exactement 27 cas, dont 9 avec hypertrophie des cornets moyens, 9 des inférieurs, et 9 des deux ordres de cornets ; 8 cas restaient enfin sans hypertrophie concomitante. Viennent ensuite les cas d'hypertrophie simple des cornets, sans aucune altération catarrhale de la muqueuse — 14 cas, soit 26 % ; parm
ceux-ci, 16 où l’hypertrophie était limitée aux cornets inférieurs, 4 où elle atteignait les 2 cornets. Enfin dans 4 observations, il existait une rhinite atrophique simple.
Eu ce qui concerne les rapports entre les types variés d'évolution nasale et conjonctivale, ces auteurs ne purent pas arriver à des conclusions précises, ni tirer des notions intéressantes au point de vue du pronostic. 11 n’y a pas de rapports entre les secrétions conjonctivale et nasale : celle-ci est inflammatoire banale, la première était seule réellement trachomateuse. Des quatre cas où il y avait rhinite atrophique, dans trois le trachome était ancien avec dégénérescence fibreuse de la conjonctive ; dans un cas au contraire, il s'agissait d’une forme mixte floride et évolutive avec pannus.
Le rapport entre l'intensité des lésions nasales et conjonctivales n’apparaît pas très nettement : dans 13 cas où le trachome était plus grave d’un côté, seulement cinq fois (soit 38 %) les lésions nasales étaient plus accentuées de ce côté. Dans les autres cas, la différence était inappréciable.
Caramazza et Silvagni furent loin de trouver la proportion de malformations de la cloison énoncée par Hlavacek dans sa statistique. Pour eux, il n’y à pas une quantité sensiblement plus grande de déviations, de crêtes ou d’éperons de la cloison chez les trachomateux que chez les sujets ordinaires. Il ne ressort pas non plus qu’il y ait un rapport constant entre la gravité des lésions endo-nasales et les malformations de la cloison, Dans 50 % des cas, les lésions tra-
chomateuses de la conjonctive étaient plus accen
iuces du côté de la malformation. Si la concomitance
des lésions nasales et oculaires est presque la règle, ans les cas à signes oculaires prédominant d'un côté, ils trouvent des lésions nasales homolatérales plus uccentuées seulement dans 38 % des cas ; mais jamais de lésions nasales prédominantes du côté où le trachome était le moins accentué.
Complétant enfin leur étude, comme Hertel et Basso, par des examens histologiques de la muqueuse nasale (31 préparations), Caramazza et Silvagni ne trouvèrent pas, eux non plus, le follicule trachomateux ; mais ils furent constamment en présence d’une infiltration lymphocytaire banale, souvent avec des plasma-cellules, plus marquée dans la couche superficielle au stroma, mais s'étendant parfois au tissu interstitiel interglandulaire. Jamais cette infiltration ne présentait une topographie périvasculaire. Jamais de fol- Hcules vrais, parfois seulement des amas de Iymphocytes disposés comme ceux des follicules, mais ne présentant pas leurs caractères cellulaires.
Enfin, en Juillet 1929, au Congrès Belge d'O. R. L. de Tournai, MM. SarGxoX et J. RoLLET ont présenté une statistique de 83 cas de trachome : dans chacun d'eux un examen nasal avait été fait et décela des lésions de nature banale pour la plupart hypertrophiques (44 cas), des lésions polypoïdales (7 cas). de la folliculite narinaire avec croûtes (4 cas), 9 cas de suppuration nasale chronique, et 3 d'atrophie sans ozène vrai. Les auteurs insistèrent sur la nécessité de traitcr des lésions nasales.