Le P. Valeriano Magni avait cependant publié sa
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tention, de sorte qu'on n'en a plus ouï parler depuis.
Ainsi, Monsieur, vous remarquerez, s'il vous plaît, combien il est peu véritable, ni que j'aie voulu m'approprier l'expérience de Torricelli, ni que je l'aie faite après le Père Valérien (qui sont les deux points que ce Père Jésuite m'impose), puisque c'est de mes expériences et de mon écrit où elles sont énoncées, que Monsieur de Roberval a tiré sa principale conviction contre le Père Valérien, quand il a voulu s'attribuer la gloire de cette invention.
Si ce Père Jésuite de Montferrand connaît Monsieur de Roberval, il n'est pas nécessaire que j'accompagne son nom des éloges qui lui sont dus ; et s'il ne le connaît pas, il se doit abstenir de parler de ces matières ; puisque c'est une preuve indubitable qu'il n'a aucune entrée aux hautes connaissances, ni de la physique, ni de la géométrie.
Après tous ces témoignages, j'espère, Monsieur, que vous agréerez la très humble prière
réponse dans un recueil intitulé : Admiranda de vacuo et Aristotelis philosophie. Cum licentia superiorum. Varsoviœ in oflicina Pétri Elbert S. R. M. Typographi. On peut la lire dans l'édition des Grands Ecrivains (t. II, p. 5o3).
que je vous fais, que par votre moyen et par l'autorité que ce bon Père Jésuite vous a luimême donnée sur lui, en ce sujet, quand il vous a dédié ses Thèses, je puisse apprendre d'où lui viennent ces impressions qu'il a prises de moi.
Car il est indubitable, ou que c'est l'effet du rapport de quelques personnes qu'il a crues dignes de foi, ou que c'est l'ouvrage de son propre esprit.
Si c'est le premier, je vous supplierai, Monsieur, d'avoir la bonté pour ce bon Père de lui remontrer l'importance de la légèreté de sa créance.
Et si c'est le second, je prie Dieu dès à présent de lui pardonner cette offense, et je l'en prie d'aussi bon cœur que je la lui pardonne moi-même ; et je supplie tous ceux qui en ont été témoins, et vous-même, Monsieur, de la lui pardonner pareillement.
Maintenant, Monsieur, sans plus parler de tout ce différend, que je veux oublier, je vous achèverai la suite de cette histoire : et vous dirai que dès l'année 16/17 nous fûmes avertis, d'une très belle pensée qu'eut Torricelli, touchant la cause de tous les effets qu'on a jusqu'à présent attribués à l'horreur du vide. Mais
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comme ce n'était qu'une simple conjecture, et dont on n'avait aucune preuve pour en reconnaître ou la vérité, ou la fausseté, je méditai dès lors une expérience que vous savez avoir été faite en 16/48 par Monsieur Perier au haut et au bas du Puy-de-Dôme, dont on a aussi envoyé des exemplaires de toutes parts, où elle a été reçue avec joie, comme elle avait été attendue avec impatience.
Il est véritable, Monsieur, et je vous le dis hardiment, que cette expérience est de mon invention ; et partant, je puis dire que la nouvelle connaissance qu'elle nous a découverte est entièrement de moi.
Les conséquences en sont très belles et très utiles. Je ne m'arrêterai pas à les déduire en ce lieu, espérant que vous les verrez bientôt, Dieu aidant, dans un traité que j'achève, et que j'ai déjà communiqué à plusieurs de nos amis, où Ton connaîtra quelle est la véritable cause de tous les effets qu'on a attribués à l'horreur du vide, et où, par occasion, on verra distinctement qui sont les véritables auteurs de toutes les nouvelles vérités qui ont été découvertes en cette matière. Et dans ce détail, on trouvera exactement et séparément ce qui est de l'invention de
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Galilée, ce qui est de celle du grand Torricelli, et ce qui est de la mienne. Et enfin il paraîtra par quels degrés on est arrivé aux connaissances que nous avons maintenant sur ce sujet, et que cette dernière expérience du Puy-de-Dôme fait le dernier de ses degrés.
Et comme je suis certain que Galilée et Torricelli eussent été ravis d'apprendre de leur temps qu'on eût passé outre la connaissance qu'ils ont eue, je vous proteste, Monsieur, que je n'aurai jamais plus de joie que de voir que quelqu'un passe outre celle que j'ai donnée.
Aussitôt que ce traité sera en état, je ne manquerai pas de vous en faire offrir, pour reconnaître en quelque sorte l'obligation que je vous ai, d'avoir souffert l'importunité que je vous donne, et pour vous servir de témoignage de l'extrême désir que j'ai d'être, toute ma vie, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur, Pascal.
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Réponse de Monsieur de Ribevre à Biaise Pascal 1
Monsieur, Je vous avoue que ce ne fut pas sans quelque sorte d'étonnement que j'ouïs le préambule qui fut fait par l'écolier qui m'avait dédié ses Thèses sous la direction d'un Père Jésuite, qui m'était jusqu'alors inconnu, et qu'il ne fut pas malaisé à ceux qui ont l'honneur de vous connaître, de juger par son discours qu'il entendait parler de vous, en désignant une personne qui, après avoir fait des expériences touchant le vide en Normandie, les avait encore faites en Auvergne. Mais expliquant bénignement ce discours, auquel d'ailleurs je ne remarquai rien d'offensant, je le voulus attribuer à une émulation pardonnable entre les savants, plutôt qu'à aucun dessein qu'il eût d'invectiver contre vous. Il est vrai, Monsieur, que j'avais intérêt d'excuser cette faute, soit par l'honneur qui m'était fait par la
i. Les lettres XI et XII ont été publiées par Bossut.
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dédicace de ces Thèses, soit par celle que j'aurais commise en votre endroit, si j'avais souffert qu'en ma présence on donnât quelque atteinte à la réputation d'une personne que j'ai sujet d'honorer par ses propres mérites, et par l'attachement d'une amitié que j'ai contractée avec le père et le fils depuis plusieurs années. Donc, pour éloigner de moi ce reproche, que vous auriez droit de me faire, si j'avais souffert qu'en cette occasion, où j'avais la plus grande part, puisqu'elle m'était dédiée, on vous eût fait la moindre injure, je vous puis assurer, Monsieur, que, s'il y a eu quelque témérité à vous marquer l dans ce discours, au moins ne passât-elle pas fort avant, et que ni le maître ni l'écolier n'apportèrent aucune aigreur dans la suite. Et je pense, pour vous dire le vrai, que ce bon Père ne fut porté à étaler cette proposition que par une démangeaison qu'il avait de produire quelques expériences qu'il nous dit, après que l'assemblée fut levée, avoir imaginées, par lesquelles il prétendait détruire les vôtres. Mais il fut bien trompé ; car, ayant exposé à la vue des assistants un tableau qui contenait quelques
i. Bossut avait lu manquer. La correction est due à M. Léon Brunschvicg.
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figures de ses expériences, et ayant, tant par le tableau que par l'argument de cette action, fait une espèce de défi sur cette matière, il arriva que personne ne l'attaqua sur ce sujet, et qu'il lui fallut garder ce coup de pistolet qu'il avait préparé, pour en faire la décharge en quelque autre rencontre. Néanmoins, Monsieur, j'assurerais qu'il n'a eu aucun dessein malicieux, et cela m'a paru par son ingénuité, lorsque je le suis allé voir après la réception de la vôtre, où il m'a assuré qu'il n'avait rien fait dans cette action par un dessein prémédité de vous attaquer ; qu'il ne vous avait point accusé d'aucune affectation que vous eussiez eue de vous approprier la gloire d'une invention qui fût d'un autre ; qu'il était prêt d'en faire telle déclaration que vous désireriez, et qu'au contraire, lorsqu'il avait donné des écrits à des écoliers sur cette matière, il avait parlé de vous fort honorablement en ces termes, comme il me fit voir surle-champ : quam rem multum auxit et illustravit cum suis amicis dominus Pascalius Claromontensis , ut patet ex libellis hanc in rem ab eo editis, etc. Et, pour vous dire le vrai, je ne remarquai pas, dans ce préambule, qu'il vous accusât d'introduire des nouveautés, ni de vou-
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loir vous attribuer la gloire des inventions d'autrui ; et m'en étant voulu mieux assurer par le témoignage de ceux qui y étaient présents, j'ai encore prié les Pères Dorane et Meghemont, de l'Ordre des Jacobins, qui étaient présents à cette dispute, de rappeler leur mémoire là-dessus ; et ils m'ont assuré qu'ils n'avaient nullement remarqué qu'il s'y fût rien dit à votre désavantage, sinon que ce Père se pouvait bien passer de faire aucune mention de vous en cette déclamation, qui n'était pas une chose assez sérieuse pour vous y nommer ou désigner. De quoi je vous peux assurer, Monsieur, c'est que le discours de cet écolier ou l'autorité de ce régent n'étaient point capables de donner aucune impression à ceux qui les écoutaient, qui pût faire aucun préjudice à l'estime que fait de vous toute la compagnie qui était lors présente ; et je crois que les paroles qui y furent dites sont plus dignes de mépris, que d'être relevées avec le soin qu'il vous plaît d'y apporter. C'est pour cela que j'ai fait mes efforts auprès de Monsieur le Conseiller Perier pour l'empêcher de mettre sous la presse la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, afin de ne point donner ouverture à une contestation, où ce bon Père
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pourrait toujours tirer cet avantage de votre victoire, quod cum victus erit, tecum certasse feretur. Néanmoins j'ai trouvé Monsieur Perier si exact et si ponctuel à suivre les ordres que Monsieur votre père et vous lui donnez, que je n'ai pu obtenir cette grâce de lui, quoique je le priasse seulement de différer jusqu'à votre réponse, après laquelle il eût été en liberté de faire ce qui lui eût plu, en cas que vous persévérassiez dans la même volonté ; et s'il n'était question que de rendre votre justification aussi publique (ainsi que vous témoignez le souhaiter) que cette déclamation, je vous puis assurerr Monsieur, que vous avez obtenu en ce point ce que vous désirez, et que votre lettre est venue à la connaissance de plus de personnes que le Père n'en avait informé par ce discours. Que si d'un côté je me puis dire malheureux de m'être trouvé à une action qui vous a pu déplaire, j'en tire d'ailleurs beaucoup d'avantage par l'honneur de la lettre qu'il vous a plu m'écrire, par la satisfaction qui me revient de la beauté de son expression, et de l'espérance que vous me donnez de me faire part de l'ouvrage que vous méditez de mettre en lumière. Mais vous m'auriez fait tort, Monsieur, si vous aviez cru que vous eus-
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siez besoin de justification en mon endroit : votre candeur et votre sincérité me sont trop connues pour croire que vous puissiez jamais être convaincu d'avoir fait quelque chose contre la vertu dont vous faites profession, et qui paraît dans toutes vos actions et dans vos mœurs. Je l'honore et la révère en vous plus que votre science ; et comme en l'une et l'autre vous égalez les plus fameux du siècle, ne trouvez pas étrange si, ajoutant à l'estime commune des autres hommes l'obligation d'une amitié contractée depuis de longues années avec Monsieur votre père, je me dis plus que personne, Monsieur, votre, etc.
DE RlBEYRE.
De Clermont. 26 Juillet i65i.
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Seconde lettre de Blaise Pascal a Monsieur de Ribeyre
De Paris, ce 8 Août i65i.
Monsieur, Je me sens tellement honoré de la lettre qu'il vous a plu m'écrire, que, bien loin de conserver quelque reste de déplaisir de l'occasion qui m'a procuré cet honneur, je souhaiterais, au contraire, qu'il s'en offrît souvent de pareilles, pourvu qu'elles fussent suivies d'un succès aussi favorable. Je vous proteste, Monsieur, que le seul regret que j'en ai, après celui de la peine que vous en avez reçue, est de voir que l'affaire devienne plus publique que vous n'auriez désiré, et que Monsieur Perier et moi en soyons cause, sans toutefois que ni l'un ni l'autre ayons eu le moindre dessein de manquer au respect et obéissance que nous vous devons. Aussi, Monsieur, il ne me sera pas difficile d'excuser envers vous l'un et l'autre ; et c'est ce que je vous prie d'agréer que je fasse par cette lettre.
Avant toutes choses, je vous supplie très humblement, Monsieur, de tenir pour constant qu'il n'y a personne au monde qui puisse vous honorer plus parfaitement que nous faisons, et qu'il faudrait que nous eussions perdu tout respect pour Monsieur mon père, contre l'exemple et l'instruction qu'il nous en a toujours donnée, si nous manquions jamais à ce devoir.
Sur ce fondement, je vous conjure, Monsieur, de considérer, pour ce qui me regarde, que parmi toutes les personnes qui font profession de lettres, ce n'est pas un moindre crime de s'attribuer une invention étrangère, qu'en la société civile d'usurper les possessions d'autrui ; et qu'encore que personne ne soit obligé d'être savant non plus que d'être riche, personne n'est dispensé d'être sincère : de sorte que le reproche de l'ignorance, non plus que celui de l'indigence, n'a rien d'injurieux que pour celui qui le profère ; mais celui de larcin est de telle nature, qu'un homme d'honneur ne doit point souffrir de s'en voir accuser, sans s'exposer au péril que son silence tienne lieu de conviction. Ainsi, étant très ponctuellement averti comme j'étais, non seulement des paroles, mais encore des gestes et de toutes les circonstances de cet
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acte, jugez, Monsieur, si je pouvais m'en taire à mon honneur ; et, puisque cet acte avait été public, si je ne devais pas repousser cette injure de la même manière.
Je vous avoue, Monsieur, que dans le ressentiment où j'étais lors, je n'eus aucune pensée que vous auriez la bonté de désirer que cette affaire fût assoupie : de sorte que, laissant agir mon génie, et considérant d'ailleurs que ma lettre perdrait sa grâce et sa force en différant de la publier, je priai Monsieur Perier, avec grande insistance et grande précision, d'en hâter l'impression ; et je fortifiai même ma prière par celle que je fis à mon père d'y joindre la sienne. Mais' je puis vous protester véritablement, Monsieur, que si j'eusse prévu ce que votre lettre m'a appris, j'eusse agi d'une autre sorte, et que j'aurais donné avec joie mon intérêt à votre satisfaction.
Voilà, Monsieur, la vérité naïve pour ce qui me regarde. Et pour ce qui regarde Monsieur Perier, si vous aviez vu la lettre qu'il nous en a écrite, où il témoigne le déplaisir qu'il a eu en cette occasion, je m'assure que vous plaindriez la violence qu'il a soufferte, quand il s'est vu, d'une part, sollicité par la prière d'une personne
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qu'il honore et qu'il respecte comme vous ; et, de l'autre part, il s'est vu engagé à exécuter les ordres qui lui avaient été donnés par une personne qui lui tient lieu d'un autre père.
Après cela, Monsieur, j'espère que vous n'imputerez qu'à la distance des lieux et à la difficulté de la communication, cette petite conjoncture. Et il ne me reste qu'à vous conjurer de vouloir m'honorer de la continuation des sentiments avantageux que vous témoignez avoir pour moi, et quoique je n'aie rien en moi qui les mérite, j'en espère néanmoins la durée, parce que je m'assure bien plus sur votre bonté, à qui je les dois, qu'à aucune qualité qui soit en moi ; car je suis également éloigné de les pouvoir mériter et de les pouvoir reconnaître. Mais j'espère, Monsieur, que le même esprit qui vous fait voir des vertus dans mes propres défauts, vous fera remarquer l'extrême désir que j'ai de vous honorer toute ma vie dans ce faible témoignage que je vous en donne, en vous assurant que je suis,
Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur, Pascal.
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De Blaise Pascal a Monsieur et Madame Periejr 1
De Paris, ce 8 Août i65i.
Puisque vous êtes maintenant informés l'un et l'autre de notre malheur commun 2, et que la lettre que nous avions commencée vous a donné quelque consolation, par le récit des cir-
i. D'importants fragments de cette lettre, fortement retouchés, avaient été insérés dans la première édition des Pensées, en 1670. Le texte intégral a été publié par Victor Cousin, d'après les manuscrits f. fr. 12.988 et f. fr. 20.945 de la Bibliothèque nationale, qui donnent l'un et l'autre leur texte comme copié sur l'original. Deux autres textes ont été produits depuis lors : l'un par Faugère en i844; l'autre par M. Gazier, dans son édition des Pensées (Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 1907). Une note de ce dernier manuscrit assure également qu'il a été copié sur l'original. Ces divers textes présentent cependant des variantes notables, ainsi que le lecteur pourra le constater. Nous donnons en effet le texte du manuscrit de la Bibliothèque nationale f. fr. 20.945, et faisons figurer dans nos notes les leçons des trois autres textes, en désignant par C le manuscrit f. fr. 12.988 utilisé par Victor Cousin, par F et par G les manuscrits publiés respectivement par Faugère et par M. Gazier.