VIII AVANT-PROPOS
marques qu'on agit par l'esprit de Dieu (lettre XLIV).» Si Pascal mourant se montre intransigeant sur la question du Formulaire, c'est précisément parce qu'il abhorre l'esprit propre, et qu'il est en colère « contre ceux qui veulent absolument que l'on croie la vérité lorsqu'ils la démontrent, ce que Jésus-Christ n'a pas fait en son humanité créée (lettre XLIV) ». ' On voit par cet exemple comment chez Pascal les contraires se rejoignent. Il n'est pas simple, heureusement ! et l'on s'expose à bien des méprises si l'on isole la plupart des lignes qu'il a tracées. Ainsi, lorsqu'il écrit à Fermât (lettre XLI) qu'il trouve la géométrie le plus haut exercice de l'esprit, mais qu'en même temps il la considère pour si inutile qu'il fait peu de différence entre un homme qui n'est que géomètre et un habile artisan, comment oublier que, le même jour peut-être, il écrit dans ses Pensées ce bel éloge d'Archimède : « Archimède, sans éclat, serait en même vénération. Il n'a pas donné des batailles pour les yeux, mais il a fourni à tous les esprits ses inventions. Oh ! qu'il a éclaté aux esprits / » Au fond, il veut dire que les mathématiques ne sont pas leur fin à elles-mêmes, et que, quelque appétit qu'il ait pour elles, elles ne sauraient le rassasier. Mais il demeure persuadé de leur utilité à titre de moyen, puisqu'elles lui fournissent des méthodes propres à démontrer, autant qu'il est possiblef les vérités de la religion. Avec tous les mystiques chrétiens,