‹ Les lettres de Madame de GrignanChapitre 7 sur 12 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

C'est le 6 juin 1677, après six mois de séjour à Paris, que la correspondance recommence entre madame de Sévigné et sa fille. La séparation, comme toujours, avait été cruelle. Madame de Grignan avait pleuré en quittant sa mère, ce qui était rare : « C'est une affaire pour vous ; pour moi, c'est mon tempérament. » Madame de Sévigné, sans sa fille, se trouvait « toute seule, toute nue ».

Mais un nouveau sujet de chagrin s'ajoutait à celui-là : l'inquiétude sur la santé de madame de Grignan : « Votre poitrine me tient fort au cœur *. » C'est le sujet de bien des plaintes. Elle craint que ce ne soit une grande fatigue pour sa fille d'écrire si souvent et si longuement :

« Je me suis fâchée que vous m'ayez écrit une si grande lettre en arrivant à Melun. »

Le plus triste de ces séparations, c'est qu'elles étaient nécessaires, tant la vie commune était difficile. Les humeurs étaient si peu concordantes, que ces deux femmes, si attachées qu'elles fussent l'une à l'autre, ne pouvaient s'entendre que de loin. C'était un sujet de remords de part et d'autre : « Ne nous mettons plus dans

1. Elle dit ailleurs : t La bise de Grignan me fait mal à votre poitrine. » (29 décembre 1688.)

DE MADAME DE GRIGNAN ibi

le cas, — disait madame de Se vigne, toute prête à s'accuser la première, — qu'on vienne nous faire l'abominable compliment de nous dire avec toute sorte d'agrément que, pour être fort bien, il ne faut nous revoir jamais. » La santé de madame de Grignan souffrait et de son tempérament contenu et des tendres împortunités de sa mère : « Ah I ma fille, nous étions d'une manière sur la fin qu'il fallait faire comme nous avons fait. Dieu nous montrait sa volonté par cette conduite; mais il faut voir s'il ne veut pas bien que nous nous corrigions. Faisons nos réflexions, chacune de notre côté, afin que, quand il plaira à Dieu que nous nous retrouvions ensemble , nous ne retombions point dans de pareils inconvénients. »

Madame de Grignan, aff^ranchie de la

contrainte qui pesait sur elle en présence de sa mère, avait éprouvé du soulagement pendant ce long voyage : « Il faut des remèdes extraordinaires aux personnes qui le sont; les médecins n'eussent jamais imaginé celui-là. » Madame de Grignan, de son côté, écrivait à Corbinelli et se plaignait à lui en riant des inquiétudes excessives de sa mère, qui, la troublant elle-même, rejaillissaient sur sa santé ; elle eût voulu que celui-ci fît retomber sur sa mère une partie de ses propres torts. Mais ce sage ami lui répondait avec une rude franchise et se refusait à cette petite complicité : « Non, madame, je ne gronderai pas madame votre mère; elle n'a pas tort, et c'est vous qui l'avez. Où diable avez-vous vu qu'elle veuille que vous soyez aussi rondelette que madame de Castelnau? N'y

a-t-il pas de degré entre votre maigreur excessive et un pâton de graisse *?..

Est-ce ainsi qu'un prodige doit raisonner? Vous moquez-vous encore de mettre M. de Grignan aux prises avec madame de Sévigné ! Vous me faites une représentation fort plaisante de la cascade de vos frayeurs, dont la réverbération vous tuait tous trois. Ce cercle est funeste, mais c'est vous qui le faites. Je suis mal content de vous; je ne vous trouve point juste : je suis honteux d'être votre maître. Si votre père Descartes le savait, il empêcherait votre âme d'être verte, et vous seriez bien honteuse qu'elle fût noire. »

Cependant, une fois loin de Paris, il semble que madame de Grignan se laissait

1. c Pâton se dit d'un petit oiseau bien gras. » {Dictionnaire de Furetière),

aller bien sincèrement au charme de sa mère; oubliant ces petites discordes, dont elle était à la fois la cause et la victime, elle jouissait alors de ce ravissant esprit qui se dépensait tout entier pour elle; elle se remettait à désirer d'être ensemble : « Vous me dites mille douceurs sur l'envie que vous avez de faire un voyage avec moi, et de causer et de lire!... Il y a une personne qui me disait l'autre jour qu'avec toute la tendresse que vous avez pour moi, vous n'en faites pas le profit que vous pourriez en faire ; mais c'est une folie que je vous dis là; et je ne voudrais être aimable que pour être autant dans votre goût que je suis dans votre cœur. »

Ce fut quelques jours après son retour que madame de Grignan perdit le pauvre enfant né avant terme dont nous avons

parlé plus haut. Cette perte, à laquelle on s'attendait, paraît avoir été supportée assez facilement par sa mère, qui n'avait pas afiecté un excès de sensibilité. Aussi madame de Sévigné lui écrivait-elle :

« Je ne sais où vous prenez cette dureté :

je ne la trouve que pour vous; mais pour moi et pour tout ce que vous devez aimer, vous n'êtes que trop sensible; vous en êtes dévorée et consumée. » Doit-on croire que c'est ici la mère qui prête sa sensibilité à sa fille, ou ne serait-ce pas qu'elle la connaissait mieux qu'elle ne se connaissait elle-même, qu'elle la voyait souffrir d'une sensibilité au dedans qui ne sait point s'épancher et qui se dévore et se consume elle-même? On voit encore que les autres enfants ne souffrirent pas beaucoup de la perte de leur frère : « Je suis étonnée que le petit marquis et sa

sœur n'aieut point été fâchés du petit frère; cherchons un peu où ils auraient pris ce cœur tranquille. » Madame de Grignan trouvait dans le christianisme une source de consolation : « Vous dites si bien : il faut faire l'honneur au christianisme de ne pas pleurer le bonheur de ces petits auges. »

Après la perte de cet enfant, madame de Grignan avait encore auprès d'elle, pour se consoler, son fils le marquis, et sa fille Pauline, plus tard madame de Simiane. Mais elle craignait dans son austérité de se laisser aller à Tamour maternel; elle semblait y voir une faiblesse; sa mère, au contraire, la rassurait et l'encourageait tendrement :

« Aimez^ aimez Pauline; donnez-vous cet amusement; ne vous martyrisez pas à vous ôter cette petite personne. Tâtez,

ta lez un peu de l'amour maternel. On le doit trouver assez joli quand c'est un choix du cœur. » Pendant que Pauline était auprès de sa mère, Marie-Blanche était au couvent; et sa mère n'était pas sans en souiïrir quelque peu; car madame de Sévigné lui écrivait : « Vous m'attendrissez pour la petite; je la crois jolie comme un ange, vos filles d'Aix vous la gâteront entièrement; du jour qu'elle y sera, il faudra dire adieu à tous ses charmes. Ne pourriez-vous pas l'amener?

Hélas! on n'a que sa pauvre vie en ce monde : pourquoi s'ôter ces petits plaisirs-là? »

La perte d'un petit enfant n'empêchait pas les contes un peu gaillards d'aller leur train. C'est à une histoire de ce genre racontée par madame de Grignan que sa mère fait allusion dans le passage

suivant : « Nous avons ri aux larmes, le bon abbé et moi, de l'histoire de la petite Madeleine. Vraiment, c'est bien à vous à dire que vous ne savez point narrer et que c'est mon affaire. Je vous dis que vous conduisez toute la dévotion de la petite Madeleine si plaisamment que ce conte ne doit rien à celui de cette hermitesse dont j'étais charmée. Je trouve que les hermites jouent de grands rôles en Provence. » Charles de Sévigné, prenant la plume après sa mère, s'égayait à son tour sur ce sujet : « Nous sommes tous fort édifiés de la dévotion de la petite Madeleine;... il n'est ferveur que de novice. . . Prenez garde où l'a jetée l'extrémité de son zèle. J'en souhaite autant à notre petite Marie; mais je voudrais bien qu'elle me prît pour son hermite. »

On devine assez quel était le fond de

cette histoire plaisante ; mais on aimerait à l'avoir d'original.

Pour se distraire, pendant son voyage, d'une longue traversée sur la Saône, madame de Grignan avait lu le traité du Père Le Bossu sur le Poème épique, mais elle n'en avait pas été charmée. Elle était peu sensible aux beautés épiques de l'antiquité. Dans la fameuse querelle, elle serait plutôt pour les modernes contre les anciens. Sa mère la renvoyait pour ce débat à Charles de Sévigné : « Mon fils vous répondra sur tout ce que vous dites du poème épique. Je crains qu'il ne soit de votre avis par le mépris que je lui ai vu pour Énée. Cependant, tous les grands esprits sont dans le goût de ces anciennetés. » Madame de Sévigné, en sa qualité d'ancienne précieuse, n'est pas loin de penser comme sa fille : « Je

crois, ma fille, que je serais fort de votre avis sur le poème épique : le clinquant du Tasse m'a charmée; je m'assure pourtant que vous vous accommoderez de Virgile. » Les héros d'Homère paraissaient grossiers à madame de Grignan et elle en parlait sans respect : « Vous nous les ridiculisez extrêmement. Nous trouvons, comme vous dites, qu'il ^ a de la feuille qui chante à ce mélange de dieux et des hommes. Cependant il faut respecter le Père Le Bossu. » — Elle lui dit encore : « Vous avez fait une rude campagne dans V Iliade. » Cependant le marquis de Se vigne, malgré ce qu'avait prédit sa mère, était du parti des anciens et ne pardonnait pas l'hérésie de sa sœur : « Ne lisez point Virgile, lui écrivait-il ; je ne vous pardonnerais pas les injures que vous pourriez lui dire.

Cependant si vous pouviez vous faire expliquer le sixième livre, et le neuvième où est l'aventure de Nisus et d'Euryale, vous y trouveriez du plaisir. Tiirnus vous paraîtrait digne de votre amitié; et je craindrais fort pour M. de Grignan si un pareil personnage venait aborder en Provence. Je vous souhaiterais du meilleur de mon cœur une telle aventure; puisqu'il est écrit que vous devez avoir la tête tournée, il vaudrait mieux que ce fût de cette sorte que par Vindéfectibilité de la matière et les négations non conversibles. » Madame de Grignan, en effet, aimait mieux la philosophie que la poésie et, si elle avait la tête tournée, c'était de ce côté-là. Elle était tenue au courant par Corbinelli des discussions philosophiques qui avaient lieu à Commercy, chez le cardinal de Retz, et dont le prin-

cipdl héros était dom Robert ou dom Desgabets *, que madame de Grignaa appelait « un éplucheur d'écrevisses ».

Elle entendait par là un faiseur de difficultés. Madame de Sévigné la trouvait bien indulgente : « Seigneur Dieu ! s'il introduisait tout ce que vous dites : plus de jugement dernier \ Dieu auteur du bien et du mal; plus de crime! appelleriez-vous cela éplucher des écrevisses? »

Dans les lettres suivantes, nous avons la bonne fortune de trouver des paroles textuelles de madame de Grignan, qui peuvent nous donner quelque idée de son style : « Je reprends, ma fille, les derniers mots de votre lettre; ils sont assommants : vous ne sauriez plus rien faire de mal, car vous ne m'avez plus;

1. Voyez Victor Cousin, Fragments de philosophie moderne» Le Cardinal de Retz cartésien.

j'étais le désordre de votre esprit, de votre santé, de votre maison ; je ne vaux rien du tout pour vous. » Dans la même lettre, madame de Se vigne cite encore ces paroles de sa fille qui témoignent d'un bien grand désenchantement de la vie : « Quand la vie et les arrangements sont tournés d'une certaine façon, qu'elle passe donc cette vie, tant qu'elle voudra et même le plus vite qu'elle pourra. »

En lisant de telles paroles, d'un ton si différent de celles de madame de Sévigné comment ne pas regretter une correspondance qui nous eût fait connaître à vif une personne si originale et qui écrivait d'une manière si mâle el si hardie I Citons encore une autre parole de madame de Grignan qui mérite d'être retenue. Elle disait que l'amitié se montre surtout dans les petites choses;

dans les grandes, Tamour-propre a trop de part; et a l'intérêt de la tendresse est noyé dans celui de l'orgueil ». Nous avons bien ici le texte même de madame de Grignan; car madame de Sévigné ajoute : « Voilà une pensée! »

La séparation de madame de Sévigné et de sa fille ne fut pas cette fois de longue durée. Partie de Paris au mois de juin 1677, elle y retourne en octobre et y passe deux ans entiers. Ce long séjour fut malheureusement comme le précédent, semé de nuages et d'orages; et aussi, comme par le passé, une fois séparée de sa mère, madame de Grignan se repentait et se faisait mille reproches amers de n'avoir pas su jouir comme elle l'aurait dû de ce temps de vie commune. On finit par être touché de ces plaintes, qui paraissent avoir été sincères

et qui sont le retour d'une humeur qui n'avait pu se changer et se maîtriser :

« Je n'ai pu voir tout ce que vous me dites de vos réflexions et de voire repentir sur mon sujet sans fondre en larmes. Ah! ma très chère! que voulezvous dire de pénitence et de pardon? »

Le mal était toujours le caractère contenu et intérieur de madame de Grignan, qui ne savait ou ne pouvait s'épancher :

« Si votre cœur était un peu plus ouvert, vous ne seriez pas si injuste. Parlez, éclaircissez-nous; on ne devine point...

On se trouve toujours bien d'avoir de la sincérité. » Il y avait donc eu des picotements de la fille à la mère; car celle-ci lui demande « de réparer les petites injustices qu'elle lui avait faites ». Mais, quels que pussent être ces torts, madame de Grignan les avouait et s'en confessait

avec humilité et tendresse : « Ne me dites plus que je vous regrette sans sujet : où prenez-vous que je n'en aie pas tous les sujets du monde?... Soyez bien assurée que mon amitié, que vous appelez votre bien ne vous peut jamais manquer. » Bien loin de triompher de ce retour de sa fille madame de Sévigné essayait au contraire d'adoucir ce qu'il pouvait avoir d'amer, en feignant d'avoir tout oublié : « Je ne me souviens plus de tout ce qui m'avait paru des marques d'éloignement et d'indifférence;... il me semble que cela ne vient pas de vous, et je prends toutes vos tendresses, et dites et écrites, pour le véritable fond de votre cœur pour moi. » Madame de Grignan remerciait sa mère du « retour » de son cœur. « Que veut dire retour? Mon cœur n'a jamais été détourné de vous. Je voyais des froi-

deurs sans pouvoir les comprendre, non plus que celles que vous aviez pour ce pauvre Corbinelli. » Madame de Sévigné n'était pas, en effet, la seule victime de l'humeur de sa fille; celle-ci martyrisait aussi son pauvre maître de philosophie :

« C'était une sorte d'injustice dont j'étais si bien instruite et que je voyais tous les jours si clairement qu'elle me faisait pétiller. Bon Dieu! combien était-il digne du contraire! »

Un autre sujet de conversation plus agréable entre les deux dames était la petite Pauline, que madame de Grignan gardait auprès d'elle, et pour laquelle elle prenait un goût de plus en plus vif.

Elle y voyait l'image de sa mère : a Je suis ravie, disait celle-ci, qu'elle vous fasse souvenir de moi ; vous me la dépeignez charmante, et je crois tout ce que

VOUS m'en dites. » Pauline était demeurée au couvent pendant le temps que sa mère avait passé à Paris. Madame de Sévigné, qui n'aimait pas les couvents, se félicitait qu'elle n'y eût pas été gâtée. « Je suis étonnée qu'elle ne soit pas devenue sotte et ricaneuse dans ce couvent. Ahl que vous avez bien fait, ma fille, de la prendre! » Madame de Grignan, moins sévère qu'on ne l'aurait pu croire, ne craignait pas d'encourager ou du moins d'abandonner à lui-même le petit amourpropre de Pauline, et sa mère approuvait cette conduite : « Vous avez raison de supprimer la modestie de Pauline; elle serait usée à quinze ans; une modestie prématurée et déplacée pourrait faire de méchants effets. » Pauline écrit à sa grand'mère; et déjà celle-ci parle « de son style ». C'est un don de

famille *. Madame de Grignan ne jouissait qu'avec quelques remords des plaisirs de la maternité. Elle racontait à sa mère et ses plaisirs et ses scrupules. Celleci la rassurait et la louait fort de jouer avec ses enfants. Voici un charmant tableau qui nous revient par ricochet :

« Que vous avez bien fait de fourrer dans votre litière tous vos petits enfants! La jolie petite compagnie! Ne vous ôtez point toutes ces petites consolations. »

Il était si souvent question de la santé dans ces lettres qu'il est inutile d'insister sur ce sujet : ce serait toujours la même chose. Disons seulement que madame de Grignan se félicitait en quelque sorte de

1. Nous avons des lettres de Pauline (madame de Simiane). Elles sont bien inférieures à celles de sa grand'mère et probablement aussi à celles de sa mère. Elles sont naturelles et sensées, mais froides ot sans le moindre agrément.

ITv LES LETTRES

maax. parce qu'ils occupaient assez sa mère pour lui faire oublier le chagrin de la séparation : « Votre poitrine est comme des morailles * qui m'empêchent de sentir le mal de ne tous ayoir plus :

je tiens de tous cette comparaison. » La poitrine allant mieux, madame de Grignan disait à sa mère « qu'elle n'avait qu*à rire, puisqu'elle n'avait plus que l'absence à soutenir » . La préoccupation de sa santé avait conduit madame de Grignan à Tétude de la médecine, et sa mère la félicitait de ce singulier goût :

« Je suis persuadée qu'avec cette intelligence et cette facilité d'apprendre que Dieu vous a donnée, vous en saurez plus que les médecins; il vous manquera

1. Espèce de tenailles que les maréchaux mettent au nez ou à la lèvre des chevaux. (Dictionnaire de VAcadémie, 1694.)

quelque expérience; et vous ne tuerez pas impunément comme eux; mais je me fierais plutôt à vous qu'à eux...

Apprenez, apprenez; il ne vous faudra point d'autre licence que de mettre une robe comme dans la comédie. » Madame de Grignan, comme toutes les personnes qui se piquent de médecine, raisonnait sur son état : « Vous parlez de votre mal avec une capacité qui m'étonne ». Elle souffrait à la fois du vent du nord et du vent du midi, qui sont les deux fléaux de la Provence. Elle écrivait à sa mère :

« La délicatesse de ma poitrine égale nos âges. »

Quelque chrétienne que fût madame de Sévigné, elle avait une dévotion éclairée et élevée; et cette dévotion s'entendait avec la philosophie de madame de Grignan pour rejeter les sottes super-

slitions. Celle-ci lui avait décrit avec dégoût un dîner de trappistes. Elle lui répond : « Le dîner que vous me dépeignez est horrible; je ne comprends pas cette sorte de mortification, c'est une juiverie, et la chose du monde la plus malsaine. » Elles avaient cependant Tune et l'autre des remords sur la tiédeur de leur dévotion; et madame de Grignan exprimait à sa mère sur ce sujet des pensées que celle-ci lui renvoyait en ces termes : « Je vous admire sur tout ce que vous dites de la dévotion. Ehl mon Dieu! il est vrai que nous sommes des Tantales : nous avons l'eau tout auprès de nos lèvres; nous ne saurions boire.

Un cœur de glace, un esprit éclairé; c'est cela même *. » Ces derniers traits

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