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M. Sayous, 1. 1", p

^K LE? ÊTRIVAINS CALVINISTES. 0«

^1» LyrauiUB qui est chose nouvelle eo France, w« lit libcné ' : conclusion fausse, démentie ■B» ûiiâ, nvàiti qui témoigne du moins d'une kiii<ic[teiidance. Ce sont là de ces témérités B». qui londt^iit la science, en substituant la , ~..ir., qui éprouve et discute les traditions re- ':■< orifdulilu aveugle qui les admet sans

llionO, quHottman porte dans l'histoire tlariK la philosophie, pénètre dans la

I liii resle une illuMon usez géoérale chei les réronnés alh ureui. D'AubigntS dit :

ce de toutes les libertés qui leur bené de conscience, il est clair qu'à su Louis était moins tolâraot que

e ici quelques lignes son beau travail sur Ramus :

ment remarquable par ta biur-

nb euses et émouvantes péripéties, tragique. A part cet intérêt tout pectacle plus rare de grandes pauvreté, la misère et te deuil, et du pouvoir, la perte de sa

[ es à main armée de ses adver-

m me, Ramus a tout accepté, oon-

avec bonheur. C'est lui-même

roits de ses écrits : Je lupporte

! orages, parce guajs contemple, Itunce d'une phihsophit plus

philologie avec Henri Estienne, le plus savant de tous ces hommes. Trouvez donc un érudit qui, après avoir accompli sur les langues savantes un de ces travaux herculéens qui nous confondent encore aujourd'hui, pousse, comme Henri Estienne, la candeur et l'abnégation jusqu'à déclarer que la langue française, tout imparfaite qu'elle est encore, est supérieure aux autres langues connues, et égale cette langue grecque si vénérée, et qui lui a coûté de si rudes labeurs. Ne l'oublions pas d'ailleurs, c'est devant les persécuteurs toujours béant de grand appétit après le sang des réformés^ selon l'expression de Robert Estienne, c'est au milieu des plus dures épreuves, en exil, dans la misère, que les deux Estienne, le père et le fils, poursuivent plusieurs de ces travaux immenses qui effrayeraient les érudits modernes au milieu des aises de la vie la plus calme et de tous les secours que la science trouve aujourd'hui si facilement. C'est que pour ces savants du xvi* siècle, comme plus tard pour les Bénédictins, il y avait quelque chose qui soutenait leur courage,

humaine, les hommes devenus meilleurs, plus polis et plus éclat" ris. Dans un temps comme e nôtre, où Ton se plaint de voir les caractères s'effacer, il est peut-être utile de peindre un homme d*un esprit indépendant, d'une volonté ferme et intrépide, offrant l'exemple de presque toutes les vertus, mais surtout attaché à se? croyances et mettant noblement à leur service ses facultés, sa fortune et sa vie. » (Ramus, sa vie, ses écrits et ses opinions, p. 14.)

Tespoir d*ètre utiles à la cause à laquelle ils avaient voué leur vie. Nos, pères ont vu encore cpielques traces de cette ardeur de science, mise au service des convictions sérieuses, et encouragée dans ses eJOTorts par son abnégation. Le mouvement intellectuel de la restauration nous a laissé à cet égard des exemples qui nous étonnent, nous, génération énervée, et nous trouveraient peut-être incrédules, si d'impérissables monuments n'étaient là pour les constater. Si nous ne pouvons suivre de tels exemples, sachons du moins les admirer et les comprendre ; qu'ils nous apprennent que l'étude opiniâtre a besoin d'être intéressée par quelque passion généreuse. Quand on n'a d'autre but dans ses travaux que des avantages individuels, on n'est pas assez fort : Tâpreté de rintérêt personnel ne produit point ces miracles de ténacité consciencieuse qui font les œuvres durables. Qui ne s'appdie que sur soi est toujours faible ; il faut demander notre force à quelque chose qui ne soit pas nous et qui relève à nos propres yeux la valeur de nos efforts et le mérite de notre opiniâtreté. Et puis, l'étude poursuivie à ces conditions n'éclaire pas seulement l'intelligence, elle épure le cœur et fortifie la volonté. Elle fait plus encore, elle recommande aux yeux de la foule les idées dont on a embrassé la défense ; déjà justifiées par les lumières dont on les entoure, elles sont encore honorées par cette labo-

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rieuse persévérance, que seules elles peuvent inspirer.

Préservés des superstitions de l'érudition contemporaine par la gravité de leurs doctrines et par l'indépendance de leur esprit, les écrivains calvinistes ont dû à la nécessité de propager leur religion par la parole, l'avantage de sortur du cercle restreint où s'étaient jusque*là renfermés les penseurs, et en ne songeant qu'à répandre leurs opinions religieuses , d'exercer sur les destinées de notre langue une influence incontestable. Substituant à l'autorité le droit d'examen individuel, ils sont obligés de s'adresser à tous et de parler le langage commun : ils laissent de côté le latin, la langue où s'était écrit jusqu'alors presque tout ce qu'on avait pensé de sérieux, et, pour la première fois, la langue française, qui jusque-là n'avait guère su que raconter les faits d'armes et les légendes d'amour, apprend à exprimer, dans un langage clair et précis, les vérités les plus hautes où puisse atteindre la pensée humaine.

La publication de YInstitution chrétienne^ le livre le plus remarquable de Calvin S est peut-être la date la plus importante dans l'histoire de notre langue, plus importante, ce semble, que l'apparition du Discours de la méthode^ qui est postérieur de cent ans. Outre le mérite incontestable

i. La première édition française est, à ce que Ton croit, de 1546.

d'avoir le premier exprimé les pensées les plus graves dans un langage nerveux et sévère, il est aisé de concevoir combien les écrits de Calvin ont dû avoir une influence plus immédiate et surtout plus étendue. Depuis lôAO jusqu'à sa mort, sortent de sa plume infatigable des milliers d'homélies, de discours, de pamphlets. M. Sayous ne compte pas moins de deux mille sermons de Calvin. « Si Ton pouvait, dit-il, ajouter et les homélies populaires qu'il répandit en France avant de s'exiler, et ses discours de 1549 à 1560, peut-être faudrait-il porter à trois mille le chiffre déjà énorme des sermons qui nous sont restés. » Qu'on se figure donc l'efTet que dut produire sur les esprits, même de ses adversaires, cette infatigable •propagande, cette nouveauté inouïe, aidées de tout l'intérêt qu'y ajoutaient et les passions de l'époque et les circonstances du moment ! Substitués aux lourds volumes écrits en latin, hérissés de formules scolastiques, ces écrits clairs, courts, substantiels, ardemment propagés et reproduits, de Genève s'éparpillaient sur toute la France, allaient consoler, raffermir les âmes dans les retraites cachées, dans l'exil, dans les prisons, au pied même des échafauds. Ils devenaient la nourriture intellectuelle de toute une portion du peuple, sa méditation quotidienne : on les recueillait avec vénération, on les lisait dévotement, et les formes de ce style, déjà si parfait, s'insinuaient

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peu à peu dans les esprits, à l'aide du respect qu'inspiraient tout à la fois la sainteté du sujet et l'autorité de l'écrivain.

Les qualités dominantes du style de Calvin sont précisément celles qui manquent aux plus illustres de ses contemporains : la simplicité, la netteté, la suite^ la méthode; ses écrits s'adressent à la foule, et son premier soin, c'est d'être intelligible pour tout le monde. Qui ne voit au contraire que, malgré les bouffonneries si amusantes de Rabelais et le bon sens si vif et si pratique de Montaigne, leurs livres sont œuvres de lettrés, et que c'est pour les lettrés seuls qu'ils écrivent ? Il y a plus : prenez au hasard une page de Calvin et une page de Montaigne ; le style de Montaigne, dont les Essais sont postérieurs de près d'un demi-siècle à» Y Institution rkrétienne, semblera moins moderne que celui de Calvin. Chez celui-ci, on trouve quelques mots surannés ; mais le tour, le mouvement, la coupe de la phrase, ce qui surtout caractérise une langue, tout cela est moderne chez lui ; il a rencontré du premier coup le vrai génie de notre prose. On a reproché, il est vrai, à Calvin la tristesse de son style ; le reproche me semble injuste. Calvin possède ce qui fait le premier mérite de tout écrivain, le style du sujet. Il reste grave, sans manquer ni de véhémence ni d'imagination : son ton est celui d'un homme pénétré des vérités qu il expose, et cela me paraît infiniment

plus convenable que les ornements égayés dont les jésuites ont trop souvent depuis embelli les plus lugubres sujets. Il est difficile de croire que des écrivains qui marivaudent sur le péché originel soient des pécheurs bien effrayés. Mais quand Calvin quitte renseignement du dogme pour aborder la polémique, il a, comme le remarque M. Sayous, une certaine force comique. Dans son pamphlet sur les reliques, il est beaucoup plus amusant que ne l'auraient voulu sans doute ses adversaires, et c'est avec la gaieté amère de Pascal qu'il s'élève contre ceux qui font métier de montrer les reliques des saints, d'en inventer au besoin, contre ces porteurs de rogatons qui exercent foire vilaine et déshonnête ; c'est avec une causticité digne de Voltaire qu'il démontre la nécessité d'un inventaire complet des reliques qui sont en la chrétienté, pour qu'on sache enfin à quoi s'en tenir sur le nombre de bras, de tètes, de corps que possède chaque saint , saint Sébastien , par exemple, lequel a dû, à la propriété lucrative de guérir la peste, d*être multiplié en quatre corps ^ plus deux têtesy dont l'une est à Saint-Pierre de Rome y r autre aux Jacobins de Toulouse^ sans compter quelques menus lopins qui sont en plusieurs églises^ etc. Il y a même dans ce singulier pamphlet quelques plaisanteries plus hardies, qui ne permettent point la citation.

Loin d'interdire l'emploi de la raillerie, Calvin

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en a recommandé Tusage « contre ces superstitions et folies dont le monde a été embrouillé ci-devant, car il ne se peut faire qu'en parlant de matières si ridicules on ne s'en rie à pleine bouche. » Il n'a guère abusé cependant de cette licence qu'il accordait aux autres : c'est avant tout un génie sévère, et surtout pratique. On peut croire que les arts le touchaient peu ; dans un remarquable passage de son Institution chrétienne, où il rend une justice' éclatante à l'antiquité, ce dont il sait gré surtout aux anciens, c'est d'avoir porté si loin la jurisprudence , la philosophie, la dialectique, la médecine, les sciences utiles; quant à la poésie, où le génie de l'antiquité a triomphé, s'il en parle, c'est sans la déprécier, il est vrai, mais en passant et par allusion. Il parait réduire l'éloquence à la dialectique. M. Sayous nous apprend que Calvin lisait beaucoup Cicéron, et il croit trouver dans le style du réformateur de Genève des traces de cette fréquente lecture ; il me semble que Calvin offre avec Démosthène des rapports plus évidents. C'est le même enchaînement logique, la même véhémence, le même dédain pour tout ce qui ne s'adresse qu'à l'imagination. Partout, dans Cicéron, on sent l'artiste plus passionné encore pour le beau que pour le vrai ; et c'est ce qui n'apparaît jamais dans Calvin. Raphaël et Michel-Ange n'eussent pas toujours trouvé grâce devant lui : il interdit à la sculpture et à la pein-

ture les représentations de la Divinité comme de véritables profanations. Son opinion sur la musique mérite d'être rapportée : il approuve le chant simple dans les églises ; il le trouve « façon trèssainte et utile ; comme au contraire les chants et mélodies qui sont composés au plaisir des oreilles seulement, comme sont tous les fringots et fredons de la papisterie , et tout ce qu'ils appellent musique rompue et chose faite et chants à quatre parties, ne conviennent nullement à la majesté de Dieu, et ne se peut faire qu'ils ne déplaisent grandement à Dieu ^ )) De notre temps, des archéologues distingués ont repris, au point de vue catholique, la thèse soutenue ici par Calvin, et tenté de substituer aux fredons et fringots qui retentissent encore dans les églises, une musique plus sévère et plus simple. Quant à l'indifférence de Calvin pour la poésie, elle se trouve chez plusieurs catholiques des plus éminents. On connaît les sévérités de l'école de Port-Koyal et les dédaigneux anatbëmes de Pascal contre les poètes et la poésie.

Quelle qu'ait été l'austérité du génie de Calvin au seizième siècle, elle lui est particulière. Une doctrine si sévère ne marque pas immédiatement à son empreinte tous les esprits qui s'y soumettent. L'on ne doit pas oublier que deux des plus

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