Ihid., t. IX , p
Munich, 15 janvier 1806.
« Je lis dans le Journal de l'Empire du 9 janvier, qu'au bas d'une comédie de Colin d'Harleville on a mis : « Vu et permis l'impression et la mise en vente, d'après décision de Son Excellence le Sénateur ministre de la police générale, en date du 9 de ce mois. — Par ordre de Son Excellence, le chef de la division de la liberté de la presse^ P. Lagarde. »
« J'ai lieu d'être étonné de ces nouvelles formes, que la loi seule pouvait autoriser. S'il était convenable d'établir une censure, elle ne pouvait l'être sans ma permission. Lorsque ma volonté est que la censure n'existe pas, j'ai lieu d'être surpris de voir, dans mon empire, des formes qui peuvent être bonnes à Vienne et à Berlin. S'il existe sur cela un usage que je connais point, faites-m'en un rapport. J*ai longtemps calculé et veillé pour parvenir à rétablir l'édifice social ; aujourdChui je suis obligé de veiller pour maintenir la liberté publique. Je n^entends pas que les Français deviennent des serfs. En France, tout ce qui n'est pas défendu est permis, et rien ne peut être défendu que par les lois, par les tribunaux, ou par des mesures de haute police, lorsqu'il s'agit des mœurs et de Tordre public. Je le dis encore une fois, Je ne veux pas de censure^ parce que tout libraire répond de l'ouvrage qu'il débite.
parce que je ne veux pas être responsable des sottises qu'on peut imprimer, parce que je ne veux pas enfm qu'un commis tyrannise l'esprit et mutile le génie *. »
Certes, U y a dans cette lettre des maximes vraiment libérales, et une volonté arrêtée de ne pas rétablir la censure. Quatre ans plus tard, il est vrai. Napoléon changera d'avis sur ce point : en attendant, il croit que les lois, les tribunaux et des mesures de haute police suffisent bien pour arrêter les mauvaises publications. Une note fut insérée, en conséquence, dans le Moniteur du 22 janvier 1806, où le thème développé dans cette lettre est présenté sous une forme très-libèralé, et où Ton déclare être fort étonné de la singulière permission accordée à M. Colin d'HarleviUe. Néanmoins la vigilance de l'autorité ne dut point se ralentir, car, un mois après, nous trouvons dans la correspondance de Napoléon la lettre suivante :
A M. CÂMBAGÉRES.
Paris, 24 février 1806.
« Je suis instruit qu'il s'imprime un ouvrage intitulé Mémoires de Louis XIV ^ écrits par lui-
1. Correip., t. XI, p. 538. Au reste, la censure pour les pièces de théâtre existait depuis 1804 : elle se composait de MM. de Faucheret, Lemontey, Lacretelle jeune et Esménard. (Hallays Dabot, Hist, de la censure, p. 218.)
mêmey chez un libraire nommé Garnery, rue de Seine, hôtel de La Rochefoucauld. Envoyez chercher ce libraire, et dite$4ui qu'il ne V imprime pas^ sans que vous ne l'ayez lu. Un ouvrage de cette nature ne peut s'imprimer sans que la police en soit instruite. Lisez effectivement cet ouvrage et dites-moi ce que vous en pensez ^ »
Deux mois après il écrit encore à Fouché : /
Saint-GIoud, 7 mai 1806.
« Il paraît un quatrième volume de Millot, qui contient une infinité de choses absurdes et contraires à la gloire de nos armes. Il est tout à fait indécent que des hommes si ignorants écrivent d'une manière classique sur des choses qui se sont passées de nos jours. Faites supprimer le volume *. ))
1. Corresp., t. XII, p. 95. L'ouvrage parut néanmoins. Il n'en fut pas de même des Mémoires de Dangeau, dont M°"' de Genlis voulait publier une édition abrégée. « Tandis que l'Empereur était au camp de Boulogne, elle lui fit hommage d'un abrégé des Mémoires de Dangeau, qu'elle avait fait sur le manuscrit original existant à la bibliothèque de l'Arsenal. Il lut l'ouvrage avec intérêt, et accorda sur sa cassette une pension de 6,000 francs, à l'au* teur. Il ne voulut pas , dit-on , en permettre l'impression , et 6t déposer l'original à sa Bibliothèque particulière. » Thibeaudeau, t. II, p. 179; M*"' de Genlis confirme ce fait dans ses Mémoires (t. V, p. 208).