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â«6 LES LETTRES ET LA LIBERTÉ.

Il s'agit évidemment de l'histoire de France de l'abbé Millot, dont une nouvelle édition paraissait alors avec une continuation par Charles Millon, professeur à la faculté des lettres de Paris, et Delisle de Sales, membre de l'Institut impérial. J'ai eu la curiosité de lire ce malencontreux quatrième volume, que M. Fouché avait eu l'imprudence de laisser paraître. 11 est tout entier de Delisle de Sales, et va de la mort de Louis XYI h U campagne d'Austerlitz. J'y ai trouvé en effet pas mal de cho$^ ab$urdesy mais rien absolument qui pût éveiller, ce me semble, la moindre susceptibilité de la part du pouvoir. L'auteur a un sentiment profond de la situation épineuse où il s'est mis en écrivant l'histoire contemporaine. Après avoir énuméré les écueils que l'on doit redouter quand on écrit l'histoire de son temps, il ajoute cette phrase maladroite, je le veux bien, mais qui témoigne de la pureté de ses intentions : « La difficulté s'accroît, quand on sait qu'on écrit en présence d'un gouvernement tutélaire, qui voudrait concilier tous les intérêts, affaiblir toutes les pa^ sions... » L'air peu rassuré de l'écrivain, en pré* sençe de ce gouvernement trop tutélaire en effet, était de nature à faire sourire le lecteur. £n un mot, l'auteur est assez gauche* sans doute; mais ses intentions sont d'une innocence irréprochable, et il fait d'évidents efforts pour remplir toutes Içfl conditions requises d'une histoire conteoiporaine

SOUS un gouvernement tutélaire. Sa bonne volonté ne l'a pas sauvé du ridicule, mais elle aurait dû au moins préserver son livre d'un si sévère châtiment. 11 faut bien convenir qu'il est extrêmement désagréable de se voir sottement loué. Mais c'est un inconvénient auquel tous les gouvernements doivent se résigner d'avance^ et l'exemple de Delisle de Sales était de nature à frapper d'épouvante plus d'un écrivain et aussi plus d'un fonctionnaire de ce temps-là.

Au reste, Napoléon avait ses idées sur l'histoire contemporaine, et il lés a exposées dans une note extrêmement curieuse , publiée d'abord par M. Sainte-Beuve, dans son article sur Fontaneâ. On l'y trouvera in extenso *; nous en citerons les passages les plus remarquables. 11 faut d'abord dire à quelle occasion elle fut dictée. L'abbé Halma, bibliothécaire de l'Impératrice, avait demandé à être nommé continuateur de Velly et du président Hénault. Le ministre de l'intérieur, M. Grétet, avait eu la simplicité de répondre que <( ce n'était pas au gouvernement à intervenir dans une semblable entreprise, qu'il fallait la laisser à la disposition des gens de lettres. » « Informé de cette réponse, dit M. Sainte-Beuve, l'Empereur

1. Elle se trouve également dans \9k Correspondance y t. XVI, p. 489. Elle est datée de Bordeaux, que Napoléon traversait alors en se rendant à Bayonne, où les affairés d'Espagne l'attiraient et, ce me semble, auraient dû suffisamment Toccupef .

prend feu, et (le 12 avril 1808) dicte la note secrète que voici : »

« Sa Majesté n'approuve pas les principes énoncés dans la note du ministre de F in teneur. Ils étaient vrais il y a vingt ans, ils le seront dans soixante*; mais ils ne le sont pas aujourd'hui. Velly est le seul auteur un peu détaillé qui ait écrit sur THistoire de France; V Abrégé chronologique du président Hénault est un bon livre classique : il est très-utile de les continuer l'un et l'autre. Velly finit à Henri IV, et les autres historiens ne vont pas au delà de Louis XIV. 11 est de la plus grande importance de s'assurer de l'esprit dans lequel écriront les continuateurs... Sa Majesté désire que les deux ministres (de la police et de l'intérieur) se concertent pour faire continuer Velly et le président Hénault. Il faut que ce travail soit confié non-seulement à des auteurs d'un vrai talent, mais encore à des hommes attachés, qui. présentent les faits sous leur véritable point de vue, et qui préparent une instruction saine, en prenant ces historiens au moment où ils s'arrêtent, et en conduisant l'histoire jusqu'en l'an VIII.

« Sa Majesté est bien loin de compter la dépense pour quelque chose. 11 est même dans son intention que le ministre fasse comprendre qu'il

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