V Essai sur Véloquence de la chaire ne parut qu'en
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On a pourtant vanté quelquefois la critique d*alors et surtout celle du Journal de V Empire. Je crains qu'on n'en parle un peu par ouï-dire : Ginguené, Fauriel et quelques autres des idéologues de la Décade philosophique avaient sans doute des vues assez larges, et surtout une connaissance des littératures étrangères, qui manquait à leurs contemporains ; mais la Décade fut bientôt supprimée. Quant aux littérateurs du Journal de l'Empire^ il y a assurément de l'esprit chez l'abbé de Féletz et chez Hoffmann. Mais c'est tout, et si l'on compare ce genre de critique à celui que, qtdnze ans plus tard, quelques jeunes gens, alors inconnus, inaugurèrent dans le Globe de la Res-* tauration, on sentira tout ce qu'il y avait de mesquin, d'arriéré, d'étriqué dans cette critique san^ portée. Pour Geoffroy, son insolence et le scandale
La simple biographie littéraire dont M. Sainte-Beuve a si heureusement agrandi le cadre, était loin d'avoir ses coudées franches quand il s'agissait des contemporains. Après la mort de Joseph Chénier, Daunou, l'un des hommes les plus honnêtes d'alors, publiant sur lui une notice nécrologique, n>)se pas dire que son ami a perdu sa place d'inspecteur de l'instruction publique pour la publication de son Épttre à Voltaire» et il se tire d'affaire par un petit mensonge : « Jamais, dit-il, sa maladie ne l'a plus affligé qu'en le forçant d'interrompre de si honorables travaux. » Il était malade, en effet, mais la maladie, qui interrompit les travaux en question, fut une destitution motivée par Foucbé, dans l'intérêt de la morale (la morale de Fouché) I On sait que Napoléon répara noblement le mal que cette destitution avait fait au poëte et à sa vieille mère, malade comme lui, en envoyant à Chénier, comme dédommagement de sa place perdue, une pension 4e 6,660 fr.
qu'elle causa, expliquent seuls le bruit qui s'es fait autour de son nom. 11 est méchant sans être? piquant, ce qui est pourtant assez aisé, quand oa se permet tout. Malgré les flagorneries qu'il prodigue à Napoléon, l'Empereur parait l'apprécier à sa juste valeur, et il est évident qu'il le comprend parmi « les dix polissons sans talent et sans génie, » qui clabaudent sans cesse contre tous les écrivains de quelque talent, et dont il se plaint amèrement en un endroit de sa correspondance. Il n'y a qu'un point où il trouve que Geoffroy a du bon. Il écrit à Fouché au sujet d'un des remaniements nombreux qu'il opérait de temps à autre dans la presse: « Il faudrait que l'esprit des journaux conservés fût dirigé dans ce sens d'attaquer l'Angleterre dans ses modes, ses usages, sa littérature^ sa constitution; Geoffroy n'est recommandable que sous ce point de vue, et c'est le grand mal que nous a fait Voltaire de tant nous prêcher l'anglomanie ^ ».
Cependant l'Empereur, avec le sentiment élevé qu'il avait de la gloire littéraire, s'apercevait bien que, malgré le zèle des défenseurs des saines doctrines, le siècle nouveau de Louis XIV tardait ' un peu à paraître. Il s'en impatientait, et le 12 décembre 1806, il écrivait de Posen, à M. de Ghampagny, ministre de l'intérieur :