Tome I, p
3t8 LES LETTRES ET LA LIBERTÉ.
reurs avaient fait arranger cette vallée, et l'avaient embellie^ — enlaidie, à ce que prétend Juvénal. Le petit étang était devenu un bassin somptueux ; m rebord de marbre avait profané le gazon qu'y faisait croître la nature; on y avait construit des rochers et des grottes, « qui ne ressemblent guère à de vraies grottes ; » le bois, consacré aux Muses, avait perdu tout mystère/ tout caractère sacré. Puis, comme il fallait bien que le fisc rentrât un peu dans ses fonds et couvrit les frais d'embellissements, on avait imaginé de louer une place au pied de chacun de ces arbres antiques à des juifs qui venaient, avec un cabas et un peu de foin, y étaler aux promeneurs leur misère et leur mendicité. Il faut voir l'mdignation de Juvénal : on a jeté dehors les Muses, et on les a remplacées par des mendiants : « Chaque arbre vous tend la main! » — De notre temps, transformation nouvelle : l'armée française d'occupation a établi là son école de caisses, a Une douzaine de tambours frappés en même temps avec un rhythme différent, et qui vous poursuivent de leur tapage discordant jusqu'au Cotisée et au Forum, ôtent aux lieux les plus poétiques de Rome toute leur poésie. Malgré mon respect sincère pour nos incomparables soldats, je ne puis m'empêcher de regretter les juifs du temps de Juvénad ; du moins ils ne faisaient pas tant de bruit que les tambours ^. »