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SUR LES PENSIONS LITTÉRAIRES

dans le soin qu'il mit à établir une égalité parfaite entre les académiciens; en mêlant à TAcadémie les gens de lettres et les gens du monde, il voulait habituer le public à mettre au moins de niveau le mérite personnel et la naissance. C'était alors une nouveauté hardie et un progrès réel. C'est que Richelieu aimait sincèrement les lettres; c'est que, comme Frédéric II, il avait pour la poésie une passion malheureuse, mais constante et vraie, au point d'oser être Jaloux de Corneille comme d'un rival dramatique; lui qui, comme homme d'État, ne Tétait de personne. Quant à ses générosités à l'égard des gens de lettres, elles sont trop connues pour que nous ayons besoin d'insister sur ce point; elles provenaient si bien de l'initiative personnelle de Richelieu , que pendant le petit nombre de mois où la mort de Richelieu laissa Louis XIII roi de fait, il se hâta de signaler son autorité en biffant de sa main toutes les pensions i.

mfazarin reprit le protectorat de Richelieu, mais dans un Lut uniquement intéressé. Il ne parait pas avoir aimé les lettres; son goût était pour la musique et les beaux-arts proprement dits; mais les pamphlets de la Fronde, les Mazarinades, récent essai de la puissance active de la presse après les pamphlets protestants ou ligueurs du xvi*' siècle, auraient suffi pour révéler à l'habile Italien l'importance nouvelle des lettres. En cela, comme en tout, s'il poursuivait fidèlement les desseins de Richelieu, c'était à sa manière, en substituant l'astuce et les pratiques tortueuses aux grandes mesures soutenues par Richelieu avec une violente et inflexible volonté. Brienne nous a laissé à ce sujet, dans ses Mémoires*^ le récit piquant d'une négociation délicate dont il fut chargé : Priolo avait composé une histoire fort satirique de Mazarin et Fallait récitant dans les sociétés; Mazarin en fut prévenu ; les moyens de rigueur lui répugnaient ; au lieu d'envoyer Priolo à la Bastille , il résolut de se l'attacher. Brienne attira Priolo à un diner, et , après lui avoir raisonnablement échauffé la tête à l'aide des vins de Reims et d'Espagne , il lui fit réciter sa satire, l'applaudit fort, mais, « tout en louant chaque trait maiin, lui fit sentir le prix qu'on pouvait mettre à leur suppression. » Priolo comprit fort bien, et dès le lendemain Mazarin lui fit compter une pension de 2,000 livres qui fut continuée jusqu'à la mort du cardinal. Priolo composa une belle histoire latine à

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