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SUR LES PENSIONS LITTÉRAIRES

seur de mathématiques voudrait aujourd'hui donner des leçons à plusieurs enfants, aux appointements accordés jadis par la munificence de la famille royale. D*où il résulte assez évidemment, ce me semble, que le public vaut mieux comme protecteur, et apprécie mieux la valeur intellectuelle que n*ont fait les Augustes et les Mécènes de Tancien régime.

Voici la liste des pensions dressée par Golbert pour Tannée 1663 :

Au sieur de La Chambre, médecin ordinaire du roi , excellent homme poux la physique et pour la connaissance des passions et des sens, dont il a fait plusieurs ouvrages fort estimés, une pension de 2,000 livres.

Au sieur Conrart, lequel, sans connaissance d'aucune autre langue que sa maternelle, est admirable pour juger de toutes les productions de l'esprit, une pension de 1,500 livres.

Au sieur Le Clerc^ excellent po6te français, 600 livres.

Au sieur Pierre Corneille, premier po6te dramatique du monde, 2,000 1.

Au sieur Desmarets, le plus fertile auteur et doué de la plus belle imagination qui ait jamais été, 1,200 livres.

Au sieur Ménage, excellent pour la critique des piàces, 2,000 livres.

Au sieur abhé de Pure, qui écrit l'histoire en latin pur et élégant, 1,000 iivres.

Au sieur Boyer, excellent poète français, 800 livres.

Au sieur Corneille jeune, bon pofite français et dramatique, 1,000 liv.

Au sieur Molière, excellent pofite comique, 1,000 livres.

Au sieur Benserade, poète français fort agréable, 1,500 livres.

Au père Lecointre de l'Oratoire, habile pour l'histoire, 1,500 livres.

Au sieur Oodefroi , historiographe du Roi , 8,600 livres.

Au sieur Huet de Caen, grand personnage, qui a traduit Origène, 1,500 hvres.

Au sieur Charpentier, poète et orateur français, 1,200 livres.

Au sieur abbé Cottin, idem, 1,200 livres.

Au sieur Sorbière, savant es lettres humaines, 1,000 livres.

Au sieur Dauvrier, idem, 8,000 livres.

Au sieur Ogier, consommé dans la théologie et les belles-lettres, 1,500 1.

Au sieur Vallier, professant parfaitement la langue arabe, 600 livres

A l'abbé Le Vayer, savant es belles-lettres, 1,000 livres.

Au sieur Le Laboureur, habile pour l'histoire, 1,200 livres.

Au sieur de Sainte-Marthe, idem, 1,200 livres.

Au sieur Du Perrier, poète latin, 800 livres.

Au sieur Pléchier, pofite français et latin, 800 livres.

Aux sieurs de Valois frères, qui écrivent l'histoire en latin, 2,400 livres.

Au sieur Mauri , podte latin, 600 livres.

Au sieur Racine, poète français, 800 livres.

Au sieur abbé de Bourzeis, consommé dans la théologie positive scolastique, dans l'histoire, les lettres humaines et les langues orientales, 3,000 livres.

Au sieur Chapelain, le plus grand poôte français qui ait jamais été et du plus solide jugement, 3,000 livres.

Au sieur abbé Cassagne, poète, orateur et savant en théologie, 1,500 1.

Au sieur Perrault, habile en poésie et en belles-lettres, 1,500 livres.

Au sieur Mézeray, historiographe, 4,000 livres.

Nous n'avons aucune remarque à faire sur cette liste; il semble que les chiffres parlent assez haut.

On a imprimé dans les Mélanges publiés par la Société des hibliophUes français (année 1826) les listes de pensions et gratifications annuelles Jusqu*en 1679 inclusivement : ce sont les seules qu'on ait retrouvées. Nous ne les reproduisons pas ici, nous contentant de signaler ce que nous y avons trouvé de plus remarquable.

On a dit que ces listes s'étaient peu à peu rapprochées de réquité ; qu'avec le temps les écrivains illustres avaient fini par être mieux traités, et que les mauvais auteurs en avaient été successivement éliminés. Il y aurait sur ce point quelques restrictions à faire.

D*abord, ces mauvais auteurs appartenant presque tous à une époque fort antérieure à celle de Boileau et de Racine, qui représentaient alors la jeune école par leur âge comme par leur goût, il est tout naturel que la mort se soit chargée d'introduire à cet égard plus d'équité dans les listes. Néanmoins on y trouve toujours des noms parfaitement obscurs, et dont le mérite pouvait être au-dessous même de celui de Cottin et de Chapelain.

Chapelain y figure jusqu'en 1672 inclusivement : il ne mourut qu'en février 1674; il fut donc une année sans pension. Mais on sait qu'il était riche , que la maison de Longueville lui avait fait 2,000 livres de pension, pour le récompenser d'avoir célébré un de ses ancêtres, Dunois, dans le poème de la Pucelle, Antérieurement, Richelieu lui avait fait une pension de 1,000 livres, et Mazarin, de 1,500 livres. En lui annonçant cette pension, Mazarin s'était excusé de l'exiguïté de la somme ; « C'est si peu de chose que j'en ai honte, » lui dit-il (Tallemant), Chapelain avait d'ailleurs des bénéfices , et il avait reçu de son libraire 3,000 livres

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