SDR LES PENSIONS LITTÉRAIRES
pour la Pucelle, somme énorme pour le temps. II avait fait beaucoup d'économies; on sait qu'il était d'une avarice sordide; son costume crasseux et sa perruqtie anttqiie étaient célèbres ; ce fut son goût pour l'épargne qui causa sa mort : il attrapa une pleurésie pour s'être mouillé les jambes un jour de pluie, au lieu de payer le sou d'usage pour traverser une planche jetée sur un largB ruisseau. Il avait alors 79 ans. Quant à sa pension de 3,000 livres, il la conserve sans réduction jusqu'en 1672, et toujours son nom est accompagné de quelque formule plus ou moins laudative. La dernière année même qu'il touche sa pension, il la touche « en considération des beaux ouvrages qu'il a donnés au fmblic. » On ▼oit que les épigrammes de Boileau n'avaient pas eu une grande influence sur la confection des listes.
C'est en 1674 seulement, c'est-à-dire après ses neuf premières satires, ses quatre premières épîtres, VArt poétiqtM et le Lutrin, que le nom de Boileau apparaît enfin avec cette sèche formule : « pour la pension que le roi lui a accordée, 9,000 francs. » L'année suivante, son nom ne figure plus, je ne sais pourquoi; 11 reparait ensuite jusqu'à la fin , toujours pour 2,000 livres et sans aucun de ces éloges dont le rédacteur des listes était si prodigue envers Chapelain. On lui accordera, par exemple, en 1677, cette mention , convenable tout au plus à un débutant : « en considération de son application aux belles-lettres. » On peut même soupçonner une petite malice de la part de celui qui a dressé les listes, dans le soin qu'il prend d'intercaler le nom de Boileau entre ceux de deux de ses ennemis, les Perrault, le littérateur et son oncle Vassa^sin, comme disait Boileau, c'est-à-dire le médecin : tous deux, comme Boileau, touchent 2,000 francs.
Quant à Molièjib , il conserve sa pension de 1,000 francs jusqu'en 1672 inclusivement. Il mourut au commencement de 1673 (17 février).
La pension de Corneille est marquée pour la dernière fois en 1673. Corneille, alors âgé de 67 ans et chargé de famille, ne meurt qu'en 1684 !
La Fontaine ne paraît nulle part sur ces listes.
Racine voit en 1666 sa pension de 600 livres élevée à 800, — en 1668, à 1,200, — en 1670, à l,500i, — en 1679, à 2,000.-11 est vrai qu'à partir de 1678, il reçut du roi, quand il l'accompagnait dans ses voyages, diverses gratifications que Racine fils