‹ Les lettres harmonieusesChapitre 2 sur 13 · LES · texte numérisé non relu

LES

Le rhvthme. — Les valeurs.

— Ainsi donc , fillot , dit le bon M. Baurel , nous commençons aujourd'hui lu musique.

— Sans battre la mesure, sans nommer de notes, sans dièzes ni bémols, bon ami , ajouta Paul.

— Bien entendu — cependant tu m'avoueras qu'il faut bien remplacer tout cela par quelque chose.

— Ah 1 fit l'enfant avec une mine qui se rembrunit.

— Oh ! mais ce sera fort simple, reprit M. Baurel. D'abord lu vas reconnaître toi-même que la mesure est indispensable. Vovons. Que faut- il pour faire un travail proprement, convenablement?

— Il le faut faire selon les règles.

— Très-bien, en règle, c'est-à-dire en mesure.

Uu lionaue qui nitircheruit luiilùlvik', laulùt leuLement, niarclieiail irn'g'ulièremcnt. Celui, au contraire^ dont tous les pas sont, égaux, marche régulièrement, en mesure.

— Je comprends, dit Paul, c'est comme le soldat qui i)arl du pied gauche, puis du droit, tellement que j'ai entendu dire à l'exercice : gauche! droite! gauche! droite !

— A merveille ! et ta comparaison va nous servir. Supposons un moment que tu abaisses et que tu élèves successivement hi main , par un mouvement régulier, en disant : bas! haut! bas! haut! tu fais comme le soldat avec ses pieds; tes : bas! haut! sont le pendant de ses : gauche ! droite ! Kh bien ! en faisant ces deux battements, tu bats la mesure.

— J'aime assez cette mesure-là , dit Paul. Voyons les autres.

— Mais il n'v en a pas d'auires. Toute mesure se battra par une suite de mouvements : bas ! haut !

— Quel bonheur !

— C'est simi)le, n'est-ce pas. Eh bien ! nous allons rendre cela plus simple encore. Suppose qu'au lieu de dire : bas! haut! tu prononces une lettre, une vojelle , par exemple , la vojello o , alors tu dirais ù chaque battement : o, o, o, o.

— C'est facile; liens, vois, bon ami : o o o o.

Ml rcnfiiiil so mit à frapper successivement , en

bus vl vu liaiil , (les hattcmi-nls ('paux qu'il nommai l o.

Lorsque M. Baurel le vit bien assuré de son fait, il prit (le la craie et écrivit sur un tableau noir :

— Tiens, dit Paul, voilà les vovelles.

— Et quelque chose de plus.

— Ah 1 oui , V et puis la même lettre à l'envers a.

— En effet, ces deux signes seront pour nous l'abréviation des diphtliongues eu, ou, qui, avec les cinq vovelles, nous représenteront les sept valeurs de durée. D'abord, dis-moi, qu'as-tu remarqué dans la valeur des chiffies en arithmétique?

— Je ne comprends pas la question, bon ami.

— Je m'explique. La valeur d'un chiffre ne dépend-elle pas de la place, ou , si lu aimes mieux , de la colonne dans laquelle il est écrit ?

— Sans doute, celte valeur augmente de 10 en 10 à mesure qu'on avance d'une colonne sur la gauche.

— Eh bien ! nous allons convenir de quelque chose d'analogue. Rangeons les sept lettres ci-dessus en ligne, puis admettons que les valeurs vont en augmentant du double de colonne en colonne vers la gauche.

— Eh ! c'est simple : a vaut 2 o , e vaut 2 i , i 2 o , o 2 u , u 2 v, v 2 a.

— Tii's-Lieii l'iiisunné. Éciivuiis les valeurs audessous des lellres eu prenant o pour unité :

a e I o II V A

8 unités 4 unités '2 unités unité 1/2 unité 1 1 unité 1 8 unité

— C'est bien gentil et pas difficile. Exerçons. .

— J'allais le le demander. Écris-moi en lettres les valeurs suivantes :

10 12 0 3 5 7 2 8 4 \) 11 ai oa le oouu (M> ciuu i a loo a o aiu

— Autre chose, mainlciiiint. Domie-inoi en o les équivalents de :

a .... 8 o ou 8 tuiités.

ac . . . . 12 o — 12 —

mua . . . 11 o — 11 —

— Tout cela est bien compris; voyons ce que nous ferons de ces valeurs. Nous avons dit : o vaut un battement. Que vaut i?

— Deux battements.

— Ouc vaut e ?

— QuiiLrc b.itlciiifiils ; a vaut huit ballrnienls.

— l']t II . i]nc \ iiiiiliM I -il ?

— Il Vinidni la iiuiilii- (Ir <>.

— (^onihicn de hiiltciut'iils ?

— i'uis{HR' (> lu- vaut ([ii'uii hallcnu'iil , u , la moiliô, sera la iikhIk' diiii J)atlciiieiil ; v vaudra un quart, de ballcnicnl , v un liuiticme de batlenienl.

— Parfail ; alors j'écris :

BnUoni.'uls : 8 J

— Lis cela.

L'enfant répéla les deux lignes simultanément. Il était radieux.

— Voilà toute la mesure? demanda-t-il.

— Pas tout à fait , fillol ; ce sont les éléments, les connaissances préparatoires de la mesure.

Remarque que dans notre manière de procéder, je ne me sers que de mots et de choses que tu connais , rien de nouveau que l'application.

Si tu avais à construire un cerf-volant , tu formerais d'abord la carcasse en osier, tu découperais le papier à coller dessus, tu ferais les oreilles qui feront contre-poids et la queue qui maintient l'équilibre. Tout cela disposé, tu réunirais les morceaux séparés et tu attacherais la ficelle pour dernière opération.

Nous faisons de même. Nous préparons pièce à

pièce, nous icunirons on un luul plus Uml. l'inir uujuurd'hui , nous n'irons pas plus loin.

— Mais, dit Ptiu.l , que ]iuis-je faire avec cela?,

— D'abord . tu peux marcher au pas.

M. Baurel écrivit :

<) () I () () I I (I () I) () 1 I (MMi o nu (I o I c

Il poursuivit :

— Prononce ces vovelles, en frappant, comme nous en sommes convenus, un pas, un battement par unité. Partons du pied g-auclie. Attention ! En avant! marche !

Paul se mit à arpenter la chambre, prononçant les voyelles écrites par son parrain , marquant les o de chaque pied , laissant deux intervalles pour un r , doublant les u pour un mouvement de pied, enfin prolongeant l'e final par quatre mouvements. Il ne se tenait pas d'aise et c'était plaisir de voir sa satisfaction à avoir si vite compris. M. Baurel avait à dessein supprimé l'a dans son exercice , comme trèsfacile à rendre; il avait aussi supprimé les v et les .\, comme présentant au contraire une difficulté à cause de la brièveté de durée , ces valeurs étant d'ailleurs peu pratiques de longtemps et se trouvant en fait plus du ressort de la théorie quant à présent.

Mais on se lasse de tout, surtout quand on est enfant. Paul finit i)iu' se fatiguer de ses marches et contre -marches.

— Oiu' Miis-jo l'uiit' , iiuiiiilciHiul V ilil il à sdii parrain.

— Tu vas liai lie du laiiihoui', en (•hscivani, les nirmi's vovcllcs (|uiinl à la (luri'-c de (es ra v\ de U's fia.

M. liaurcl ('■crivil. de nouveau sur le tableau noir, el bieulùt Ton entondil retentir la peau d'une sous les haj^nieltes de Paul.

Pourtant, avant de terminer sa leçon, M. Baurel avait eneore une observation à faire.

— 11 (>st donc bien convenu, reprit-il , ({ue o sera notre unité dans les valeurs, c'est-à-dire dans la durée des sons; i vaudra deux unités, e quatre, u une demi-unité. Eh bien! supposons qu'un son doive être continué, qu'un c , par exemple, soit doublé de long'ucur

— Alors, dit l'enfant, on écrirait a.

— Fort bien ; mais au lieu de le doubler, je suppose que tu veuilles l'allonger seulement de la moitié de sa valeur, que ferais-tu?

— J'écrirais e i.

— C'est juste, comme valeur; mais alors tu prononcerais successivement ci; tu aurais bien la durée voulue, mais tu ferais entendre deux sons et il n'en faut qu'un.

— C'est embarrassant , dit Paul , je ne sais i»as comment....

— Il V Jiluait un moyen, tu les réunirais par un petit signe '^ , un morceau de cercle que l'on nomme liaison.

— J'y suis, reprit l'enfant. Vois : (;i, ei.

— A merveille. Mais je vais te donner un autre mojen. Supposons qu'un point placé à la droite d'une vovelle l'augmente de moitié , comment représenterais-tu , avec une seule lettre , six unités?

— Six unités? cela fait un c et un i , ou un e et la moitié de sa valeur, alors j'écrirais un e .

— Tu m'as bien compris. Comment représenter d'une seule lettre trois unités : un i et un o.

— Avec un i .

— C'est cela. Kh bien! maintenant tu sais toutes les valeurs, je vais les écrire et tu médiras le nombre d'unités.

r<J unités. 0 unités. 3 unités. 1 1/2

— Ecris-moi donc toutes les valeurs qui peuvent se représenter par une seule lettre, avec ou sans point.

— Je te dispense des dernières. Traduis en unités.

— 12 unités, 8 unités, 6 unités, 4 unités, 3 unités, 2 unités, 1 unité ] '2 . 1 \inilé, 3/4 d'unité, 1/2 unité.

— Tu suis mtiiiiloiiiinl toiil et; (jii'il liuil jtuiir l)iilli(' loutcs les manlios. Atlciilioiil Piis ordiii.iirr ! Kn ;ivtint !

e e I I 0 ce i i i . o i i i . o lie

Paul ossava . s'v prit mal d'abord , puis mieux , puis très- bien; M. Buurel y metlait une véritable patience.

— Pas accéléré 1

lOIO loi. I.IO lOI. I . I o lOIO loi. loi.

— Nous allons terminer par la retraite , je l'exécuterai quand lu me la battras bien. Attention !

I 11 un 11 0 loo I . I) II 1.0 II loo II e

— Mais, parrain , objecta Paul , pourquoi ne metstu pas de points sur les i ; mon maître d'écriture dit que c'est une faute.

— Ton maître d'écriture a raison de te faire pointer les I ; mais j'ai raison dans ma musique de ne pas agir de même. Tu verras plus tard pourquoi.

Paul reconduisait peu après M. Baurel qui marquait la mesure comme un vieux troupier, tandis que M""" Dorval se tournait de côté pour étouffer une certaine envie de rire.

M. Baurel saisit à la dérobée cet accès d'hilarité.

— KiL'z . iiiii hoiino iiinio. disuil-il ou lui-niciue , riez l't iiLleiuluns la lin.

Lejou, car vraiment ce système d'éducation en avait tout l'attrait, rnvissiit Paul. Claire dut écouter la théorie des vovelles ; la jeune fille complaisante , heureuse du bonheur de son frère, se pliait sans hésitation à ses marches et ses contre-marches.

Le soir, le petit {garçon possédait à fond la connaissance des valeurs , bien mieux ([uc ne le lui avait appris en plusieurs mois lu langue usuelle.

Lo rhyllime. — Le temps. — La mesure.

Paul n'avait j)as allendu la venue de M. Baurel pour recommencer ses exercices rhjthmiques. A peine l'heure de la récréation avait-elle sonné après le déjeuner qu'il était allé fureter au milieu de ses jouets plus ou moins avariés , et il était descendu au jardin où on l'entendait battre son tambour en criant : Pas ordinaire ! Pas accéléré ! Aux champs ! La charge !

Ce fut au milieu de ce bruit que le retrouva M. Baurel. Le bon vieillard commença par s'assurer que son petit élève se souvenait bien de sa leçon de la veille. Malgré son désir d'éviter les redites, l'ennui des répétitions, il voulait ({u'un nouveau pas ne fût point fait que les règles précédentes ne fussent bien gravées dans le souvenir de l'enfant Un quart d'heure consacré à lexamen et à la pratique lui suffit.

— \ ovoiis (Idiic (lu nouvciiu , lillot . lui dil-il , e( allenlioii ! Je t'ui dit que deux baltemeuls ég-aux correspondent à deux o ou à un i. Ces deux battements réunis forment un temps. L'ensemble des temps compose des mesures. Ainsi un feiiijis , formé de deux battements, peut com])oser une mesure, ce serait une mesure à un temps. Si nous faisions entrer deux temps dans une mesure , nous aurions une mesure à deux temps.

— Je comprends, dit Paul, trois temps formeraient une mesure à 3 temps ; quatre temps , une mesure à 4 tem})s; cinq temjjs....

— Halte! fît M. Baurel. La mesure n'a jamais ])lus de quatre teni])s, jamais moins d'un.

— Alors il n'y a que quatre mesures : mesure à 1 temps , mesure à "2 temps , mesure à 3 temps , mesuie à 4 temps. Kl voilà tout?

— Voilà tout sauf une explicaliun (j.ic je te

donnerai tout à llieure. Tu as, parmi tes joujoux , un casse-tèle chinois , va le chercher.

L'enfant l'upitorta^, se demandant comment ce jouet allait lui apprendre la musique. M. Baurel lui réservait bien d'autres él.oniicments.

— Voyons, lui dit-il , fais-moi un carré avec ces Iiuil morceaux de bois.

— (]'est bien simjilc, dit l'.iul.

Ml il ariiiiijicii lu liti'iiii' suivimlu :

— Comhion as-lu de cùlés?

— Quatre.

— De combien de morceaux chacun ?

— Deux.

— Cela fait donc liuit morceaux ?

— Oui.

— Suppose que chaque morceau soit un o, qu'auras-lu ?

— 8 o, ou 8 unités.

— C'est-à-dire 4 temps , chacun de 2 unités.

— Tiens, c'est vrai.

— Bon , celte figure est un carré. Gomment écriton ce mot ?

— Carré.

— Quelle est la première lettre?

— Eh bien ! C en tête d'un morceau signifiera que nous avons une mesure carrée, composée de 4 temps ajant chacun 2 unités. Nous pouvons encore écrire au moyen du nombre fractionnaire — . Le chiffre inférieur, dénominateur, indique que la mesure se com-

pose de viileurs égales au quart '4 de a , ou d'i ; le chiffre supérieur, numérateur, indique que pour former la mesure complète il faut prendre 4 de ces valeurs ou 4 I , mesure à 4 temps.

— Je vois bien . dit Paul.

— Alors, que sig'nifie — V

— Que la mesure se compose de valeurs dont il faut 4 pour un a , ou d'i , et qu'elle comprend 3 de ces valeurs, ou 3 i. mesure à 3 temps.

— A merveillfi ; — - , mesure à 2 temps , valant chacun i j — > mesure à 1 temps, valant i ou le quart de a.

— Fais-moi les fif^ures corresi)ondant à ces quatre mesures.

lr>iiiii.<i. i inillcs

l lomiis. K uiiitos

i li'iiins. i. iiiiili'K 1

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