‹ Les lettres harmonieusesChapitre 9 sur 13 · LA CLOCHE DU SOIR · texte numérisé non relu

LA CLOCHE DU SOIR

Métr. 96 = I

Allegretto, ma non troppo. Sotto voce. Simplice.

Di Ro So

L'om-bre dcs-cend a - vec

|Mi Fo Mo

dans les val -

|Do Do Ro Mo

A - ve Ma - ri -

|Mo Mo Fo Ro A - ve Ma - ri -

|Di Do Ro

Oui voi - ci

|Mo Mo Mo Fo

où le monde en

ISo So Lo So tan - dis que la

|Mo 0 Ro Do te pleure au

tempo primo.

|Di Ro So tan - dis que

Si Fi |Mi Ri |Di »

Ions si - len - ci - eux;

rail, poco à poco.

|Mi Fo Ro .|Si Fi |Mi pleure au loin le jour qui

Di Ri |Mi . Ro |Si Fi

mys - te - re

Di Ri |Mi

a sur

Ro |Si Fi

la ter - re,

Si Fi |Mi . Ro |Di .

a dans les cieux.

Me |Mo Ro DoRo |xMi Mo o^ l'heu - re, ô Vier-ge sain -te,

Se jsi Mo Fo I Si . o lier te bé - nit ,

Fez

clo

A Re

loin

|Fir . So |Fe che qui tin

rail.

|RoRoSo.Ru|De

le jour qui fi - nit,

Di Ri |Mi

la Ole - che

Ro |Si Fi

qui tin - te

Ro |l)e fi - nit.

Paul , ravi , voulut sur le champ apprendre sa romance , et tout fier de son succès , attendit ensuite avec impatience la venue de sa mère et de sa sœur.

M'"® Dorval , lorsqu'elle n'assistait pas à la leçon entière , ne manquait jamais de venir serrer la main de son vieil ami j elle fut surprise des progrès de son fils.

— Claire ne pourrait-elle profiter de vos leçons? demanda-t-elle en reconduisant M. Baurel.

— Paul sera son instituteur, son succès l'a mis en haleine ; engagez-le , sans en avoir l'air, à communiquer sa petite science à sa sœur.

— Quoi , Paul professeur !

— Et pourquoi non ? Ce sera la meilleure épreuve de mon enseignement. Claire ne laissera rien passer d'obscur ou d'incompris, et je m'attends à un vrai succès. Puis, demain je changerai mon heure pour que votre fille puisse assister à la leçon de son frère , et je crois qu'elle en tirera profit.

— A demain donc, vénérable ami.

— Pas de vénération , je ne vous demande qu'un retour de cette aflFection que j'ai pour les vôtres.

Le méloplaste. — Lecture, sans notes ni lettres.

— Parrain , je t'amène une recrue ! s'écria Paul entrant en tenant la main de sa sœur.

— Eh bien ! voici pour ta prime d'eng-agement , répliqua M. Baurel en embrassant son filleul. Et voilà pour mon nouveau soldat , continua le bon vieillard en donnant à Glaire deux gros baisers retentissants.

— Çà, voyons un peu ce que tu sais, ma charmante petite fille.

— Paul m'a appris à substituer les voyelles aux signes de valeur; puis il m'a dit que toutes les gammes s'écriraient de même, qu'on ne conserverait à chaque note que la consonne initiale , que les consonnes s'appelleraient par des chiffres indiquant tonique , médiante , dominante , sensible , etc. Enfin il m'a dit que dièze serait z et 1 signifierait bémol.

— Bravo ! vous êtes tous deux admirablement prêts pour mes nouveaux exercices , et tu vas voir, fillette, que ton vieil ami peut encore l'apprendre quelque chose. Quelles clefs connais- lu?

— Les deux clefs de ma musique de piano, clef de sol et clef de fa.

— Et les clefs d'ut ?

— Je les connais de nom.

— Et la transposition ?

— Horriblement difficile.

— Gageons que dans une heure tu connaîtras toutes les clefs possibles et que tu transposeras à merveille.

— C'est dit.

— D'abord, puisque tu viens de parler de clefs, et bien que Paul ait pu savoir ce que c'est , explique-lemoi encore.

— Ce sera facile. Les clefs sont des signes , de trois formes, servant à indiquer la position d'une note :

La clef de fa )• qui se pose sur la 3® ou sur la

'^^ 4Migne;

— d'ut ou do jlj qui se place sur la F®, la 2®, la

pi] 3® ou la 4^ ligne ;

— de sol y qui se pose sur la V^ ou la 2*^

è) ligne.

Chaque clef indique la note dont elle porte le nom.

— Très-bien. Il résulte donc de tout cela que, placée sur une même ligne , une seule note peut successivement prendre les six noms des notes ses sœurs.

— Oui, et ce n'est pas commode.

— Tu as rappelé que les noms des notes sont devenus pour nous les sept premiers chiffres de la numération : 12 3 4 5 6 7.

Supposons que nous les écrivions sur des lignes et entre les lignes de la façon suivante :

Que remarques -tu?

— Que les chiffres impairs dans la même gamme sont placés sur les lignes ; au contraire , les chiffres pairs sont placés entre les lignes.

— Et si nous écrivions :

— Ce serait l'inverse ; les chiffres impairs entre les lignes et les pairs sur les lignes.

— Tu sais tout ce qu'il faut pour transposer. ■— Je ne vois pas trop....

— Tu vas le voir. Regarde cette figure :

\> N fi

Que te représente-t-elle?

— Les cinq grosses lignes représentent la portée, les deux supérieures et les deux inférieures sont les additionnelles.

— Bien. Souvenons nous que les lignes se nomment 1^®, 2*5 3", en allant de bas en haut. Après t'avoir dit à quel endroit je vais placer mon 1 ou D, je vais t'indiquer avec ma baguette les notes à donner. Tant que je resterai dans la colonne verticale surmontée de ce signe t! bécarre, tu donneras la note naturelle. Si je passe dans la colonne au-dessus de laquelle est marqué un Ç^ dièze , la note sera diézée ou haussée d'un demi- ton; à gauche, la colonne [; ou bémol servira pour les notes bémolisées ou baissées d'un demi-ton. Attention.

M. Baurel mit d'abord le 1) ou 1 sur la seconde additionnelle inférieure. Claire exécuta l'air indiqué

par les mouvements successifs de la baguette. M. Baurel lui fil reprendre le même air en plaçant cette fois le D sur la seconde ligne. Enfin , à une dernière reprise , le D fut placé entre la première et la seconde ligne.

— Qu'as-tu exécuté , demanda le professeur, trois airs ou un air?

— Un air, avec des toniques dififérentes.

— Quelles toniques?

— Si l'on écrivait en clef de sol , la première tonique était à sa place , la seconde était à la place du sol, la troisième à la place du fa.

— Donc , tu as chanté en trois tpns : enut, en sol et en fn.

— C'est juste.

— Et que faut-il pour chanter en sol?

— Il faut un dièze , attendu que le fa devenant la sensible et devant se trouver à un demi- ton de la nouvelle tonique sol , il a fallu hausser le fa d'un demi-ton , afin que la composition de la gamme fût exacte.

— C'est parfait. Et quant à notre troisième air, en fa, que nécessite-t-il ?

— Il demande un bémol , parce que la gamme ne serait pas juste si on ne baissait pas le si qui devient le 4^ degré et doit se trouver à un demi-ton de la , 3*" degré , et à un ton de v,t , 5® degré.

— Tu vois donc bien que tu sais transposer , puisque tu connais le moyen de tout ramener à une gamme naturelle. Mais nous faisons de la science un peu trop compliquée maintenant pour Paul.

— C'est joliment vrai^ parrain. Si nous revenions à ce.... à ce — Comment appelles-tu cette figure , parrain ?

— Un méloplaste. Revenons-y pour toi et reprenons nos exercices d'intonation.

On se fait une idée de ce que pouvait être cette étude nouvelle, qui conduisait insensiblement le jeune Paul à connaître la position des notes sur la portée. C'était la moitié du chemin à la lecture sur la notation ordinaire.

— J'aurais pu faire arriver mon élève beaucoup plus vite à lire sur la portée , disait M. Baurel à M™^ Dorval , mais cela ne me paraissait pas utile , c'était plutôt une surcharge donnée à sa mémoire en temps inopportun. Distribuons la science à petits coups, l'assimilation en sera plus facile.

Quelles sont les difficultés de la langue musicale ? L'appréciation des valeurs et celle des intonations. La première est la moindre, la solution en est dans un peu de mémoire et d'intelligence.

La science des intonations , au contraire , ne s'acquiert que par l'exercice répété et l'habitude qui en résulte. C'est en forgeant que l'on devient forgeron ;

— sodé même aussi c'est en cliantant que l'on apprend à chanter, que l'on se forme l'oreille.

Aussi avez-vous pu remarquer qu'une leçon m'a suffi pour apprendre à votre petit garçon ses valeurs ; nous ne nous j sommes arrêtés que le temps nécessaire pour m'assurer que la théorie était comprise et retenue; la pratique suivrait forcément.

Mais arrivé à l'intonation, non-seulement j'ai divisé la matière en plusieurs séances, mais j'ai insisté sur les exercices.

Or, que me fallait-il pour ces exercices d'intonation ? Rien autre chose que ma méthode. Que m'importait donc que l'enfant connût ou ne connût pas la lecture des signes usuels ? Le principal était de lui mettre dans l'oreille , dans cette sorte de sixième sens, que j'appellerai le sens ou le sentiment musical, les connaissances indispensables , quelque mode d'enseignement que l'on suive.

Mais je n'ai pas la prétention de faire réimprimer tous les chefs-d'œuvre que nous ont légués les siècles pour traduire , de la langue usuelle dans la langue des sons , les compositions des maîtres. Je m'absorbe, au contraire dans l'écriture usuelle à laquelle vous me verrez initier mon élève en peu de temps. Et c'est là que je prouve que je ne suis pas venu détruire ce qui existe , mais simplifier la route qui nous conduit au temple. Plus tard nous sacrifierons dans le rite commun.

Vous avez vu Paul aujourd'hui solfiaut dans toutes les clefs , ce qui le faisait chanter dans tous les tons ; il appelait les numéros des degrés. "Vous le verrez demain solfiant sur les notes de l'écriture usuelle en se servant de l'appellation numérique , la supprimant dans la prononciation pour la conserver dans l'esprit seulement et la remplacer par la vocalisation ou par les paroles. '

Enfin , je lui ferai traduire la langue des sons en écriture usuelle , et vice-versâ écrire en langue des sons l'écriture en notes.

[,a notation mixte. — La notation ordinaire. — Déterminer la tonalité.

— Nous arrivons au terme de mon enseignement , mon cher Paul , commença M. Baurel, et il ne me reste plus qu'à te donner le moyen de lire tout morceau de musique écrit en notation ordinaire et en supprimant la langue des sons dont nous ne conserverons désormais que l'appellation numérique.

Voici d'abord un air que tu vas écrire sous ma dictée :

Q Se Mi.Mo|Fe Rio Ro|Mi Mi Si .Mo|Re e \ Se Mi.Mo|Fe Ri oRo|Mi Mi RoDoRoMo|De e\

Écris-le maintenant de façon différente , en séparant les consonnes et les voyelles , mettant les unes au-dessus, les autres au-dessous. Qu'aurons-nous?

Paul écrivit

M RDRM

— Peux-tu chanter cet air? demanda M. Baurel.

— Ce n'est pas plus malin que de la première façon .

— Essayons donc quelque modification encore. Je vais écrire moi-même.

— Est-ce que tu me crois incapable de le faire ? repartit l'enfant.

— Tu as raison , dit le parrain. Je vais l'expliquer ce que tu devras faire. Trace-moi d'abord deux portées.

Paul s'en acquitta facilement.

— Au-dessus de ces portées , écris les consonnes seules comme tu l'as fait précédemment ; sur la portée, trace les barres de mesures. Quant aux voyelles , ou valeurs, écris-les sur les lignes ou entre les lignes de la portée, comme nous le figurions sur le méloplaste.

— Je comprends bien , mais oij mettrons - nous leD?

— Au fait , je n'y songeais pas. Eb bien! mettons en tête du morceau en langue des sons les mots : Diapason ^ R. Que devrons-nous en conclure?

— Que le diapason nous donne le son du R , et

que le D sera immédiatement au-dessous; ce sera le cinquième degré qui deviendra le premier, la tonique.

— Fort juste. Si nous écrivons avec une clef d'tt^ seconde ligne , où sera le D ?

— Sur la seconde ligne.

— Ecrivons donc :

F R R MMRDRM

— Ce n'est pas plus difficile que cela. A ton tour, Claire. Traduis cet air en notes ordinaires.

— Faut-il conserver la même clef?

— Tu le pourrais, tu écrirais en ut naturel; mais j'aime mieux te voir lire la clef d^ut que tu ne connais pas beaucoup et écrire en clef de sol, en me conservant la place de la tonique.

— Alors je devrai écrire en sol, puisque Paul a dit tout à l'heure que ce serait la tonique.

— Tu complètes à merveille ce qu'il avait commencé. Mais si tu écris en sol, que devras-tu faire?

— Armer la clef d'un dièze.

— Très-bien. Opère.

Claire écrivit :

— C'esl cela. Mais nous avons à expliquer, ce que vous avez compris d'avance, les signes ciont nous venons de faire usage. Ils sont de deux sortes : les uns s'appliquent aux sons , les autres aux silences.

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