un secours extraordinaire pour TPC
DEUXIEME LETTRE
Mais, luy dis-je, pourquoy vostre Communauté s’est-elle engagée à admettre cette grâce ? C’est un autre discours, me dit-il. Tout ce que je vous en puis dire en un mot est que nostre Ordre a soustenu autant qu’il a peu la doctrine de S. Thomas touchant la grâce efficace. Combien s’est-il opposé ardemment à la naissance de la doctrine de Molina. Combien a-t-il travaillé pour l’establissement de la nécessité de la grâce efficace de J.-C. Ignorez-vous ce qui se fit sous Clement VIII et Paul V, et que, la mort prévenant l’un, et quelques affaires d’Italie empeschant l’autre de publier sa Bulle, nos armes sont demeurées au Vatican? Mais les Jésuites, qui, dés le commencement de l’heresie de Luther et de Calvin, s’estoient prévalus du peu de lumière qu’a le peuple pour en discerner l’erreur d’avec la vérité de la doctrine de S. Thomas, avoient en peu de temps respandu partout leur doctrine avec un tel progrez qu’on les vist bien-tost maistres de la creance des peuples, et nous en estât d’estre décriez comme des Calvinistes, et traitez comme les Jansénistes le sont aujourd’huy, si nous ne tempérions la vérité de la grâce efficace par l’aveu au moins apparent d’une suffisante. Dans cette extrémité, que pouvions-nous mieux faire pour sauver la vérité sans perdre nostre crédit, sinon d’admettre le nom de grâce suffisante, en niant neantmoins qu’elle soit telle en effet ? Voila comment la chose est arrivée.
Il nous dit cela si tristement qu’il me fit pitié. Mais non pas à mon second, qui luy dit : Ne vous flattez point d’avoir sauvé la vérité : si elle n’avoit point eu d’autres protecteurs, elle seroit perie en des mains si foibles. Vous avez receu dans l’Eglise le nom de son ennemy : c’est y avoir receu l’ennemy mesme. Les noms sont inséparables des choses : si le mot de grâce suffisante est une fois affermy, vous aurez beau dire que vous entendez par là une grâce qui est insuffisante, vous ne serez point écoutez. Vostre explication seroit odieuse dans le monde ; on y parle plus sincèrement des choses moins importantes. Les Jésuites triompheront : ce sera leur grâce suffisante en effet, et non pas la vostre, qui ne l’est que de nom, qui passera pour establie ; et on fera un article de foy du contraire de vostre creance.