‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 102 sur 172 · e 111e sçauriez prendre G · texte numérisé non relu

e 111e sçauriez prendre G

laisser perdre ; et vous me dites qu'on a ouvert un tronc à S. Merry. Que voulez-vous dire, de mesme, de me prendre tous les jours à partie sur le livre de la sainte Virginité, fait par un P. de l’Oratoire que je ne vis jamais, non plus que 5 son livre ? Je vous admire, mon Pere, de considérer ainsi tous ceux qui vous sont contraires comme une seule personne. Yostre haine les embrasse tous ensemble, et en forme comme un corps de reprouvez, dont vous voulez que chacun réponde pour tous les autres.

10 II y a bien de la différence entre les Jésuites et ceux qui les combattent. Vous composez véritablement un corps uny souz un seul chef ; et vos réglés, comme je l’ay fait voir, vous deffendent de rien imprimer sans l’aveü de vos Supérieurs, qui sont rendus responsables des erreurs de tous les 15 particuliers, sans qu' ils puissent s'excuser en disant qu'ils n'ont pas remarqué les erreurs qui y sont enseignées , parce qu'ils les doivent remarquer, selon vos Ordonnances et selon les lettres de vos generaux Aquaviva, Yitteleschi, etc. C’est donc avec raison qu’on vous reproche les égaremens de vos confrères, 20 qui se trouvent dans leurs ouvrages approuvez par vos Supérieurs et par les Théologiens de vostre Compagnie. Mais, quant à moy, mon Pere, il en faut juger autrement. Je n’ay pas souscrit le livre de la sainte Virginité. On ouvriroit tous les troncs de Paris sans que j’en fusse moins catholique. 25 Et enfin je vous déclaré hautement et nettement que personne ne répond de mes Lettres que moy ; et que je ne répons de rien que de mes Lettres.

Je pourrois en demeurer là, mon Pere, sans parler de ces autres personnes que vous traitez d’heretiques pour me eom- 30 prendre dans cette accusation. Mais, comme j’en suis l’occasion, je me trouve engagé, en quelque sorte, à me servir de cette mesme occasion pour en tirer trois avantages. Car c’en est un bien considérable de faire paroistre l’innocence de tant de personnes calomniées. C’en est un autre, et bien propre 35 à mon sujet, de monstrer toûjours les artifices de vostre politique dans cette accusation. Mais celuy que j’estime le plus est que j’apprendray par là à tout le monde, la fausseté de ce bruit scandaleux que vous semez de tous costés : Que l'Eglise est divisée par une nouvelle heresie. Et, comme vous abusez 40 une infinité de personnes en leur faisant accroire que les points sur lesquels vous essayez d’exciter un si grand orage sont essentiels à la foy, je trouve d’une extrême importance de détruire ces fausses impressions, et d’expliquer icy nette-

DIX-SEPTIEME LETTRE

ment en quoy ils consistent, pour monstrer qu’en effet il n’y a point d’heretiques dans l’Eglise.

Car n’est-il pas véritable que, si l’on demande en quoy consiste l’heresie de ceux que vous appeliez Jansénistes, on répondra incontinent que c’est en ce que ces gens-là disent, Que les commandemens de Dieu sont impossibles ; Qu'on ne peut résister à la grâce ; et gu' on n'a pas la liberté de faire le bien et le mal ; Que Jesus-Christ n'est pas mort pour tous les hommes , mais seulement pour les prédestinez ; Et enfin qu'ils soutiennent les cinq Propositions condamnées par le Papel Ne faites-vous pas entendre que c’est pour ce sujet que vous persécutez vos adversaires? N’est-ce pas ce que vous dites dans vos livres, dans vos entretiens, dans vos catéchismes, comme vous fîstes encore aux testes de Noël, à S. Louis, en demandant à une de vos petites bergeres : Pour qui est venu Jesus-Christ , ma fille ? Pour tous les hommes , mon Pere. Et quoy, ma fille, vous n'estes donc pas de ces nouveaux hérétiques qui disent qu'il n'est venu que pour les prédestinez ? Les enfans vous croyent là dessus, et plusieurs autres aussi, car vous les entretenez de ces mesmes fables dans vos sermons, comme vostre P. Crasset à Orléans, qui en a esté interdit. Et je vous avoué que je vous ay creû aussi autrefois. Vous m’aviez donné cette mesme idée de toutes ces personnes-là. De sorte que, quand vous commençastes à les accuser de tenir ces Propositions, j’observois avec attention quelle seroit leur réponse, et j’estois fort disposé à ne les voir jamais, s’ils n’eussent déclaré qu’ils y renonçoient comme à des impietez visibles; mais ils le firent bien hautement. Car M. de Sainte-beuve, professeur du Roy en Sorbonne, censura dans ses écrits publics ces 5 propositions longtemps avant le Pape, et ces Docteurs firent paroistre plusieurs écrits, et entr’autres éeluy de la Grâce Victorieuse, qu’ils produisirent en mesme temps, où ils rejettent ces propositions et comme heretiques et comme estrangeres. Car ils disent dans la Préfacé, Que ce sont des propositions heretiques et Luthériennes, fabriquées et forgées à plaisir, qui ne se trouvent ny dans Jansenius ny dans ses défenseurs : ce sont leurs termes. Ils se plaignent de ce qu’on les leur attribué, et vous adressent pour cela ces paroles de S. Prosper, le premier disciple de S. Augustin, leur maistre, à qui les Semipelagiens de France en imputèrent de pareilles pour le rendre odieux. Il y a, dit ce saint, des personnes qui ont une passion si aveugle

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