‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 113 sur 172 · n. de contrariété et C · texte numérisé non relu

n. de contrariété et C

DIX-HUITIEME LETTRE

different d’ une maniéré si passionnée, et que vous traitez comme vos plus cruels ennemis, et comme les plus dangereux heretiques, ceux que vous ne pouvez accuser d’aucune erreur ny d’autre chose, sinon qu’ils n’entendent pas Jansenius comme vous? Car de quoy disputez-vous, smon du sens de cét Auteur? Vous voulez qu’ils le condamnent ; mais ils vous demandent ce que vous entendez par là. Vous dites que vous entendez l’erreur de Calvin, ils répondent qu’ils la condamnent ; et ainsi, si vous n’en voulez pas aux sillabes, mais à la chose qu’elles signifient, vous devez estre satisfait. S’ils refusent de dire qu’ils condamnent le sens de Jansenius, c’est parce qu’ils croyent que c’est celuy de S. Thomas. Et ainsi ce mot est bien équivoque entre vous : dans vostre bouche, il signifie le sens de Calvin ; dans la leur c’est le sens de S. Thomas : de sorte que, ces differentes idées que vous avez d’un mesme terme causant toutes vos divisions, si j’estois maistre de vos disputes, je vous interdirois le mot de Jansenius de part et d’autre. Et ainsi, en n’exprimant que ce que vous entendez par là, on verroit que vous ne demandez autre chose que la condamnation du sens de Calvin, à quoy ils consentent ; et qu’ils ne demandent autre chose que la defense du sens de S. Augustin et de S. Thomas, en quoy vous estes tous d’accord.

Je vous déclaré donc, mon Pere, que pour moy je les tiendray toûjours pour catholiques, soit qu’ils condamnent Jansenius s’ils y trouvent des erreurs, soit qu’ils ne le condamnent point quand ils n’y trouvent que ce que vous-mesme déclarez estre catholique, et que je leur parleray comme Saint Hierôme à Jean, Evesque de Jérusalem, accusé de tenir propositions d’Origene. Ou condamnez Origene, disoit ce Saint, si vous reconnoissez qu’il a tenu ces erreurs , ou bien niez qu’il les ait tenues : Aut nega hoc dixisse eum qui arguitur , aut , si locutus est talia, eum damna qui dixerit.

Voilà, mon Pere, comment agissent ceux qui n’en veulent qu’aux erreurs, et non pas aux personnes ; au lieu que vous, qui en voulez aux personnes plus qu’aux erreurs, vous trouvez que ce n’est rien de condamner les erreurs si on ne condamne les personnes à qui vous les voulez imputer.

Que vostre procédé est violent, mon Pere, mais qu’il est peu capable de reüssir ! Je vous l’ay dit ailleurs, et je vous le redis encore, la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. Jamais vos accusations ne furent plus outrageuses, et jamais l’innocence de vos adversaires ne fut plus

connuë ; jamais la grâce efficace ne fut plus artificieusement attaquée, et jamais nous ne l’avons veuë si affermie. Vous employez les derniers efforts pour faire croire que vos disputes sont sur des points de foy, et jamais on ne connut 5 mieux que toute vostre dispute n’est que sur un point de fait. Enfin vous remüez toutes choses pour faire croire que ce point de fait est véritable, et jamais on ne fut plus disposé à en douter. Et la raison en est facile : c’est, mon Pere, que vous ne prenez pas les voyes naturelles pour faire croire un 10 point de fait, qui sont de convaincre les sens et de monstrer dans un livre les mots que l’on dit y estre. Mais vous allez chercher des moyens si éloignez de cette simplicité que cela frappe nécessairement les plus stupides. Que ne preniezvous la mesme voye que j’ay tenue dans mes Lettres pour 15 découvrir tant de mauvaises maximes de vos auteurs, qui est de citer fidèlement les lieux d’où elles sont tirées ? C’est ainsi qu’ont fait les Curez de Paris, et cela ne manque jamais de persuader le monde. Mais qu’auriez-vous dit et qu’auroit-on pensé, lors qu’ils vous reprochèrent, par exem- 20 pie, cette proposition du P. L’Amy, Quun religieux peut tuer celuy qui menace de publier des calomnies contre luy ou contre sa Communauté , quand il ne s'en peut cleffendre autrement , s’ils n’avoient point cité le lieu où elle est en propres termes ; que, quelque demande qu’on leur en eust faite, ils se fussent 25 toujours obstinez à le refuser, et qu’au lieu de cela ils eussent esté à Borne obtenir une Bulle qui ordonnast à tout le monde de le reconnoistre ? N’auroit-on pas jugé sans doute qu’ils auroient surpris le Pape, et qu’ils n’auroient eu recours à ce moyen extraordinaire que manque des moyens naturels que 30 les veritez de fait mettent en main à tous ceux qui les soutiennent ? Aussi ils n’ont fait que marquer que le P. L’Amy enseigne cette doctrine au to. 5, disp. 36, n. 118, page 544 de l’Edition de Doüay ; et ainsi tous ceux qui l’ont voulu voir l’ont trouvée, et personne n’en a pu douter. Voila une 35 maniéré bien facile et bien prompte de vuider les questions de fait où l’on a ra'son.

D’où vient donc, mon Pere, que vous 11’en usez pas de la sorte ? Vous avez dit dans vos Cavilli, Que les 5 propositions sont clans Jansenius mot à mot, toutes , en propres termes, toti- 40 dem verbis. On vous a dit que non. Qu’y avoit-il à faire làdessus, sinon ou de citer la page, si vous les aviez veuës en effet, ou de confesser que vous vous estiez trompé ? Mais

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