lier et dél. C
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de ne plus pecher à l’avenir sont recevables. Cela n’est point du tout embarrassant, dit le Pere ; Filiutius n’avoit garde de laisser les Confesseurs dans cette peine, et c’est pourquoy il leur donne, en suite de ces paroles, cette méthode facile pour en sortir : Le Confesseur peut aisément se mettre e?i repos touchant la disposition de soji penitent. Car, s’il ne donne pas des signes suffisans de douleur, le Confesseur n'a qu'à luy demander s'il ne deteste pas le péché dans son ame, et, s'il respond que oüy, il est obligé de l'en croire. Et il faut dire la mesme chose de la resolution pour l'avenir, à moins qu'il y eust quelque obligation de restituer, ou de quiter quelque occasion prochaine. Pour ce passage, mon Pere, je voy bien qu’il est de Filiutius. Vous vous trompez, dit le Pere, car il a pris tout cela mot à mot de Suarez, in 3 par., t. 4, disp. 32, sect. 2, n. 2. Mais, mon Pere, ce dernier passage de Filiutius destruit ce qu’il avoit estably dans le premier. Car les Confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre juges de la disposition de leurs penitens, puis qu’ils sont obligez de les en croire sur leur parole, lors mesme qu’ils ne donnent aucun signe suffisant de douleur. Est-ce qu’il y a tant de certitude, dans ces paroles qu’on donne, que ce seul signe soit convainquant ? Je doute que l’experience ait fait connoistre à vos Peres que tous ceux qui leur font ces promesses les tiennent ; et je suis trompé s’ils n’esprouvent souvent le contraire. Cela n’importe, dit le Pere, on ne laisse pas d’obliger toûjours les Confesseurs à les croire. Car le P. Bauny, qui a traité cette question à fonds dans la Somme des pechez, c. 46, p. 1090, 1091 et 1092, conclud que toutes les fois que ceux qui récidivent souvent, sans qu'on y voye aucun amandement , se présentent au Confesseur, et luy disent qu'ils ont regret du passé et bo?i dessein pour l'avenir, il les en doit croire sur ce qu'ils le disent , quoy qu'il soit à présumer telles resolutions ne passer pas le bout des levres. Et, quoy qu'ils se portent ensuite avec plus de liberté et d'excès que jamais dans les mesmes fautes, on peut neantmoins leur donner l' absolution, selon mon opinion. Voilà, je m’assure, tous vos doutes bien résolus.
Mais, mon Pere, luy dis-je, je trouve que vous imposez une grande charge aux Confesseurs, en les obligeant de croire le contraire de ce qu’ils voyent. Vous n’entendez pas cela, ditil : on veut dire par là qu’ils sont obligez d’agir et d’absoudre comme s’ils croyoient que cette resolution fust ferme et constante, encore qu’ils ne le croient pas en effet. Et c’est ce que nos PP. Suarez et Filiutius expliquent ensuite des pas-
sages de tantost. Car, apres avoir dit que le Prestre est obligé de croire son penitent sur sa parole, ils ajoustent qu'il n'est pas necessaire que le Confesseur se persuade que la resolution de son penitent s' exécutera, ny qu'il le juge mesme probablement ;
5 mais il suffit qu'il pense qu'il en a à l'heure mesme le dessein en general, quoy qu'il doive retomber en bien peu de temps. Et c'est ce qu enseignent tous nos auteurs. Ita docent omnes autores. Douterez-vous d’une chose que tous nos auteurs enseignent ? Mais, mon Pere, que deviendra donc ce que le 10 P. Petau a esté obligé de reconnoistre luy mesme dans la pref. de la Penit. publ., p. 4, Que les SS. Peres, les Docteurs et les Conciles sont d'accord, comme d'une vérité certaine, que la penitence qui préparé à l' Eucharistie doit estre véritable, constante, courageuse, et non pas lasche et endormie, ny sujette 15 aux recheutes et aux reprises ? Ne voyez- vous pas, dit-il, que le P. Petau parle de Y ancienne Eglise ; mais cela est maintenant si peu de saison, pour user des termes de nos Peres, que, selon le P. Bauny, le contraire est seul véritable ; c’est au tr. 4, q. 15, p. 95 : Il y a des auteurs qui disent qu'on doit 20 refuser l'absolution à ceux qui retombent souvent dans les mesmes pechez , et principalement lors qu' après les avoir plusieurs fois absous , il n'en paroist aucun amendement ; et d'autres disent que non. Mais la seule véritable opinion est qu'il ne faut point leur refuser l' absolution. Et encore qu'ils 25 ne profitent point de tous les avis qu'on leur a souvent donnez, qu'ils n'ayent pas gardé les promesses qu'ils ont faites de changer de vie, qu'ils n'ayent pas travaillé d se purifier, il n'importe, et, quoy qu'en disent les autres, la véritable opinion, et laquelle on doit suivre, est que, mesme en tous ces cas, on les doit absoudre. 30 Et tr. 4, q. 22, p. 100, Qu'on ne doit ny refuser, ny différer l' absolution d ceux qui sont dans des pechez d'habitude contre la loy de Dieu, de nature et de l'Eglise, quoy qu'on n'y voye aucune esperance d'amandement : Etsi emendationis futur ce nulla spes appareat. Mais, mon Pere, luy dis-je, cette assur- 35ance d’avoir toûjours l’absolution pourroit bien porter les pécheurs. ... Je vous entends, dit-il en m’interrompant ; mais escoutez le P. Bauny, q. 15 : On peut absoudre celuy qui avoue que l' esperance d' estre absous l'a porté d pecher avec plus de facilité qu'il n'eust fait sans cette esperance. Et le P. éoCaussin, défendant cette proposition, dit p. 211 de sa Besp. d la Theol. mor., Que si elle n'estoit véritable, l'usage de la Confession seroit interdit d la plupart du monde, et qu'il n’y auroit plus d’autre remede aux pécheurs qu'une branche d'arbre et une
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corde. 0 mon Pere ! que ces maximes-là attireront de gens à vos confessionnaux ! Aussi, dit-il, vous ne sçauriez croire combien il y en vient : nous sommes accablez et comme opprimez sous la foule de nos penitens : pœnitentium numéro obruimur , comme il est dit en Y Image de nostre premier siecle, 5 1. 3, c. 8. Je sçay, luy dis-je, un moyen facile de vous décharger de cette presse. Ce seroit seulement, mon Pere, d’obliger les pécheurs à quitter les occasions prochaines. Vous vous soulageriez assez par cette seule invention. Nous ne cherchons pas ce soulagement, dit-il ; au contraire : car, 10 comme il est dit dans le mesme livre, 1. 3, c. 9, p. 374, nostre Société a pour but de travailler à establir les vertus, de faire la guerre aux vices, et de servir un grand nombre d’ames. Et, comme il y a peu d’ames qui veüillent quitter les occasions prochaines, on a esté obligé de définir ce que c’est qu'occasion 15 prochaine, comme on void dans Escobar, en la Pratique de nostre Société, tr. 7, ex. 4, n. 226 : On n appelle pas occasion prochaine celle oü Von ne peche que rarement , comme de pecher par un transport soudain avec celle avec qui on demeure, trois ou quatre fois par an ; ou, selon le P. Bauny, dans son livre 20 françois, une ou deux fois par mois, p. 1082, et encore p. 1089, où il demande ce qu'on doit faire entre les maistres et servantes, cousins et cousines, qui demeurent ensemble, et qui se portent mutuellement à pecher par cette occasioîi. Il les faut séparer, luy dis-je. C’est ce qu’il dit aussi, si les recheutes sont fre- 25 queutes et presque journalières ; mais, s'ils n'offensent que rarement par ensemble, comme seroit une ou deux fois le mois, et qu'ils ne puissent se séparer sans grande incommodité et dommage, on pourra les absoudre, selon ces auteurs, et entre autres Suarez, pourveu qu'ils promettent bien de ne plus pecher 30 et qu'ils aient un vray regret du passé . Je l’entendis bien. Car il m’avoit desja appris de quoy le Confesseur se doit contenter pour juger de ce regret. Et le P. Bauny, continua-t-il, permet, p. 1083 et 1084, à ceux qui sont engagez dans les occasions prochaines, d'y demeurer quand ils ne les pourroient 35 quitter sans bailler sujet au monde de parler, ou sans en recevoir de l' incommodité. Et il dit de mesme en sa Théologie morale, tr. 4, De pœnit., q. 13, p. 93, et q. 14, p. 94, Qu'on peut et qu'on doit absoudre une femme qui a chez elle un homme avec qui elle peche souvent, si elle ne peut le faire sortir bonnes- 40 tement, ou qu'elle ait quelque cause de le retenir : Si non potest honestè ejicere, aut habeat aliquam causam retinendi, pourveu qu'elle propose bien de ne plus pecher avec luy. O mon Pere !
luy dis-je, l’obligation de quitter les occasions est bien adoucie,1 si on en est dispensé aussi-tost qu’on en recevroit de l’incommodité ; mais je croy au moins qu’on y est obligé, selon vos Peres, quand il n’y a point de peine. Oüy, dit le Pere, quoy 5 que toutesfois cela ne soit pas sans exception. Car le P. Bauny dit au mesme lieu : Il est 'permis à toutes sortes de personnes d'entrer dans des lieux de débauche pour y convertir des femmes perdues , quoy qu'il soit bien vraisemblable qu'on y pechera, comme si on a desja esprouvé souvent qu'on s'est 10 laissé aller au péché par la veu'è et les cajolleries de ces femmes. Et encore qu'il y ait des Docteurs qui n approuvent pas cette opinion, et qui croient qu'il n est pas permis de mettre volontairement son salut en danger pour secourir son prochain, je ne laisse pas d' embrasser tres-volontiers cette opinion qu'ils combattent. 15 Voila, mon Pere, une nouvelle sorte de prédicateurs. Mais sur quoy se fonde le Pere Bauny pour leur donner cette mission ? C’est, me dit-il, sur un de ses principes qu’il donne au mesme lieu après Basile Ponce. Je vous en ay parlé autrefois, et je croy que vous vous en souvenez. C’est qu'on peut 20 rechercher une occasion directement et par elle mesme, primà et per se, pour le bien temporel ou spirituel de soy ou du prochain. Ces passages me firent tant d’horreur que je pensay rompre là dessus. Mais je me retins afin de le laisser aller jusques au bout, et me contentay de luy dire : Quel rapport y a-t-il, 25 mon Pere, de cette doctrine à celle de l’Evangile, qui oblige à s'arracher les yeux et à retrancher les choses les plus necessaires, quand elles nuisent au sahct ? Et comment pouvezvous concevoir qu’un homme qui demeure volontairement dans les occasions des pechez les deteste sincèrement ? N’est- 30 il pas visible, au contraire, qu’il n’en est point touché comme il faut, et qu’il n’est pas encore arrivé à cette véritable conversion de cœur qui fait autant aimer Dieu qu’on a aimé les créatures ? Comment ! dit-il, ce seroit là une véritable contrition. Il semble que vous ne sçachiez pas que, comme dit 35 le P. Pintereau en la 2 p., p. 50 de l’abbé de Boisic, tous nos Peres enseignent d'un commun accord que c'est une erreur et presque une heresie de dire que la contrition soit necessaire, et que l'attritio7i toute seule, et mesme conceuë par le seul motif des peines de l'enfer qui exclud la volonté d'ojfencer, ne suffit 40 pas avec le Sacrement. Quoy ! mon Pere, c’est presque un article de foy, que l’attrition conceuë par la seule crainte des peines suffit avec le Sacrement ? Je croy que cela est particulier à vos Peres. Car les autres, qui croyent que l’attrition
Dixième lettre
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suffit avec le Sacrement, veulent au moins qu'elle soit meslée de quelque amour de Dieu. Et, de plus, il me semble que vos auteurs mesmes ne tenoient point autrefois que cette doctrine fust si certaine. Car vostre Pere Suarez en parle de cette sorte, De Pœn., q. 90, art. 4, disp. 15, sect. 4, n. 17. 5 Encore, dit-il, que ce soit une opinion 'probable que l’attrition suffit avec le Sacrement, toutefois elle n'est pas certaine, et elle peut estre fausse : Non est certa, et potest esse falsa. Et si elle est fausse, l'attrition ne suffit pas pour sauver un homme. Donc celuy : qui meurt sciemment en cet estât s'expose volontairement 10 au péril moral de la damnation eternelle. Car cette opinion n' est ny fort ancienne, ny fort commune : Nec valdè antiqua, nec multum conwiunis. Sanchez ne trouvoit pas non plus qu’elle fust si assurée, puis qu’il dit en sa Somme, 1. 1, c. 9, n. 34, Que le malade et son Confesseur qui se contenter oient, à 15 la mort, de l'attrition avec le Sacrement, pecheroient mortellement, à cause du grand péril de damnation où le peyiitent s' exposer oit, si l'opinion qui assure que l'attrition suffit avec le Sacrement ne se trouvoit pas véritable. Ni Comitolus aussi, quand il dit, Resp. mor., 1. 1, q. 32, n. 7, 8, Qu'il n'est pas trop 20 seür que l'attrition suffise avec le Sacrement. Le bon Pere m’arresta là dessus. Et quoy, dit-il, vous lisez donc nos Auteurs ? Vous faites bien, mais vous feriez encore mieux de ne les lire qu’avec quelqu’un de nous. Ne voyez-vous pas, que pour les avoir leus tout seul, vous en avez conclu que ces 25 passages font tort à ceux qui soutiennent maintenant nostre doctrine de l’attrition, au lieu qu’on vous auroit monstré qu’il n’y a rien qui les releve davantage ? Car quelle gloire est-ce à nos Peres d’aujourd’huy d’avoir en moins de rien respandu si generalement leur opinion partout, que, hors les Théologiens, 30 il n’y a presque personne qui ne s’imagine que ce que nous tenons maintenant de l’attrition n’ait esté de tout temps l’unique creance des fidelles. Et ainsi, quand vous monstrez par nos Peres mesmes qu’il y a peu d’années que cette opinion n'estoit pas certaine, que faites-vous autre chose sinon 35 donner à nos derniers auteurs tout l’honneur de cet establissement ? 1/
Aussi Diana, nostre amy intime, a cru nous faire plaisir de marquer par quels degrez on y est arrivé. C’est ce qu’il fait, p. 5, tr. 13, où il dit, Qu' autrefois les anciens scolastiques 40 soustenoient que la contrition estoit necessaire aussi tost qu'on avoit fait un péché mortel. Mais que depuis on a crû qu'on n'y estoit obligé que les jours de f estes ; et ensuite que quand
quelque grande calamité menaçoit tout le peuple ; que selon d’autres on estoit obligé à ne la 'pas différer longtemps quand on approche de la mort. Mais que nos Peres Hurtado et Vasquez ont réfuté excellemment toutes ces opinions là, et estably qu’on 5 n’y estoit obligé que quand on ne pouvoit estre absous par une autre voye , oû à l’article de la mort. Mais, pour continuer le merveilleux progrez de cette doctrine, j’ajousteray que nos Peres Fagundez, præc. 2, t. 2, c. 4, n. 13 ; Granados, in 3 p., contr. 7, tr. 3, d. 3, sect. 4, n. 17, et Escobar, tr. 7, ex. 4, n. 10 88, dans la Pratique selon nostre Société , ont décidé que la contrition n’est pas necessaire , mesme à la mort , parce, disentils, que, si l’attrition avec le Sacrement ne suffisoit pas à la mort, il s ensuivroit que l’attrition ne seroit pas suffisante avec le Sacrement. Et nostre sçavant Hurtado, De Sacr., d. 6, 15 cité par Diana, part. 4, tr. 4 ; Miscell., R. 193, et par Escobar, tr. 7, ex. 4, n. 91, va encore plus loing, car il dit : Le regret d’avoir péché qu’on ne conçoit qu’à cause du seul mal temporel qui en arrive comme d’avoir perdu la santé ou son argent, estil suffisant ? Il faut distinguer. Si o?i ne pense pas que ce 20 mal soit envoyé de la main de Dieu, ce regret ne suffit pas ; mais, si on croit que ce mal est envoyé de Dieu, comme en effet tout mal, dit Diana, excepté le péché, vient de lui, ce regret est suffisant. C’est ce que dit Escobar en la Pratique de nostre Société. Nostre P. François L’Amy soustient aussi la mesme 25 chose, t. 8, disp. 3, n. 13. Vous me surprenez, mon Pere. Car je ne voy rien en toute cette attrition là que de naturel ; et ainsi un pecheur se pourroit rendre digne de l’absolution sans aucune grâce surnaturelle. Or, il n’y a personne qui ne sçache que c’est une heresie condamnée par le Concile. Je 30 l’aurois pensé comme vous, dit-il, et cependant il faut bien que cela ne soit pas, car nos Peres du College de Clermont ont soustenu dans leurs Theses du 23 May et du 6 Juin 1644, col. 4, n. 1, qu’une attrition peut estre sainte et suffisante pour le Sacrement, quoy qu’elle ne soit pas surnaturelle ; et dans 35 celles du mois d’Aoust 1643, qu’une attrition qui n’est que naturelle suffit pour le Sacrement, pourveu qu’elle soit honneste : Ad sacramentum sufficit attritio naturalis, modo honnesta. Voilà tout ce qui se peut dire, si ce n’est qu’on veüille ajouster une conséquence qui se tire aisément de ces prin- 40 cipes, qui est que la contrition est si peu necessaire au Sacrement qu’elle y seroit au contraire nuisible, en ce qu’effaçant les pechez par elle mesme, elle ne laisseroit rien à faire au