‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 55 sur 172 · suivant l’aveuglement de la passion G · texte numérisé non relu

suivant l’aveuglement de la passion G

à croire que je l’ay eu en effet, lors que vous n’y voyez rien de contraire. Il paroist donc par là que vous ne pouvez monstrer que j’aye péché contre cette réglé, ny contre aucune de celles que la charité oblige de suivre ; et c’est pourquoy 5 vous n’avez aucun droit de dire que je l’aye blessée en ce que j’ay fait.

Mais, si vous vous voulez, mes Peres, avoir maintenant le plaisir de voir en peu de mots une conduite qui peche contre chacune de ces réglés, et qui porte véritablement le carac- 10 tere de l’esprit de boufonnerie, d’envie, et de haine, je vous en donneray des exemples. Et, afin qu’ils vous soient plus connus et plus familiers, je les prendrai de vos escrits mesmes.

Car, pour commencer par la maniéré indigne dont vos Auteurs parlent des choses saintes, soit dans leurs railleries, 15 soit dans leurs galanteries, soit dans leurs discours serieux, trouvez-vous que tant de contes ridicules de vostre P. Binet dans sa Consolatio7i des malades soient fort propres au dessein qu’il avoit pris de consoler chrestiennement ceux que Dieu afflige ? Direz-vous que la maniéré si profane et si coquette 20 dont vostre P. le Moyne a parlé de la pieté dans sa Dévotion aisée soit plus propre à donner du respect que du mépris pour l’idée qu’il forme de la vertu chrestienne ? Tout son livre des Peintures Morales respire-t-il autre chose, et dans sa pros'e et dans ses vers, qu’un esprit plein de la vanité et des folies du 25 monde ? Est-ce une piece digne d’un Prestre que cette Ode du 7 livre, intitulée : Eloge de la 'pudeur , où il est montré que toutes les belles choses sont rouges ou sîijettes à rougir ? C’est ce qu’il fit pour consoler une Dame, qu’il appelle Delphine, de ce qu’elle rougissoit souvent. Il dit donc à chaque stance 30 que quelques-unes des choses les plus estimées sont rouges, comme les roses, les grenades, la bouche, la langue ; et c’est parmy ces galanteries honteuses à un Religieux qu’il ose mesler insolemment ces esprits bien-heureux qui assistent devant Dieu, et dont les Chrestiens ne doivent parler qu’avec venera- 35 tion.

Les Chérubins , ces glorieux Composez de teste et de plume ,

Que Dieu de son esprit allume Et qu'il éclaire de ses yeux ;

40 Ces illustres faces volantes

Sont tousjours rouges et brûlantes , Soit du feu de Dieu, soit du leur ,

Et , dans leurs fiâmes mutuelles , Font du mouvement de leurs aisles Un éventail à leur chaleur.

Mais la rougeur éclatte en toy, Delphine, avec plus d’ avantage, Quand l'honneur est sur ton visage Vestu de pourpre comme un roy, etc.

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