‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 67 sur 172 · om. etc. C · texte numérisé non relu

om. etc. C

affaiblir la vérité, et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrester la violence, et ne font que l’irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante destruit la moindre :

5 quand l’on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convainquants confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le mensonge ; mais la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. Qu’on ne pretende pas de là neantmoins que les choses soient égales : car il y a 10 cette extrême différence, que la violence n’a qu’un cours borné par l’ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu’elle attaque ; au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu’elle est eternelle et puissante comme Dieu mesme.

TREZIEME LETTRE

ESC RITE PAR IA AU TUEUR DES LETTRES AU PROVINCIAL AUX REVERENDS PERES JESUITES.

Du 30 Septembre 1656.

Mes Reverends Peres,

Je viens de voir vostre dernier écrit, où vous continuez vos impostures jusqu’à la vingtième, en déclarant que vous finissez par là cette sorte d’accusation, qui faisoit vostre première partie, pour en venir à la seconde, où vous devez prendre une nouvelle maniéré de vous deffendre en monstrant qu’il y a bien d’autres Casuistes que les vostres qui sont dans le relâchement aussi bien que vous. Je voy donc maintenant, mes Peres, à combien d’impostures j’ay à respondre ; et puisque la quatrième, où nous en sommes demeurez, est sur le sujet de l’homicide, il sera à propos, en y respondant, de satisfaire en mesme temps aux 11, 13, 14, 15, 16, 17 et 18, qui sont sur le mesme sujet.

Je justifieray donc dans cette lettre la vérité de mes citations contre les faussetez que vous m’imposez. Mais parce que vous avez osé avancer dans vos écrits que les sentimens de vos Auteurs sur le meurtre sont conformes aux decisions des Papes et clés lois ecclesiastiques , vous m’obligerez à renverser dans ma lettre suivante une proposition si temeraire et si injurieuse à l’Eglise. Il importe de faire voir, qu’elle est pure de vos corruptions, afin que les heretiques ne puissent pas se prévaloir de vos égaremens pour en tirer des conséquences qui la deshonorent. Et ainsi en voyant d’une part vos pernicieuses maximes, et de l’autre les Canons de l’Eglise, qui les

Title. om. Escrite . . . Provincial C. 11. à la C. 17. m’obligerez à détruire C. 19. elle est exempte C.

ont toûjours condamnées, on trouvera tout ensemble ce qu’on doit éviter, et ce qu’on doit suivre.

Vostre quatrième imposture est sur une maxime touchant le meurtre, que vous prétendez que j’ay faussement attribuée 5 à Lessius. C’est celle-cy : Geluy qui a receü un soufflet peut poursuivre à l'heure mesme son ennemy , et mesme à coups d’espée, non pas pour se ranger, mais pour reparer son honneur. Surquoy vous dites que cette opinion là est du casuiste Victoria. Et ce n’est pas encore le sujet de la dispute. Car il lOn’yapoint de répugnance à dire qu’elle soit tout ensemble de Victoria, et de Lessius, puisque Lessius dit luy-mesme qu’elle est aussi de Navarre et de vostre Pere Henriquez, qui enseignent que celuy qui a receü un soufflet peut à ïheure mesme poursuivre son homme, et luy donner autant de coups qu’il 15 jugera necessaire pour reparer son honneur. Il est donc seulement question de sçavoir si Lessius est aussi du sentiment de ces Auteurs, aussi bien que son Confrère. Et c’est pourquoy vous ajoûtez : Que Lessius ne rapporte cette opinion que pour la réfuter et qu’ ainsi je luy attribue un sentiment qu'il 20 n allégué que pour le combattre, qui est l'action du monde la plus lasche et la plus honteuse à un Escrivain. Et je soustiens, mes Peres, qu’il ne la rapporte que pour la suivre. C’est une question de fait qu’il sera bien facile de décider. Voyons donc comment vous prouvez ce que vous dites ; et vous ver- 25 rez ensuite comment je prouve ce que je dis.

Pour monstrer que Lessius n’est pas de ce sentiment vous dites qu’il en condamne le pratique. Et, pour prouver cela, vous rapportez un de ses passages, liv. 2. c. 9. n. 82, où il dit ces mots : J'en condamne la pratique. Je demeure d’accord, 30 que si on cherche ces paroles dans Lessius au nombre 82, ou vous les citez, on les y trouvera. Mais que dira-t-on, mes Peres, quand on verra au mesme temps qu’il traite en cét endroit d’une question toute differente de celle dont nous parlons, et que l’opinion, dont il dit en ce lieu-là qu’il en con- 35 damne la pratique n’est en aucune sorte celle dont il s’agit icy, mais une autre toute séparée ? Cependant il ne faut, pour en estre éclaircy, qu’ouvrir le livre au lieu mesme où vous renvoyez. Car on y trouvera toute la suite de son discours en cette maniéré.

40 II traite la question, sçavoir si on peut tuer pour un soufflet, au n. 79, et il la finit au n. 80, sans qu’il y ait en tout cela un seul mot de condamnation. Cette question estant terminée,

9. encore là C. 12. orn. aussi O. 21. Or je G, 32. en niesme G, 37. orn. an lieu C,

TREIZIÈME LETTRE

il en commence une nouvelle en l’article 81, sçavoir si on petit tuer pour des médisances. Et c’est sur celle là qu’il dit, au n. 82, ces paroles que vous avez citées : J'en condamne la pratique.

N’est-ce donc pas une chose honteuse, mes Peres, que vous 5 osiez produire ces paroles, pour faire croire que Lessius condamne l’opinion, qu’on peut tuer pour un soufflet ? Et que n’en ayant rapporté en tout que cette seule preuve, vous triomphiez là dessus en disant comme vous faites : Plusieurs personnes d'honneur dans Paris ont desja reconnu cette insigne 10 fausseté par la lecture de Lessius , et ont apris par là quelle creance on doit avoir à ce calomniateur. Quoy, mes Peres ? Est-ce ainsi que vous abusez de la creance que ces personnes d’honneur ont en vous ? Pour leur faire entendre que Lessius n’est pas d’un sentiment, vous leur ouvrez son livre en un 15 endroit où il en condamne un autre. Et comme ces personnes n’entrent pas en défiance de vostre bonne foy, et ne pensent pas à examiner s’il s’agit en ce lieu là de la question contestée, vous trompez ainsi leur crédulité. Je m’assure, mes Peres, que, pour vous garantir d’un si honteux mensonge, vous avez 20 eü recours à vostre doctrine des équivoques, et que, lisant ce passage tout haut , vous disiez tout bas qu’il s’y agissoit d’une autre matière. Mais je ne sçay si cette raison qui suffit bien pour satisfaire vostre conscience, suffira pour satisfaire la juste plainte que vous feront ces gens d’honneur, quand ils verront 25 que vous les avez jouez de cette sorte.

Empeschez-les donc bien, mes Peres, de voir mes lettres, puisque c’est le seul moyen qui vous reste pour conserver encore quelque temps vostre crédit. Je n’en use pas ainsi des vostres. J’en envoyé à tous mes amis, je souhaite que tout 30 le monde les voye. Et je croy que nous avons tous raison. Car enfin, apres avoir publié cette quatrième imposture avec tant d’éclat, vous voila décriez si on vient à sçavoir que vous y avez supposé un passage pour un autre. On jugera facilement, que si vous eussiez trouvé ce que vous demandiez au 35 lieu mesme où Lessius traitoit cette matière, vous ne l’eussiez pas esté chercher ailleurs ; et que vous n’y avez eü recours, que parce que vous n’y voiyez rien qui fust favorable à vostre dessein. Vous vouliez faire trouver dans Lessius ce que vous dites dans vostre imposture, pag. 10, ligne 12, qu'il n'accorde pas 40 que cette opinion soit probable dans la spéculation : Et Lessius ' dit expressément en sa conclusion n. 80 : Cette opinion , qu'on

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