voudront pas tuer C
TREIZIÈME LETTRE
mosne, et en Chrestien de l’homicide. Mais par le moyen de la probabilité que Yasquez et Lessius tiennent, et qui rend toutes vos opinions communes, ils se presteront leurs sentimens les uns aux autres, et seront obligez d’absoudre ceux qui auront agi selon les opinions que chacun d’eux condamne. 5 C’est donc cette variété qui vous confond davantage. L’uniformité seroit plus supportable, et il n’y a rien de plus contraire aux ordres exprès de S. Ignace et de vos premiers Généraux, que ce mélange confus de toutes sortes d’opinions.
Je vous en parleray peut-estre quelque jour, mes Peres : et 10 on sera surpris de voir combien vous estes décheus du premier esprit de vostre institut ; et que vos propres Generaux ont preveu que le déreglement de vostre doctrine dans la morale pourroit estre funeste non seulement à vostre Société, mais encore à l’Eglise universelle. 15
Je vous diray cependant que vous ne pouvez pas tirer aucun avantage de l’opinion de Yasquez. Ce seroit une chose estrange, si entre tant de Jésuites qui ont escrit, il n’y en avoit pas un ou deux qui eussent dit ce que tous les Chrestiens confessent. Il n’y a point de gloire à soustenir qu’on 20 ne peut pas tuer pour un soufflet, selon l’Evangile ; mais il y a une horrible honte à le nier. De sorte que cela vous justifie si peu, qu’il n’y a rien qui vous accable davantage ; puis qu’ayant eu parmi vous des Docteurs qui vous ont dit la vérité, vous n’estes pas demeurez dans la vérité, et que vous avez 25 mieux aimé les tenebres que la lumière. Car vous avez appris de Yasquez que cest une opinion payenne, et non pas Chrestienne, de dire qu'on puisse donner un coup de baston à celuy qui a donné un soufflet. Que c'est ruiner Le Decalogue et l'Evangile de dire qu'on puisse tuer pour ce sujet ; et que les 30 plus scélérats d'entre les hommes le reconnaissent. Et cependant vous avez souffert que, contre ces veritez connuës, Lessius, Escobar, et les autres ayent décidé, Que toutes les défenses que Dieu a faites de l’homicide n’empeschent point qu’on ne puisse tuer pour un soufflet. A quoy sert-il donc maintenant 35 de produire ce passage de Vasquez contre le sentiment de Lessius, sinon pour monstrer que Lessius est un payen et un scélérat , selon Vasquez, et c’est ce que je n’osois dire ? Qu’en peut-on conclure si ce n’est que Lessius ruine le Decalogue et l' Evangile ? Qu’au dernier jour Yasquez condamnera Lessius 40 sur ce point, comme Lessius condamnera Vasquez sur un