om. Que C
autre ; et que tous vos auteurs s’élèveront en jugement les uns contre les autres, pour.se condamner réciproquement dans leurs effroyables excès contre la Loy de Jesus-Christ ?
Concluons donc, mes Peres, que puisque vostre probabilité 5 rend les bons sentimens de quelques-uns de vos auteurs inutiles à l’Eglise et utiles seulement à vostre politique, ils ne servent qu’à nous monstrer par leur contrariété la duplicité de vostre cœur, que vous nous avez parfaitement découverte, en nous déclarant d’une part que Yasquez et Suarez 10 sont contraires à l’homicide ; et de l’autre que plusieurs auteurs célébrés sont pour l’homicide ; afin d’offrir deux chemins aux hommes en détruisant la simplicité de l’Esprit de Dieu, qui maudit ceux qui sont doubles de cœur, et qui se préparent deux voies. Vœ duplici corde, et ingredienti duabus
QUATORZIÈME LETTRE
ESC RITE PAR L'AUTHEUR DES LETTRES AU PROVINCIAL AUX REVERENDS PERES JESUITES.
Du 23 Octobre 1656 Mes REVERENDS Peres,
Si je n’avois qu’à répondre aux trois impostures qui restent sur l’homicide, je n’aurois pas besoin d’un long discours, et vous les verrez ici refutées en peu de mots ; mais, comme je trouve bien plus important de donner au monde de l’horreur de vos opinions sur ce sujet que de justifier la fidelité de mes citations, je seray obligé d’employer la plus grande partie de cette lettre à la réfutation de vos maximes, pour vous représenter combien vous estes éloignez des sentimens de l’Eglise, et mesme de la nature. Les permissions de tuer que vous accordez en tant de rencontres font paroistre qu’en cette matière vous avez tellement oublié la loy de Dieu, et tellement esteint les lumières naturelles, que vous avez besoin qu’on vous remette dans les principes les plus simples de la Religion et du sens commun. Car qu’y a-t-il de plus naturel que ce sentiment : Qu'un 'particulier n'a pas droit sur la vie d'un autre ? Nous en sommes tellement instruits de nous-mesmes, dit S. Chrysostome, que quand Dieu a estably le precepte de ne point tuer, il n'a pas adjouté que c'est à cause que l'homicide est un mal , parce, dit ce Pere, que la loy suppose qu'on a desja appris cette vérité de la nature.
Aussi ce commandement a esté imposé aux hommes dans tous les temps : l’Evangile a confirmé celuy de la loy, et le decalogue n’a fait que renouveler celuy que les hommes a voient receü de Dieu avant la loy en la personne de Noë,
Title. om. Escrite . . . Provincial C. 3. verriez ici C.
dont tous les hommes devaient naistre. Car, dans ce renouvellement du monde, Dieu dit à ce Patriarche : Je demanderai / compte aux hommes de la vie des hommes, et au frere de la vie de son frere. Quiconque versera le sang humain, son sang sera 5 répandu, parceque l’homme est créé à l’image de Dieu.
Cette defense generale oste aux hommes tout pouvoir sur la vie des hommes. Et Dieu se l’est tellement réservé à luy seul que, selon la vérité Chrestienne, opposée en cela aux fausses maximes du paganisme, l’homme n’a pas mesme 10 pouvoir sur sa propre vie. Mais, par ce qu’il a plû à sa providence de conserver les societez des hommes et de punir les méchans qui les troublent, il a estably luy-mesme des loix pour oster la vie aux criminels ; et ainsi ces meurtres, qui seraient des attentats punissables sans son ordre, devien- 15 nent des punitions loüables par son ordre, hors duquel il n’y a rien que d’injuste. C’est ce que S. Augustin a représenté admirablement au 1 1. de la Cité de Dieu, ch. 21. Dieu, ditil, a fait luy-mesme quelques exceptions à cette defense generale de tuer, soit par les loix qu’il a establies pour faire mourir les 20 criminels, soit par les ordres particuliers qu’il a donnez quelquesfois pour faire mourir quelques personnes. Et quand on tu'è en ces cas là, ce n’est pas l’homme qui tuë, mais Dieu, dont l’homme n’est que l’ instrument, comme une espèe entre les mains de celuy qui s’en sert. Mais, si on excepte ces cas, quiconque 25 tu'è se rend coupable d’ homicide.
Il est donc certain, mes Peres, que Dieu seul a le droit d’oster la vie, et que neanmoins, ayant estably des loix pour faire mourir les criminels, il a rendu les Eois ou les Républiques depositaires de ce pouvoir. Et c’est ce que S. Paul 30 nous apprend, lorsque, parlant du droit que les Souverains ont de faire mourir les hommes, il le fait descendre du ciel, en disant, Que ce n’est pas en vain qu’ils portent V espèe, parce qu’ils sont Ministres de Dieu pour executer ses vangeances contre les coûpables.
35 Mais, comme c’est Dieu qui leur a donné ce droit, il les oblige à l’exercer ainsi qu’il le ferait luy-mesme, c’est à dire avec justice, selon cette parole de S. Paul au mesme lieu : Les Princes ne sont pas establis pour se rendre terribles aux bons, mais aux méchans. Qui veut n’avoir point sujet de re- 40 douter leur puissance, n’a qu’à bien faire : car ils sont Ministres de Dieu pour le bien. Et cette restriction rabaisse si peu leur puissance, qu’elle la releve au contraire beaucoup da-