revient O
QUINZIÈME LETTRE 183
se retracter, parce qu’il a appris le changement des mœurs et de la doctrine de M. Puys ; mais seulement parceqite, connaissant que son intention n'a pas esté d'attaquer rostre Compagnie , il n’y a plus rien qui l’empesche de le tenir pour catholique. Il ne croyoit donc pas qu’il fust heretique en effet ? Et neanmoins, apres l’en avoir accusé contre sa connoissance, il ne déclaré pas qu’il a failly ; et il ose dire, au contraire, Qu’il croit que la maniéré dont il en a usé luy estoit permise.
A quoy songez-vous, mes Peres, de témoigner ainsi publiquement que vous ne mesurez la foy et la vertu des hommes que par l’intention qu’on a pour vostre Société ? Comment n’avez-vous point appréhendé de vous faire passer vousmesmes, et par vostre propre aveu, pour des imposteurs et des calomniateurs? Quoy, mes Peres, un mesme homme, sans qu’il se passe aucun changement en luy, selon que vous croyez qu’il honnore ou qu’il attaque vostre Compagnie, sera pieux ou impie , irrépréhensible ou excommunié, digne pasteur de l’Eglise ou digne d’estre mis au feu , et enfin catholique ou heretique ? C’est donc une mesme chose, dans vostre langage, d’attaquer vostre Société et d’estre heretique ? Voilà une plaisante heresie, mes Peres ! Et ainsi, quand on voit dans vos escrits que tant de personnes catholiques y sont appellées heretiques, cela ne veut dire autre chose, sinon que vous croyez qu’ils vous attaquent. Il est bon, mes Peres, qu’on entende cet estrange langage, selon lequel il est sans doute que je suis un grand heretique. Aussi c’est en ce sens que vous me donnez si souvent ce nom. Vous ne me retranchez de l’Eglise que parceque vous croiez que mes Lettres vous font tort ; et ainsi il ne me reste, pour devenir catholique, ou que d’approuver les excès de vostre Morale, ce que je ne pourrois faire sans renoncer à tout sentiment de pieté, ou de vous persuader que je ne recherche en cela que vostre véritable bien, et il faudroit que vous fussiez bien revenus de vos égaremens pour le reconnoistre. De sorte que je me trouve estrangement engagé dans l’heresie, puisque, la pureté de ma foy estant inutile pour me retirer de cette sorte d’erreur, je n’en puis sortir ou qu’en trahissant ma conscience, ou qu’en reformant la vostre. Jusques là je seray toûjours un méchant et un imposteur, et quelque fidele que j’aye esté à rapporter vos passages, vous irez crier par tout, Qu’il faut estre organe du démon pour vous imputer des choses dont il