‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 96 sur 172 · M. l’Abbé de S. C. C · texte numérisé non relu

M. l’Abbé de S. C. C

SEIZIÈME LETTRE

Il le faut, à quelque prix que ce soit. Mais comment le pourrez-vous faire après tant de témoignages invincibles qu’ils ont donnez de leur foy ? N’avez-vous point de peur que je rapporte les quatre grandes preuves que vous donnez de leur heresie ? Vous le devriez, mes Peres, et je ne dois point vous en épargner la honte. Examinons donc la première.

M. de S. Cyran , dit le P. Meynier, en consolant un de ses amis sur la mort de sa mere, tom. J, lettre Ij, b dit que le plus agréable sacrifice qu'on puisse offrir à Dieu dans ces rencontres est celuy de la patience : donc il est Calviniste. Cela est bien subtil, mes Peres, et je ne sçay si personne en voit la raison. Apprenons la donc de luy. Parce, dit ce grand Controversiste, qu’il ne croit donc pas le sacrifice de la Messe. Car c'est celuy là qui est le plus agréable à Dieu de toîis. Que l’on dise maintenant que les Jésuites ne sçavent pas raisonner ! Ils le sçavent de telle sorte qu’ils rendront heretiques tels discours qu’ils voudront, et mesme l’Escriture sainte. Car n’estce pas une heresie de dire, comme fait l’Ecclesiastique : Il n'y a rien de pire que d'aymer l’ argent, nihil est iniquius quàm amare pecuniam, comme si les adultérés, les homicides, et l’idolâtrie n’estoient pas de plus grands crimes ? Et à qui n’arrive-t-il point de dire à toute heure des choses semblables, et que, par exemple, le sacrifice d’un cœur contrit et humilié est le plus agréable aux yeux de Dieu, parce qu’en ses discours on ne pense qu’à comparer quelques vertus intérieures les unes aux autres, et non pas au sacrifice de la Messe, qui est d’un ordre tout different, et infiniment plus relevé? N’estesvous donc pas ridicules, mes Peres, et faut-il, pour achever de vous confondre, que je vous représente les termes de cette mesme lettre, où M. de S. Cyran parle du sacrifice de la Messe comme du plus excellent de tous, en disant qu'on offre à Dieu tous les jours et en tous lieux le sacrifice clu corps de son fils, qui n'a point trouvé de plus excellent moyen que celuy -là pour honorer so?i Pere ? Et en suite, Que Jesus-Christ nous a obligez cle prendre en mourant son corps sacrifié, pour rendre plus agréable à Dieu le sacrifice du nostre, et pour se joindre à nous lorsque nous mourons, afin de nous fortifier en sanctifiant par sa presence le dernier sacrifice que nous faisons à Dieu de nostre vie et de nostre corps. Dissimulez tout cela, mes Peres, et ne laissez pas de dire qu’il détournoit de communier à la mort, comme vous faites, p. 33, et qu’il ne croyoit

16. heretiques tout ce qu’ils G. 17. Car 11e seroit-ce pas G. 37. om. à nous G.

pas le sacrifice de la Messe. Car rien n'est trop hardy pour des calomniateurs de profession.

Yostre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre Calviniste feu M. de S. Cyran, à qui vous attribuez le 5 livre de Petrus Aurelius, vous vous servez d’un passage où Aurelius explique, page 89, de quelle maniéré l’Eglise se conduit à l’egard des Prestres, et mesme des Evesques qu’elle veut déposer ou dégrader. L'Eglise , dit-il, ne pouvant pas leur oster la puissance de l'ordre , parce que le caractère est 10 ineffaçable, elle fait ce qui est en elle : elle oste de sa mémoire ce caractère qu'elle ne peut oster de l'ame de ceux qui l'ont recevi. Elle les considéré comme s'ils nestoient plus Prestres ou Evesques. De sorte que, selon le langage ordinaire de l'Eglise, on peut dire qu'ils ne le sont plîts, quoy qu'ils le soient toujours 15 quant au caractère : ob indelebilitatem caracteris. Vous voyez, mes Peres, que cét Auteur, approuvé par trois assemblées generales du Clergé de France, dit clairement que le caractère de la Prestrise est ineffaçable, et cependant vous luy faites dire tout au contraire en ce lieu mesme que le caractère de la 20 Prestrise n'est pas ineffaçable. Voila une insigne calomnie, c’est à dire, selon vous, un petit péché veniel. Car ce livre vous avoit fait tort, ayant réfuté les heresies de vos confrères d’Angleterre touchant l’authorité Episcopale. Mais voicy une insigne extravagance et un gros péché mortel contre la raison. 25 C’est qu’ayant faussement supposé que M. de S. Cyran tient que ce caractère est effaçable, vous en concluez qu’il ne croit donc pas la presence reelle de Jesus-Christ dans l’Eucharistie !

N’attendez pas que je vous réponde là dessus, mes Peres. Si vous n’avez pas de sens commun, je ne puis pas vous en 30 donner. Tous ceux qui en ont se moqueront assez de vous, aussi bien que de vostre troisième preuve, qui est fondée sur ces paroles de la Freq. Com., 3e p., ch. 11, Que Dieu nous donne dans l'Eucharistie la mesme viande qu'aux Saints dans le Ciel, sans qu'il y ait d'autre différence, sinon qu'icy il 35 nous en oste la veuë et le goust sensible, reservant l’un et l'autre pour le ciel. En vérité, mes Peres, ces paroles expriment si naïvement le sens de l’Eglise que j’oublie à toute heure par où vous vous y prenez pour en abuser. Car je n’y vois autre chose, sinon ce que le concile de Trente en- 40 seigne, sess. 13, c. 8, qu’il n’y a point d’autre différence entre Jesus-Christ dans l’Eucharistie et Jesus-Christ dans le ciel, sinon qu’il est icy voilé, et non pas là. M. Arnauld ne dit pas

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