des termes B
équivoques ? Car qui s'est jamais servy d'autres termes que de ceux-là, et surtout dans de simples discours de pieté, où il ne s'agit point de controverses ? Et cependant l'amour et le respect qu'ils ont pour ce saint mystère leur en a tellement fait remplir tous leurs écrits, que je vous défie, mes Pères, 5 quelque artificieux que vous soyez, d'y trouver la moindre ombre d'ambiguité et de convenance avec les sentimens de Genève.
Tout le monde sçait, mes Pères, que l'heresie de Genève consiste essentiellement, comme vous le rapportez vous 10 mesmes, à croire que Jesus-Christ n'est point enfermé dans ce Sacrement ; qu'il est impossible qu'il soit en plusieurs lieux ; qu'il n'est vrayement que dans le Ciel, et que ce n'est que là oh on le doit adorer, et non pas sur l'Autel ; que la substance du pain demeure ; que le corps de Jesus-Christ 15 n'entre point dans la bouche, ny dans la poitrine ; qu'il n'est mangé que par la foy, et qu'ainsi les méchans ne le mangent point, et que la Messe n'est point un sacrifice, mais une abomination. Escoutez donc, mes Pères, de quelle manière Port-Royal est d'intelligence avec Genève dans leurs 20 livres. On y lit, à vostre confusion. Que la chair et le sang de Jesus-Christ sont contenus sous les espèces du jmin et du vin, 2 Lettre de Mr Arnauld, p. 259 ; que le Saintdes Saints est j^resent d<ins le Sanctiiaire, et qu'on l'y doit adorer, ibid. p. 243 ; que Jesus-Christ habite dans les 25 peche^lrs qui communient, par la présence réelle et véritable de son corps dans leur poitrine, quoy que non par la jrresence de son esprit dans leur cœtir, Freq. Comm., 3 part., ch. 16 ; que les cendres mortes des corps des Saints tirent leur principale dignité de cette semence de vie qui leur reste de l'attouche- 30 ment de la chair immortelle et vivifiante de Jesus-Christ, 1 part., ch. 40 ; que ce n'est 2}ar aucune puissance natitrelle, mais par la toutepuissance rfe Dieu, à laquelle rien n'est impossible, que le cor])s de Jesus-Christ est enfermé sous l'hostie et sous la moindre partie de chaque hostie, Theolog. fam., leç. 35 15 ; que la vertu diviiie est présente pour produire l'effet que les paroles de la consécration signifient, ibid. ; que Jesus- Christ, qui est rabaissé et couché sur l'autel, est en mesme temps élevé dans sa gloire ; qu'il est par luy mesme et par sa puissajicc ordinaire en divers lieux en mesme temps, au milieu 40 de l'Eglise triomphante et au milieu de l'Eglise militante et
6. trouver ny la moiudre apparence d'ambiguité, ny la moindre convenance G.
igÔ LES LETTRES PROVINCIALES
voyagere, De la Suspension, Eais. 21 ; que les espèces sacramentales demeurent suspendues, et subsistent extraordinairement sans estre appuyées d'aucun sujet, et que le corps de Jesus-Chbist est aussi suspendu sous les espèces; qu'il ne 5 dépend point d'elles comme les substances dépendent des accidens, ib., 23 ; que la substance du pain se change en laissant les accidens immuables, Heures, dans la prose du Saint-Sacrement; que Jesus-Christ repose dans l'Eucharistie avec la mesme gloire qu'il a dans le ciel, Lettres de M. de Saint-Cyran,
lOtom. 1, let. 93; que son humanité glorieuse réside dans les tabernacles de l'Eglise sous les espèces du pain, qui le couvrent visiblement, et que, sçachant que nous sommes grossiers, il nous conduit ainsi à l'adoration de sa divinité, présente en tous lieux, par celle de son humanité, présente en un lieu particulier,
15 ibid. ; que nous recevons le corps de Jesus-Chbist sur la langue, et qu'il la sanctifie p)ar son divin attouchement, lett. 32 ; qu'il entre dans la bouche du Prestre, lett. 75 ; que, quoy que Jesus-Chbist se soit rendu accessible dans le S. Sacrement par un effet de son amour et de sa clémence, il ne laisse pas d'y
20 conserver son inaccessibilité comme une condition inséparable de sa nature divine ; parce qu'encore que le seul corps et le seul sang y soient par la vertu des paroles, vi verborum, comme parle l'Escole, cela nempesche pas que toute sa divinité, aussi bien que toute son humanité, n'y soit par une suite et une conjonc-
25 tion nécessaire, Défense du Chapelet du Saint-Sacrement, p. 217 ; et enfin que l'Eucharistie est toid ensemble sacrement et sacrifice, Theol. fam., leç. 15, et qu'encore que ce sacrifice soit une commémoration de celuy de la Croix, toutefois il y a cette différence que celuy de la Messe n'est offert que pour l'Eglise
30 seule et pour les fidèles qui sont dans sa communion, au lieu que celuy de la croix a esté offert pour tout le monde, comme l'Escriture parle. Ib., p. 153. Cela sufl&t, mes Pères, pour faire voir clairement qu'il n'y eut peut-estre jamais une plus grande impudence que la vostre. Mais je veux encore vous
36 faire prononcer cet arrest à vous-mesmes contre vous-mesmes. Car que demandez-vous afin d'oster toute apparence qu'un homme soit d'intelligence avec Genève ? Si M. Arnauïd, dit vostre Père Meynier, p. 83, eust dit qu'en cet adorable mystère il n'y a auctine substance du pain sous les espèces, mais seule-
40 ment la chair et le sang de Jesus-Christ, j'eusse avoué qu'il se seroit déclaré entièrement contre Genève. Avoûez-le donc, imposteurs, et faites luy une réparation publique de cette injure