‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 99 sur 181 · M. l'Abbé de S C · texte numérisé non relu

M. l'Abbé de S C

ig4 LES LETTRES PROVINCIALES

avec moins de vray-semblance ? Car dites moy, mes Pères, si ces Eeligieuses et leurs Directeurs estoient d'intelligence avec Genève contre le très saint Sacrement de l'Autel, ce qui est horrible à penser, pourquoy auroient-elles pris pour le prin- 5 cipal objet de leur pieté ce Sacrement qu'elles auroient en abomination? Pourquoy auroient-elles joint à leur règle l'institution du S. Sacrement ? Pourquoy auroient-elles pris l'habit du S. Sacrement, pris le nom de filles du S. Sacrement, appelle leur Eglise l'Eglise du S. Sacrement? Pourquoy

10 auroient-elles demandé et obtenu de Eome la confirmation de cette institution et le pouvoir de dire tous les jeudys l'office du S. Sacrement, où la foy de l'Eglise est si parfaitement exprimée, si elles avoient conjuré avec Genève d'abolir cette foy de l'Eglise ? Pourquoy se seroient-elles obligées, par une

16 dévotion particulière, approuvée aussi par le Pape, d'avoir sans cesse, nuit et jour, des Eeligieuses en présence de cette sainte hostie, pour reparer par leurs adorations perpétuelles envers ce sacrifice perpétuel l'impiete de l'heresie qui l'a voulu anéantir? Dites-moy donc, mes Pères, si vous le

20 pouvez, pourquoy, de tous les mystères de nostre religion, elles auroient laissé ceux qu'elles croyent pour choisir celuy qu'elles ne croyroient pas; et pourquoy elles se iseroient dévouées d'une manière si pleine et si entière à ce mystère de nostre foy, si elles le prenoient, comme les hérétiques, pour

25 le mystère d'iniquité ? Que répondez vous, mes Pères, à des témoignages si evidens, non pas seulement de paroles, mais d'actions, et non pas de quelques actions particulières, mais de toute la suite d'une vie entièrement consacrée à l'adoration de Jesus-Christ résident sur nos autels? Que répondez-

30 vous de mesme aux livres que vous appelez de Port-Eoyal, qui sont tous remplis de termes les plus précis dont les Pères et les Conciles se soient servis pour marquer l'essence de ce mystère? C'est une chose ridicule, mais horrible, de vous y voir répondre dans tout vostre libelle en cette sorte : M.

35 Arnauld, dites-vous, parle bien de transsubstantiation, mais il entend peut-estre une transsubstantiation significative. Il témoigne bien croire la présence réelle ; mais qui nous a dit qu'il ne l'entend pas d'une figure vraye et réelle ? Où en sommes-nous, mes Pères, et qui ne ferez-vous point passer

40 pour Calviniste quand il vous plaira, si on vous laisse la licence de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes par les malicieuses subtilitez de vos nouvelles

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